Santé Ebola en RDC : de l’Ituri aux Kivu, la carte d’une épidémie qui court plus vite que la riposte
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Ebola en RDC : de l’Ituri aux Kivu, la carte d’une épidémie qui court plus vite que la riposte

En un mois, l'épidémie de virus Ebola Bundibugyo est passée de trois à trente-trois zones de santé, débordant de la seule Ituri vers le Nord-Kivu et le Sud-Kivu. Laboratoires décentralisés, centres de traitement, traçage des contacts : la riposte monte en puissance, sans encore rattraper le virus. État des lieux, cartographié.

FILE PHOTO: Red Cross workers wearing personal protective equipment (PPE) prepare to lower the coffin of Dr Tibenderana Katho Blaise who worked at the Centre Medical Evangelique (CME) in Hoho commune and died of Ebola virus, as aid agencies intensify efforts to contain a new Ebola outbreak caused by the Bundibugyo virus, at the Nyamurongo cemetery in Bunia town, Ituri province, Democratic Republic of Congo, May 26, 2026. REUTERS/Gradel Muyisa Mumbere TPX IMAGES OF THE DAY/File Photo
AFP

La Rédaction
Kinshasa - 20 JUIN 2026 - 14:46 WAT · 7 min de lecture

Le 16 mai, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) recensait huit cas d’Ebola confirmés en laboratoire dans la province de l’Ituri, répartis sur trois zones de santé, autour de Bunia, Rwampara et Mongbwalu. Un mois plus tard, le 18 juin, le rapport de situation du ministère de la Santé faisait état de 875 cas confirmés et 202 décès, et la maladie touchait 33 zones de santé sur trois provinces. Même souche, même foyer de départ. Une géographie qui a changé d’échelle.

La souche en cause, Bundibugyo, ne dispose d’aucun vaccin ni traitement homologué : le vaccin Ervebo ne protège que de la souche Zaïre. La riposte repose donc sur la chaîne classique — détecter, isoler, tracer, enterrer sans risque — et sa réussite se joue d’abord sur la vitesse. C’est précisément là que l’épidémie a pris de l’avance.

La courbe et la carte

Entre le 22 mai et le 6 juin, le nombre de cas confirmés a été multiplié par plus de huit, passant de 63 à 515, selon les données de l’OMS. Sur la même quinzaine, le nombre de zones de santé comptant des cas confirmés est passé de 16 à 25, soit une hausse de 56 %. Au 6 juin, ces 25 zones se répartissaient entre l’Ituri (17), le Nord-Kivu (7) et le Sud-Kivu (1). Près de 160 zones de santé étaient alors classées « touchées ou à risque ».

La progression ne s’est pas arrêtée. La consolidation hebdomadaire de l’OMS faisait état de 808 cas confirmés et 192 décès au 14 juin ; le rapport de situation du 18 juin portait le décompte à 875 cas et 202 décès sur 33 zones de santé. La répartition par province dessine la trajectoire : au 18 juin, l’Ituri concentrait 799 cas confirmés, soit 91,3 % du total, et 158 décès ; le Nord-Kivu comptait 73 cas et 43 décès ; le Sud-Kivu, trois cas et un décès. Deux zones venaient d’être touchées, Fataki en Ituri et Musienene au Nord-Kivu. L’épicentre n’a pas bougé, mais le virus déborde vers les Kivu.

L’épidémie a aussi franchi une frontière. L’Ouganda voisin a enregistré 19 cas confirmés et deux décès, reliés à la même chaîne de transmission après l’arrivée à Kampala, les 15 et 16 mai, de deux personnes venues de RDC. L’OMS maintient un risque mondial « faible », un risque « élevé » pour l’Ouganda, et redoute surtout une propagation nationale et régionale à mesure que de nouvelles zones tombent. En aval, les autorités congolaises ont durci les contrôles sanitaires aux points d’entrée, jusqu’à imposer une fiche sanitaire numérique aux voyageurs à l’aéroport de N’djili.

Un système qui se déploie zone par zone

Face à cette dispersion, la riposte s’est réorganisée autour du diagnostic de proximité. À Bunia, le directeur des opérations d’urgence de l’OMS, Abdirahman Mahamud, ramène l’enjeu à une question de distance. « L’Ituri est aussi grand que la France. Voilà de quoi il s’agit, expliquait-il le 9 juin. Dans des endroits comme celui-ci, si vous êtes à Bunia, vous pouvez obtenir votre résultat en une ou deux heures. Dans les endroits plus éloignés, vous pouvez l’obtenir dans les 24 heures. » Là où un échantillon mettait jusqu’à huit heures de route pour atteindre un laboratoire, l’OMS a ouvert des laboratoires de terrain dans cinq zones touchées, dont Mongbwalu, puis Aru.

Un mois après le début de la riposte, quatre laboratoires sont opérationnels, dont deux capables d’analyser près de 1 000 échantillons par jour, et environ 400 lits sont disponibles. La hausse du nombre de cas confirmés tient en partie à cette montée du dépistage : on détecte davantage parce qu’on teste davantage. La recherche des contacts suit le même mouvement. De 5 040 contacts suivis au 6 juin, avec 62 % atteints, la riposte est passée à près de 6 000 contacts et un taux de 71 % le 18 juin — encore loin de l’objectif de 90 à 95 % fixé par les équipes.

Le dispositif ne se limite pas aux soins. « La riposte s’articule autour de 11 piliers sur le terrain », détaille la Dre Marie Roseline Bélizaire, responsable de la réponse d’urgence de l’OMS pour l’Afrique : surveillance communautaire, équipes d’investigation, centres de transit où le patient attend son résultat, laboratoires, centres de traitement, contrôle de l’infection, gestion des données. À quoi s’ajoutent une prise en charge psychosociale et nutritionnelle, des rations pour les contacts et trois repas chauds par jour pour les hospitalisés. Sur le terrain, la riposte s’appuie aussi sur des relais confessionnels et communautaires, sous le leadership des autorités sanitaires congolaises. À la frontière d’Aru et d’Arua, les deux pays ont convenu de déployer des équipes conjointes et d’installer un centre de traitement cogéré. « Quand vous regardez la frontière, vous ne voyez pas vraiment la limite de démarcation, souligne la Dre Bélizaire. Ce sont les mêmes populations qui habitent, ils parlent la même langue locale. »

L’écart qui demeure

Cette montée en puissance ne suffit pas encore. Interrogée sur l’état de la riposte, la Dre Bélizaire la situe « au niveau 3 ou 4 » sur une échelle de 0 à 10. « L’épidémie évolue rapidement et tous les partenaires […] doivent augmenter les efforts sur le terrain », ajoute-t-elle. Réunis en visioconférence sous l’égide de l’Union africaine le 16 juin, les bailleurs ont annoncé de l’ordre de 910 millions de dollars de promesses de financement, dont le décaissement reste à confirmer.

Sur le terrain, trois obstacles tiennent ensemble. L’insécurité, d’abord : les conflits en Ituri et au Nord-Kivu compliquent le transport des échantillons, le suivi des contacts et les enterrements dignes. La mobilité, ensuite : commerce, mines et recherche de soins font circuler les personnes plus vite que la surveillance. La défiance, enfin, nourrie par les rumeurs et la désinformation, et par des pratiques funéraires à contact direct. L’épidémie s’est aussi déplacée sur le plan démographique : d’abord concentrée chez les hommes de 20 à 49 ans, elle touche désormais surtout les femmes, et les cas augmentent chez les enfants. « Ce sont elles qui prennent soin des membres de leur famille », rappelle la Dre Bélizaire. Tant que la riposte courra derrière la carte, chaque nouvelle zone gagnée par le virus repoussera d’autant la ligne d’arrivée.

Comment lire ces chiffres. Dans une flambée qui évolue vite, un seul indicateur est publiable : le dernier bilan daté et attribué. Au 20 juin, c’est le rapport de situation du ministère de la Santé du 18 juin (875 cas confirmés, 202 décès) ; la référence à citer dans la durée reste la consolidation hebdomadaire de l’OMS (808 cas, 192 décès au 14 juin). Les bilans cités ici concernent les cas confirmés en laboratoire, et non les cas suspects.

Sources : OMS, déclaration d’urgence de santé publique de portée internationale, 17 mai 2026 ; ONU Info, 9, 10 et 17 juin 2026 (Dr A. Mahamud et Dre M. R. Bélizaire, OMS) ; OMS, Rapport de situation externe hebdomadaire n°5 (données au 14 juin) ; rapport de situation du ministère de la Santé publique, 18 juin 2026. Numéro vert national : 151.

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B
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