Société Les routes : relier un pays-continent
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Série Congo 66 Partie 1 sur 1
Épisodes
Partie 1 — Société

Les routes : relier un pays-continent

La RDC est aussi vaste que l'Europe de l'Ouest, et pourtant la traverser par la route relève de l'aventure. L'enclavement est l'un de ses plus grands handicaps.

La Rédaction 30 juin 2026
La Rédaction
Kinshasa - 30 JUIN 2026 - 22:01 WAT · 4 min de lecture

La République démocratique du Congo est immense. Aussi vaste que l’Europe de l’Ouest, elle s’étend sur des forêts, des fleuves, des savanes, des montagnes. Et pourtant, traverser ce pays par la route relève souvent de l’aventure. Le réseau de routes praticables en toute saison est dérisoire au regard de l’étendue du territoire. Des régions entières restent enclavées, coupées du reste du pays pendant la saison des pluies, joignables seulement par avion, par pirogue ou au prix de jours de piste. Cette difficulté à se relier soi-même est l’un des plus grands handicaps du Congo, et l’une des clés de bien des malheurs.

Le problème est ancien et structurel. La colonisation avait construit des infrastructures, mais d’abord pour évacuer les richesses vers les ports, pas pour relier les Congolais entre eux. L’indépendance n’a pas comblé ce retard, et les décennies de mauvaise gestion et de guerre l’ont aggravé. Les routes bâties se sont dégradées faute d’entretien, des ponts se sont effondrés, des tronçons sont redevenus impraticables. Le pays a parfois reculé, des localités jadis accessibles par la route se retrouvant à nouveau isolées. Dans un État qui peine déjà à être présent partout, l’absence de routes rend la tâche presque impossible.

Les conséquences sont partout. Sans routes, un paysan ne peut pas écouler sa récolte, et le pays fertile que cette série évoque par ailleurs importe sa nourriture pendant que des produits pourrissent faute de pouvoir être transportés. Sans routes, les prix flambent, un sac de marchandise pouvant coûter, à l’arrivée, plusieurs fois son prix de départ à cause du transport. Sans routes, l’État ne peut ni administrer, ni sécuriser, ni soigner, ni éduquer correctement les régions reculées. L’enclavement nourrit la pauvreté, l’insécurité et le sentiment d’abandon. Beaucoup de Congolais des provinces éloignées ont l’impression de vivre dans un pays qui les a oubliés, et la géographie leur donne souvent raison.

Des efforts existent, et il faut les reconnaître. Des programmes de construction et de réhabilitation, financés notamment dans le cadre de grands accords avec des partenaires étrangers, ont permis de bâtir ou de refaire des axes importants, des voiries urbaines, des ponts. La Chine, en échange de minerais, a construit des infrastructures, que cette série évoque dans une autre histoire. Des fonds dédiés à l’entretien routier ont été créés. Mais l’ampleur du défi dépasse de loin ce qui a été réalisé, et la question de la qualité, de la durabilité et de la priorité donnée aux besoins réels des populations reste posée.

Au fond, la route raconte le Congo mieux qu’un discours. Un pays riche de tout, sauf de la capacité à se relier lui-même. Un territoire si grand que son unité physique reste un projet plus qu’une réalité. Construire des routes, ce n’est pas seulement une affaire de béton, c’est une affaire d’unité nationale, de marché intérieur, de présence de l’État, de dignité des habitants. Tant que les Congolais ne pourront pas circuler facilement chez eux, l’idée même d’un seul pays restera, en partie, à construire.

Soixante-six ans après l’indépendance, désenclaver le Congo demeure l’un des grands chantiers de l’avenir, peut-être le plus structurant. Relier les provinces, les marchés, les peuples, c’est donner à l’immense potentiel agricole, minier et humain du pays une chance de se déployer. Les routes ne font pas la une, elles ne se prêtent guère aux discours héroïques, mais elles décident, plus que bien des grands projets, du quotidien de millions de Congolais. Tenir enfin cette promesse modeste et immense serait l’une des plus belles façons de donner corps, sur le terrain, à l’indépendance.

Cet article fait partie de « Congo 66 », la série de BETO consacrée aux histoires qui racontent la RDC depuis l’indépendance. Politique, économie, culture, société : BETO revient sur les récits, les ruptures et les héritages qui continuent de façonner le pays.

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