Drone de Goma : trois mois après la mort d’une humanitaire française, Paris réclame la vérité
Tuée en mars par un drone à Goma, une agente française de l'UNICEF attend toujours que les responsables soient désignés. La France réclame la transparence, sa justice enquête.

Drone de Goma : trois mois après la mort d’une humanitaire française, Paris réclame la vérité
AFP
Le 26 juin 2026, devant le Conseil de sécurité des Nations unies, le représentant permanent de la France, Jérôme Bonnafont, est revenu sur une mort survenue trois mois plus tôt. « We call for transparency regarding those responsible for this attack », a-t-il déclaré, soit : « Nous demandons la transparence sur les responsables de cette attaque. » Il visait la frappe de drone qui a tué à Goma une compatriote employée par l’UNICEF, et pointait « la résurgence alarmante » de ce type d’attaques.
Les faits remontent au 11 mars 2026. Vers quatre heures du matin, une frappe a touché un quartier résidentiel de Goma, ville tenue par l’AFC/M23 depuis la fin janvier 2025. Le bilan provisoire, communiqué par la rébellion, fait état de trois morts. Parmi eux, Karine Buisset, ressortissante française, agente de l’UNICEF affectée à la protection de l’enfance dans l’est de la RDC. Le président français Emmanuel Macron avait annoncé sa mort le jour même.
La réaction française fut immédiate, puis judiciaire. Dès le lendemain, le ministère des Affaires étrangères indiquait que « la France est en contact avec les autorités congolaises qui se sont engagées à clarifier les responsabilités et les circonstances ». Le parquet national antiterroriste a, de son côté, ouvert une enquête pour crime de guerre. La demande formulée au Conseil de sécurité, fin juin, prolonge cette exigence sur la scène diplomatique.
L’attaque n’a pas été un cas isolé. Les Nations unies ont recensé une trentaine de frappes de drones et de raids aériens pour le seul mois de février 2026, un record. Le coordinateur humanitaire de l’ONU en RDC, Bruno Lemarquis, a réclamé « une enquête rapide, indépendante et crédible pour déterminer qui était responsable », soulignant que l’usage d’armes lourdes dans des zones densément peuplées « continue d’avoir des conséquences dramatiques ».
La question du responsable, elle, reste ouverte. L’AFC/M23 impute la frappe à l’armée congolaise, qui dément toute implication. Aucune attribution n’a été établie de manière indépendante dans les éléments rendus publics, et le sens de la démarche française est précisément d’obtenir cette clarification. Le travail du Groupe d’experts des Nations unies, qui documente l’emploi des drones dans le conflit, est attendu sur ce point.
Pour Kinshasa, sensible à toute mise en cause, l’affaire déplace le débat sur un terrain qu’il maîtrise, celui de la transparence et du droit. La mort d’une humanitaire étrangère a donné à cette frappe une portée internationale que n’ont pas les innombrables victimes congolaises des mêmes armes. Reste que la lumière réclamée par Paris n’est pas faite. C’est aux enquêtes, française et onusienne, et non aux communiqués des belligérants, qu’il reviendra d’établir qui a tiré.
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