Sécurité & Défense Droits humains en RDC : trois rapports, trois décomptes à ne pas confondre
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Droits humains en RDC : trois rapports, trois décomptes à ne pas confondre

17 015, 6 169… Ces chiffres ne disent ni la même chose ni la même source. Comment lire les bilans des violations dans l'est de la RDC en 2025.

Cheffe du Gouvernement, Judith Suminwa Tuluka. Crédit photo : primature-RDC.
AFP

La Rédaction
Kinshasa - 21 JUIN 2026 - 21:47 WAT · 4 min de lecture

Un chiffre circule depuis février : 17 015 cas de violations des droits humains à Goma et Bukavu. Il est souvent attribué, à tort, à la Commission nationale des droits de l’homme. En réalité, l’année 2025 a produit non pas un, mais trois décomptes distincts des exactions commises dans l’est de la RDC. Trois auteurs, trois méthodes, trois chiffres. Les confondre, c’est se tromper sur ce qu’ils mesurent.

Le premier vient du gouvernement. Le 21 février, au Centre catholique Nganda à Kinshasa, le ministre des Droits humains, Samuel Mbemba, a remis à la Première ministre Judith Suminwa Tuluka un rapport recensant 17 015 cas d’atteintes à la vie et à l’intégrité physique dans les deux capitales provinciales tombées aux mains de l’AFC/M23 et de l’armée rwandaise. Le document détaille notamment 829 enlèvements et 417 cas de torture. Sa méthode : une compilation de rapports existants, menée en une dizaine de jours par des experts de plusieurs ministères, de la société civile et d’ONG.

« Mon gouvernement s’engage solennellement à porter ces recommandations au plus haut niveau », a déclaré la Première ministre lors de la remise. « Nous agirons pour que justice soit faite. » Le président de la Commission nationale des droits de l’homme, Paul Nsapu, présent à la cérémonie mais non auteur du rapport, a salué un travail qui « traduit des vies brisées et une atteinte profonde à la dignité du peuple congolais ».

Le deuxième décompte est celui des Nations unies. Le 12 mars, le Bureau conjoint des Nations unies aux droits de l’homme a publié ses chiffres pour l’ensemble du territoire en 2025 : 6 169 violations documentées et 18 073 victimes. Sa ventilation est précise et instructive. Les groupes armés en portent la responsabilité dans 71 % des cas, soit 4 373 atteintes. Mais les agents de l’État congolais — armée et police — sont mis en cause dans 28 % des violations, soit 1 709 cas. Ce rapport onusien ne se limite donc pas à désigner l’ennemi extérieur.

Le troisième décompte est celui de la Commission nationale des droits de l’homme elle-même, l’institution congolaise indépendante. Son rapport annuel sur 2025, remis à l’Assemblée nationale au printemps, met en cause, selon les comptes rendus de presse, à la fois l’AFC/M23, les forces rwandaises et des unités des forces de sécurité congolaises. Ce volet, le plus exposé politiquement, mérite d’être étayé par le document primaire de la Commission avant toute affirmation chiffrée.

La leçon de méthode est simple. Le chiffre de 17 015 est un décompte gouvernemental, centré sur Goma et Bukavu, conçu comme un instrument de plaidoyer. Celui de 6 169 est une mesure onusienne, nationale et méthodique. Celui de la Commission est encore à consolider à sa source. Aucun ne remplace les autres, et aucun ne doit être prêté à une institution qui ne l’a pas produit.

Cette rigueur n’est pas un détail de spécialiste. Elle conditionne la crédibilité même de la dénonciation. Sur des accusations aussi graves, l’erreur d’attribution affaiblit la cause des victimes. Les violences imputées à l’AFC/M23 et au Rwanda sont régulièrement rejetées par Kigali, et toute version émanant des belligérants doit être présentée comme telle, faute de vérification indépendante.

Reste l’essentiel, que les trois rapports partagent. Comme l’a résumé le représentant de la société civile Jonas Tshombela, « la paix durable ne peut se bâtir sur l’oubli des victimes ni sur le silence face aux crimes ». Documenter ces crimes avec précision, sans les gonfler ni les confondre, est la première condition pour qu’un jour, justice soit rendue.

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B
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