Fonds forestier national : 12 % des dépenses pour le reboisement, selon la Cour des comptes
Sur 91,57 milliards de francs de charges entre 2021 et 2025, 11,06 milliards seulement sont allés au reboisement. La Cour des comptes relève des coûts à 36 000 dollars l'hectare pour un tarif réglementaire de 1 800, et 111 organisations non éligibles financées.
Membres impliqués dans le processus devant la pépinière du projet de reboisement et de mise en valeur durable des savanes et forêts en RDC. Crédit photo :FONAREDD.
AFP
La Cour des comptes a rendu public un rapport de contrôle du Fonds forestier national qui aboutit à un rapport de un à huit. Sur 91,57 milliards de francs congolais de charges enregistrées par le Fonds entre 2021 et 2025, 11,06 milliards, soit environ 12 %, ont été consacrés à des projets de reboisement. Les 88 % restants ont été absorbés par les rémunérations, le fonctionnement administratif et les achats d’équipements.
Trente-six mille dollars l’hectare, pour un tarif réglementaire de 1 800
Le contrôle relève des coûts de reboisement atteignant 36 000 dollars l’hectare, soit vingt fois le tarif réglementaire de 1 800 dollars. Un cas est cité en exemple : une opération de plantation d’arbres à Likasi, budgétée à 9 000 dollars pour cinq hectares, a reçu 180 000 dollars, soit un dépassement de 171 000 dollars pour cette seule activité.
La Cour écrit que le tarif réglementaire étant connu, ces dépassements constituent des avantages injustifiés et causent un gaspillage des ressources du Fonds. Elle recommande le respect strict des taux de financement établis. Le total des dépassements documentés sur les exercices 2021 et 2022 s’élève à 274 706 dollars.
Cent onze organisations non éligibles financées
Le rapport dénombre 111 organisations non éligibles ayant reçu 3,746 millions de dollars. Sur la centaine de projets financés entre 2021 et 2024 pour près de 4,96 millions de dollars, trois seulement ont fait l’objet d’un suivi et d’une évaluation conformes. Des projets ont par ailleurs été financés sans évaluation technique préalable.
La taxe qui devait reconstituer la forêt en a financé 28 %
Le second volet du contrôle porte sur la taxe de déboisement, dont l’article 54 du code forestier de 2002 réserve le produit à la reconstitution du capital forestier. Entre 2021 et 2024, le Fonds en a collecté 17,2 millions de dollars et en a affecté 4,9 millions à cette reconstitution, soit un taux moyen d’utilisation de 28,84 %.
La série annuelle est irrégulière : 16,20 % en 2021, 69,32 % en 2022, 21,93 % en 2023 et 14,05 % en 2024. La Cour constate que les recettes générées par la taxe de déboisement ont plus servi à payer d’autres dépenses, et recommande qu’elles financent intégralement les travaux de reboisement.
Le directeur du Fonds forestier national invoque en réponse des contraintes de trésorerie, les exigences du calendrier agricole et une allocation insuffisante de crédits carbone.
Ce que ces chiffres pèsent dans la diplomatie climatique congolaise
La République démocratique du Congo abrite la plus grande partie du bassin du Congo et présente son couvert forestier comme un actif dans les négociations climatiques internationales. Elle a perdu 559 439 hectares de forêt primaire en 2025. Elle a par ailleurs légiféré une quatrième fois en trois ans sur son marché carbone, avec une ordonnance-loi créant un registre national et une autorité de régulation.
Le contrôle de la Cour des comptes porte sur l’instrument domestique censé compenser cette perte. Il établit que, sur la période examinée, le mécanisme a servi à environ un huitième de sa fonction déclarée.
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