Économie Minerais critiques en RDC : Ebola est à 1 500 km des mines, et freine déjà les deals américains
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Minerais critiques en RDC : Ebola est à 1 500 km des mines, et freine déjà les deals américains

Aucune des cinq provinces touchées par Ebola ne produit de cuivre ni de cobalt. Le frein sur les accords miniers américains vient de deux textes signés à Washington en mai, qui imposent vingt et un jours hors du Congo avant toute entrée aux États-Unis.

Minerais critiques en RDC : Ebola est à 1 500 km des mines, et freine déjà les deals américains
AFP

La Rédaction
Kinshasa - 7 AOÛT 2026 - 00:22 WAT · 5 min de lecture

L’épidémie de maladie à virus Ebola n’a atteint aucune mine de cuivre ni de cobalt, les deux minerais critiques sur lesquels repose le partenariat entre Kinshasa et Washington. Le rapport de situation n° 082 du Centre d’opérations d’urgence de santé publique, arrêté au 4 août, recense 3 973 cas confirmés et 1 801 décès dans cinq provinces, le Haut-Uélé, l’Ituri, le Nord-Kivu, le Sud-Kivu et la Tshopo. Aucune ne produit de cuivre ni de cobalt. « La ceinture cuprocobaltifère du Sud se trouve à plus de 1 500 kilomètres au sud de la zone affectée, largement à l’abri », écrivait le 9 juin le cabinet d’analyse Exiger.

Le frein sur les accords miniers américains ne passe pas par le minerai. Il passe par deux textes signés à Washington en mai. Le 18 mai, les Centers for Disease Control and Prevention ont suspendu l’entrée aux États-Unis des ressortissants étrangers présents en République démocratique du Congo, en Ouganda ou au Soudan du Sud dans les vingt et un jours précédents. Le 19 mai, le secrétaire à la Sécurité intérieure Markwayne Mullin a signé un arrêté imposant que tout vol transportant une personne dans cette situation se pose à l’aéroport Washington-Dulles. Le texte s’applique aux vols partis après le 20 mai et ne prévoit d’exception que pour les équipages, le fret sans passagers et les vols militaires.

La ministre des Affaires étrangères Thérèse Kayikwamba Wagner en tire un constat qui vaut pour les deux parties. « Ce n’est pas seulement un revers pour la RDC, c’est évidemment aussi un revers pour les entreprises américaines qui veulent investir en RDC », déclare-t-elle.

Ce que vingt et un jours coûtent à un dossier minier

Un dossier minier se traite en personne, par des visites de site, des revues de projets, des audits et des rotations d’expatriés. Les deux textes de mai ne les interdisent pas, ils les taxent : vingt et un jours hors du Congo avant de pouvoir entrer aux États-Unis, et l’obligation d’atterrir à Washington-Dulles pour tout vol parti après le 20 mai.

Les effets sont documentés depuis juillet. Des réunions ont été déplacées à Londres, à Paris et à Bruxelles, une réunion prévue à Washington a été reportée et une revue de projets congolais programmée en juillet a été annulée, faute de partenaires en mesure de voyager depuis les États-Unis. KoBold Metals, l’une des sociétés américaines les plus engagées dans l’exploration congolaise, a renoncé à participer à la DRC Mining Week, tenue du 17 au 19 juin à Lubumbashi et maintenue malgré l’épidémie. L’extraction, elle, n’a pas bougé. Les quarantaines et autres restrictions « n’ont pas directement affecté les opérations minières » déjà en cours, précise une entreprise minière soutenue par Washington.

Là où l’épidémie touche vraiment la mine, ce sont les provinces de l’or. Le rapport du 4 août range les activités minières artisanales parmi les facteurs de transmission et prévoit l’installation d’un laboratoire de proximité à Bambu-mine, en Ituri. Barrick impose depuis mai à ses 7 600 employés et sous-traitants de Kibali, dans le Haut-Uélé, de déclarer leur provenance de voyage, et y a déployé un dépistage de température. Selon Exiger, les minerais exposés sont l’or, le tantale, l’étain et le tungstène, dans un pays qui fournit 41 % du tantale mondial et dont la seule mine de Bisie pèse 6,3 % de l’offre mondiale d’étain.

Minerais critiques : ce que les deux capitales ont mis dans la balance

L’enjeu du partenariat noué en 2025 se lit dans les chiffres de l’institut géologique américain. La RDC a produit 230 000 tonnes de cobalt en 2025, soit 73 % du total mondial, et 3,2 millions de tonnes de cuivre, pour des réserves de cobalt évaluées à 6 millions de tonnes. Les États-Unis, eux, ont extrait 300 tonnes de cobalt sur leur sol la même année et dépendent des importations pour 79 % de leur consommation apparente de cobalt et 57 % de celle de cuivre.

Un détail de ce tableau dit tout de l’objectif américain. Entre 2021 et 2024, les importations américaines de cobalt sont venues de Norvège pour 26 %, de Finlande pour 16 %, du Canada et du Japon pour 14 % chacun. La RDC, premier producteur mondial, n’y figure pas : sa production part vers les raffineries chinoises. Le partenariat signé en 2025 vise précisément à ouvrir une route directe, et c’est cette route que la logistique retarde.

L’infrastructure de cette route avance de son côté. Le 17 décembre, la société américaine de financement du développement a signé le prêt destiné à réhabiliter le port minéralier de Lobito et une ligne ferroviaire de 1 300 kilomètres en Angola, dont la capacité doit être multipliée par dix pour atteindre 4,6 millions de tonnes, avec une baisse des coûts de transport pouvant aller jusqu’à 30 %.

La décision suivante appartient à Washington. L’ordonnance sanitaire a été amendée le 22 mai, reconduite le 21 juin, puis à nouveau le 13 juillet pour une durée de trente jours, ce qui place son terme à la mi-août. L’Africa CDC a écrit le 20 juillet au secrétaire américain à la Santé pour demander le retrait de l’Ouganda de la liste et un changement de méthode. « Les pays qui détectent et gèrent efficacement une épidémie doivent être soutenus plutôt qu’isolés », écrit son directeur général Jean Kaseya. L’Organisation mondiale de la santé déconseille ces mesures, estimant que « la stigmatisation dissuade les gens de se faire soigner et peut rendre les épidémies plus difficiles à contrôler ». Aucune reconduction postérieure au 13 juillet n’a été publiée à ce jour.

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B
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