Désarmement des FDLR : Paul Kagame dos au mur après le protocole de démantèlement présenté par Kinshasa
Kinshasa a produit un protocole signé le 29 juillet, un mandat de vérification le 2 février et 101 combattants rapatriés. Kigali n’a engagé ni désengagement ni levée des mesures défensives.
De gauche à droite, Félix Tshisekedi, Donald Trump et Paul Kagame, dans le Bureau ovale à Washington avant la signature de l’accord de paix | ©️ Présidence RDC.
AFP
Le 29 juillet 2026, le ministre de l’Intégration régionale Floribert Anzuluni a annoncé que les Forces démocratiques de libération du Rwanda avaient signé un protocole de démilitarisation, de démobilisation et de cantonnement. « Les FDLR, après un long processus, viennent de signer un protocole de démilitarisation, de démobilisation et de cantonnement », a-t-il déclaré. C’est l’engagement congolais central des Accords de Washington. Il est tenu.
En face, la contrepartie rwandaise n’a pas bougé. Les Accords lient la neutralisation des FDLR au désengagement des forces rwandaises et à la levée de ce que les textes appellent les mesures défensives. Sept mois et vingt-cinq jours après la signature, aucune de ces deux opérations n’a commencé. Le paradoxe de Kigali, présent en RDC pour combattre les FDLR mais opposé à l’accord qui les démantèle, est documenté de longue date.
Ce que les Accords engagent, et depuis quand
Les Accords de Washington ont été signés le 4 décembre 2025 par les présidents congolais et rwandais, à la Maison-Blanche. Ils réunissent trois textes : la Déclaration de principes du 25 avril 2025, l’Accord de paix de Washington du 27 juin 2025 et le cadre d’intégration économique régionale paraphé le 7 novembre 2025.
Le concept d’opérations qui les met en œuvre prévoit, selon Kinshasa, deux mécanismes de neutralisation des FDLR : la sensibilisation d’abord, la force ensuite si la sensibilisation ne suffit pas. Le protocole du 29 juillet relève du premier.
Six jours après la cérémonie de Washington, le 10 décembre 2025, l’Alliance Fleuve Congo et le Mouvement du 23 mars s’emparaient d’Uvira, ville stratégique du Sud-Kivu. Le mouvement n’a annoncé son retrait que le 17 janvier, sous pression internationale, en réclamant au passage le déploiement d’une force internationale neutre. Le Secrétaire général des Nations unies a tiré la leçon de cette séquence dans son rapport au Conseil de sécurité : « L’offensive lancée par l’AFC/M23 dans le Sud-Kivu en décembre, quelques jours seulement après la signature des Accords de Washington, a fait ressortir l’urgence qu’il y a à combler le fossé entre les efforts diplomatiques et la réalité de la dynamique de sécurité sur le terrain. »
Le désarmement des FDLR : 101 rapatriés et 269 cartes de démobilisation
Le volet congolais produit des chiffres vérifiables. Sur la période couverte par le rapport du Secrétaire général, la MONUSCO a facilité, avec les autorités congolaises et la Commission rwandaise de démobilisation et de réintégration, le rapatriement de Goma vers le Rwanda de 101 ex-combattants affiliés aux FDLR et à d’autres groupes armés étrangers, ainsi que de 115 personnes à leur charge. Au mois de décembre, 269 cartes de démobilisation ont été remises dans les territoires de Beni et Lubero, 156 à Lubero et 113 à Beni.
La Mission a maintenu des positions à Goma, Kiwanja et Kitchanga dans le seul but de faciliter le désarmement, la démobilisation et le rapatriement volontaires d’éléments des FDLR. Le Secrétaire général qualifie la tendance d’« étape encourageante » dans ses observations. Le circuit de retour n’est pourtant pas exempt de frictions, comme l’a montré le renvoi de 39 personnes par Kigali.
Le 2 février 2026, le mandat du Mécanisme conjoint de vérification élargi Plus a été signé à Doha, lors de la septième réunion du Mécanisme de surveillance et de vérification du cessez-le-feu. L’architecture de contrôle existe donc, sur le papier comme sur le terrain.
Ce que Kigali devait rendre en échange
Le 2 mars 2026, le bureau de contrôle des avoirs étrangers du Trésor américain a désigné la Force de défense rwandaise pour son appui militaire, financier et logistique direct au M23, mouvement qui a pris Goma et Bukavu, les chefs-lieux des deux Kivu. La désignation émane du garant même des Accords.
Sur le terrain, le rapport du Secrétaire général décrit la même armée à l’œuvre. Au Nord-Kivu, l’AFC/M23 consolide une administration parallèle et mène des opérations contre les FDLR dans le territoire de Rutshuru, avec le soutien de la Force de défense rwandaise. Autrement dit, la présence militaire justifiée par la menace FDLR se poursuit à l’intérieur du territoire congolais, pendant que le processus qui doit supprimer cette menace avance par une autre voie. La même mécanique se lit sur les minerais, où Rubaya expédie 120 tonnes par mois vers sept sociétés établies à Kigali, sur un gisement dont l’État congolais détient le titre sans en percevoir la redevance.
Le rapport note aussi qu’en janvier 2026, des groupes composés de FDLR et de Nyatura ont intensifié leurs attaques asymétriques contre les forces armées congolaises. Les FDLR restent donc une menace pour l’armée congolaise elle-même, ce qui prive de fondement l’idée d’une complaisance de Kinshasa à leur endroit.
Le 11 mars, une frappe de drone à Goma a tué trois personnes, dont un membre du personnel de l’UNICEF. Le coût humain de cette période se lit aussi dans les relevés mensuels du BCNUDH, qui donnent 524 violations en mars et 481 en mai.
Genève, juillet 2026 : un communiqué sans calendrier
La cinquième réunion du Mécanisme conjoint de coordination sécuritaire s’est tenue les 15 et 16 juillet 2026 à Genève, dans les locaux de la Mission des États-Unis, avec les délégations congolaise et rwandaise, les États-Unis, le Qatar, le Togo au titre de la médiation de l’Union africaine et la Commission de l’Union africaine.
Le communiqué final répète l’engagement sans le dater : « La RDC et le Rwanda ont réaffirmé leur engagement à mettre en œuvre rapidement les Accords de Washington, notamment en accélérant les efforts de neutralisation des FDLR et de désengagement des forces ainsi que de levée des mesures défensives ». Aucun calendrier n’accompagne la formule, et les parties se sont données rendez-vous « dans les prochaines semaines ».
Massad Boulos, conseiller principal des États-Unis pour les affaires africaines, avait dit les choses plus directement : « les engagements pris par les deux parties n’ont pas été pleinement respectés ».
La formule américaine renvoie les deux capitales dos à dos. Le calendrier, lui, ne le fait pas. Kinshasa a livré un protocole signé le 29 juillet, un mécanisme de vérification doté d’un mandat le 2 février, 101 combattants et 115 dépendants rapatriés, 269 cartes de démobilisation délivrées. Kigali n’a produit aucun acte équivalent sur le désengagement ni sur la levée des mesures défensives, et son armée figure depuis mars sur la liste des entités sanctionnées par le pays qui héberge l’accord. La question de jusqu’où la RDC peut continuer à concéder se pose à chaque réunion.
Le prochain point de contrôle est la réunion annoncée pour les semaines à venir. Elle sera vérifiable à une chose : la présence, ou l’absence, d’une date de retrait dans le communiqué. Le Secrétaire général a déjà posé le critère : « La souveraineté et l’intégrité territoriale de la République démocratique du Congo doivent être respectées en toutes circonstances. »
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