RDC : l’État s’apprête à payer ses agents ruraux par la seule banque encore présente dans leurs territoires
La CADECO et le Comité de suivi de la paie ont validé le 23 juillet le déploiement de la paie de proximité. La banque est seule présente dans une trentaine de territoires. Le budget exécute 91,4 % de sa masse salariale et 0,7 % de ses équipements.
RDC : l’État s’apprête à payer ses agents ruraux par la seule banque encore présente dans leurs territoires
AFP
La Caisse générale d’épargne du Congo et le Comité de suivi de la paie ont validé, lors d’une réunion tenue le jeudi 23 juillet 2026 à Kinshasa, les derniers ajustements techniques et organisationnels avant le déploiement de la paie de proximité. Le dispositif vise les agents et fonctionnaires de l’État qui vivent dans des zones où l’accès aux institutions bancaires reste limité.
Les premières opérations concerneront plusieurs zones rurales, avant une extension progressive à d’autres localités. L’initiative est présentée comme devant « rapprocher les services bancaires des zones enclavées et renforcer la fiabilité du système de paiement des agents publics ».
Ce qui rend la CADECO incontournable
Le directeur général de la banque publique, Célestin Mukeba, a rappelé le fait qui fonde le choix : son institution est présente dans une trentaine de territoires où aucune autre banque n’est implantée. Le pays compte 145 territoires. Une trentaine d’entre eux n’ont donc, pour tout guichet bancaire, que celui d’une banque d’État elle-même en cours de remise à niveau. La CADECO a engagé la mise en place d’un nouveau Core Banking System, la modernisation de ses infrastructures et l’installation de distributeurs automatiques de billets, actuellement en phase de test. Son siège administratif de Kinshasa est en réhabilitation, première étape d’un programme qui doit s’étendre aux autres implantations.
Le vice-président du Comité de suivi de la paie, Yannick Isasi, s’est dit satisfait des capacités techniques et opérationnelles de la banque publique, et a résumé ce que la délégation est venue vérifier : « Les capacités opérationnelles que nous avons constatées aujourd’hui nous rassurent. Elles apportent des réponses concrètes aux défis liés à l’exécution de la paie dans les territoires enclavés. » Il a ajouté : « Nous avons pu constater sur le terrain les progrès accomplis. La CADECO est engagée dans une véritable dynamique de transformation. »
Le comité de gestion de la banque est conduit par Célestin Mukeba, avec Malangu Kabedi à la présidence du conseil d’administration.
Le poste que l’État exécute le mieux
La paie n’est pas la ligne budgétaire qui souffre, c’est celle qui passe. Un document de suivi budgétaire signé le 10 juillet 2026 par la Direction générale des politiques et programmation budgétaire, publié par le ministère du Budget, établit qu’à fin avril 2026 les dépenses de personnel affichent un taux d’exécution de 91,4 %, parmi les plus élevés de toutes les catégories. L’exécution globale du budget, elle, atteint 45,8 %, avec 7 469,8 milliards de francs congolais engagés pour une prévision linéaire de 16 323,1 milliards, sur les seules ressources propres.
Les autres postes suivent mal. Les dépenses d’équipements atteignent 0,7 % des prévisions linéaires. Les constructions, réhabilitations et acquisitions immobilières s’établissent à 16,6 %. Par secteur, l’enseignement est à 81,3 %, la santé à 22,6 %, les affaires économiques à 16,7 %. Les investissements sur transfert aux provinces et aux entités territoriales décentralisées n’enregistrent aucune exécution à fin avril, pas plus que le fonds de péréquation ni les bourses d’études.
Le contraste dessine le problème que la paie de proximité entend résoudre : 91,4 % du budget de personnel est décaissé, mais cet argent doit encore atteindre physiquement des agents installés là où l’État n’a construit ni route ni guichet, et où les investissements sur transfert aux entités territoriales décentralisées affichent 0 % d’exécution à fin avril.
Ce que la mesure ne dit pas encore
La réunion du 23 juillet porte sur la préparation technique et ne fixe pas ce qui déterminera l’effet réel du dispositif. La date de lancement n’est pas annoncée publiquement, les zones rurales retenues pour les premières opérations ne sont pas nommées, le nombre d’agents concernés n’est chiffré ni pour la première vague ni au total, le coût pour le Trésor n’est pas connu, pas davantage que les frais éventuellement supportés par les agents ni le calendrier d’extension au-delà des premières zones. La question des frais a un précédent : les agents payés hors de leur lieu d’affectation supportent depuis des années des frais de transport et des commissions d’intermédiaires que la bancarisation était censée supprimer.
Ce qui se joue en aval
Le test de la paie de proximité ne sera pas la présence d’un guichet, mais la régularité du versement. Les arriérés restent la norme dans plusieurs administrations et projets publics. Fin juillet 2026, plus de soixante agents du Programme de développement local des 145 territoires réclamaient au Maniema vingt-deux mois d’arriérés de salaire, sur un programme dont le même document budgétaire indique qu’il affichait, à fin décembre 2025, un taux d’exécution de 95,7 %, malgré un déficit de financement estimé à 26 millions de dollars.
Vingt-deux mois d’arriérés d’un côté, 95,7 % d’exécution de l’autre, sur le même programme : un dispositif de paiement rapproché ne corrige pas, à lui seul, une chaîne de la dépense qui produit cet écart. Ces questions sont adressées au Comité de suivi de la paie, à la CADECO, au ministère du Budget et à la direction de la paie du ministère de la Fonction publique.
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