Sécurité & Défense Comment Joseph Kabila manœuvre pour prendre la tête politique de l’agression AFC/M23
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Comment Joseph Kabila manœuvre pour prendre la tête politique de l’agression AFC/M23

Le rapport de l'ONU documente un remaniement de l'AFC/M23 avec Joseph Kabila « pressenti pour un rôle de premier plan », et Nangaa prêt à lui céder la place. Comment l'ancien président devient le visage politique de l'agression rwandaise.

Comment Joseph Kabila manœuvre pour prendre la tête politique de l’agression AFC/M23
AFP

La Rédaction
Kinshasa - 23 JUILLET 2026 - 01:49 WAT · 5 min de lecture

En mai 2025, quand Joseph Kabila arrive dans Goma occupée, le chef militaire du M23, Sultani Makenga, est, selon les experts des Nations unies, désarmé par les gardes de l’ancien président et laissé à attendre dans une cour, tandis que Kabila est reçu sans délai. Un an plus tard, le même groupe d’experts décrit ce qui se prépare : un remaniement de l’AFC/M23, jusqu’à un changement de nom, et un ancien chef de l’État « pressenti pour un rôle de premier plan ». Corneille Nangaa, fondateur de l’Alliance Fleuve Congo, s’est même dit prêt à lui céder la tête du mouvement, expliquant que Kabila « a toujours été notre chef ». L’homme qui a présidé le pays pendant dix-huit ans manœuvre désormais pour devenir la figure politique de la force qui en occupe une partie. Voici comment.

Ce que documente le rapport de l’ONU

  • Un remaniement en vue : l’AFC/M23 se réorganise, jusqu’à un possible changement de nom, avec Joseph Kabila « pressenti pour un rôle de premier plan ».
  • Le commandement reste rwandais : le général Sultani Makenga garde la direction militaire mais sa position est de plus en plus contestée, tandis que James Kabarebe assure la liaison entre Kigali, le mouvement et Kabila lors de réunions à Gisenyi.
  • La ligne de fracture : Nangaa et Kabila visent la prise du pouvoir à Kinshasa, quand la majorité des chefs militaires du M23 s’y opposent et veulent d’abord consolider les Kivus.

La stratégie de Kabila n’est pas militaire, elle est politique, et c’est précisément ce qui en fait la valeur pour Kigali. Le M23 est un instrument efficace sur le terrain mais illégitime aux yeux du pays, un mouvement que les experts de l’ONU rattachent au commandement rwandais. Lui apporter un ancien président congolais, c’est lui offrir un visage, un réseau et un discours qu’aucun chef de guerre ne peut fournir. C’est ce que le dernier rapport onusien appelle la « congolisation » du mouvement autour de Kabila : pendant que Kigali le commande militairement, un homme du sérail congolais lui donne une façade nationale. Kabila ne prend pas les armes, il prend la parole, et cette parole vaut, pour l’agression, plus qu’un bataillon.

Un adoubement qui vient de Kigali

Ce repositionnement ne se décide pas seul, et le rapport des experts en dit la mécanique. James Kabarebe, l’homme fort rwandais du dossier, est décrit comme la principale courroie entre le Rwanda, le mouvement et Kabila, au fil de réunions tenues à Gisenyi, de l’autre côté de la frontière. Autrement dit, la montée en puissance de l’ancien président ne se joue pas dans les collines du Kivu mais dans les salons rwandais, et l’on ne devient pas la figure politique de l’AFC/M23 sans l’aval de celui qui l’arme. C’est la limite de la manœuvre : Kabila gagne une stature, il perd une autonomie, et il apparaît prisonnier des mots de Paul Kagame.

L’objectif, lui, n’est plus caché. Les experts de l’ONU décrivent un projet à trois, l’AFC/M23, Kabila et Kigali, dont l’horizon est de renverser le pouvoir de Félix Tshisekedi. Mais ce projet bute sur la même faille qui traverse tout le mouvement : Nangaa et Kabila rêvent de Kinshasa, quand l’essentiel des cadres militaires du M23 refusent d’aller au-delà du Nord et du Sud-Kivu. La prise de pouvoir par la marche armée reste donc une ambition de dirigeants politiques, pas une stratégie partagée par les hommes de terrain. D’où une seconde voie, plus réaliste pour Kabila : se rendre indispensable pour peser sur le dialogue national, et transformer une force d’occupation en carte de négociation.

Un retour au pouvoir par la porte de l’occupation

Le pari est risqué, et il a un coût. En s’affichant au cœur d’un mouvement que Kinshasa qualifie d’agression téléguidée par le Rwanda, Kabila s’est mis au ban : la justice congolaise l’a condamné, la trahison est le mot qui revient, et il ne peut plus rentrer autrement qu’en vainqueur ou en négociateur. Son retour éventuel au premier plan ne passe plus par les urnes qu’il a quittées, mais par la force qui occupe une part du territoire. C’est là toute l’ambiguïté de sa manœuvre : redevenir un acteur central de la vie congolaise en s’adossant à ce que l’État considère comme l’ennemi.

Au fond, la reprise en main de l’AFC/M23 par Joseph Kabila n’est ni un coup d’éclat ni une conquête militaire, c’est une opération de repositionnement. Il offre à l’agression un visage congolais et un horizon politique, en échange d’un chemin de retour vers un pouvoir qu’il a perdu. Reste à savoir si les chefs militaires accepteront un maître politique qu’ils n’ont pas choisi, et si Kinshasa et les médiateurs le traiteront en interlocuteur ou en traître. Dans les deux cas, celui qui a longtemps incarné l’État congolais brigue désormais la tête de la force qui en conteste, par les armes et par un parrain étranger, l’intégrité.

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