Santé Ebola en RDC : le nombre de contacts non vus a doublé en onze jours, de 1 988 à 4 408
Santé

Ebola en RDC : le nombre de contacts non vus a doublé en onze jours, de 1 988 à 4 408

Le taux national de suivi des contacts n'a reculé que de 81,1 % à 75,3 % en onze jours. Derrière cette quasi-stabilité, le nombre de personnes exposées recensées mais non visitées dans la journée est passé de 1 988 à 4 408. Ce que les rapports du COUSP permettent de calculer, et ce qu'ils ne permettent pas.

MSF medical teams debrief from the red zone after patient rounds, communicating with medical staff in the green zone. Patient files are considered contaminated and remain in the red zone, with information relayed verbally to ensure infection prevention measures are maintained at the Ebola Treatment Centre in Lwiro, South Kivu.
AFP

La Rédaction
Kinshasa - 2 AOÛT 2026 - 01:41 WAT · 7 min de lecture

Le 19 juillet, 10 519 personnes figuraient sur les listes de contacts de la 17e épidémie d’Ebola et 8 531 d’entre elles avaient été vues dans la journée. L’écart, 1 988, ne fait l’objet d’aucune ligne dans les rapports de situation du Centre d’opérations d’urgence de santé publique (COUSP) : il s’obtient par soustraction. Onze jours plus tard, au 30 juillet, le tableau 4 du rapport n°077 affiche 17 863 contacts sous suivi et 13 455 vus. La même soustraction donne 4 408. Le volume a plus que doublé : plus 121,7 %, calcul de la rédaction sur les deux séries publiées.

Le taux national, lui, est passé de 81,1 % à 75,3 %, un recul de 5,8 points qui donne l’image d’une quasi-stabilité. C’est ce pourcentage que reprennent les tableaux de bord de la riposte. « Le suivi des contacts demeure insuffisant au niveau national (75,3 %), en deçà du seuil opérationnel de 95 % », écrit le COUSP dans le rapport arrêté au 30 juillet, une phrase dont la première partie est reconduite à l’identique depuis le 19 juillet, avec le seul pourcentage qui change. Le taux recouvre une arithmétique moins lisible : quand le dénominateur croît vite, un pourcentage presque constant peut cacher un nombre de personnes non visitées qui, lui, s’envole.

Rapport (situation au)Contacts sous suiviContacts vusNon vusTaux
n°066 (19 juillet)10 5198 5311 98881,1 %
n°069 (22 juillet)15 37411 4593 91574,5 %
n°071 (24 juillet)14 52511 1003 42576,4 %
n°074 (27 juillet)17 58813 8823 70678,9 %
n°077 (30 juillet)17 86313 4554 40875,3 %

Colonne « non vus » et variations : calculs de la rédaction, par soustraction des deux colonnes publiées. Les taux sont ceux publiés par le COUSP, non recalculés.

Ces cinq chiffres ne portent pas sur le même périmètre. Le rapport n°066 ne dispose d’aucune donnée pour la Tshopo, le n°069 aucune pour le Haut-Uélé, et les n°071, n°074 et n°077 précisent que les taux de l’Ituri et du Nord-Kivu ne sont calculés que pour les zones de santé ayant rapporté : huit zones manquantes le 24 juillet, deux le 27, trois le 30. La série n’est pas non plus continue, le stock reculant entre le 22 et le 24 juillet, de 15 374 à 14 525. La progression du non-vu se lit sous cette réserve.

Sur ces onze jours, le stock de contacts sous suivi est passé de 10 519 à 17 863, tandis que le nombre de zones de santé touchées a continué de croître, jusqu’à 49 sur 140 au 30 juillet. Les listes se sont allongées en même temps que l’épidémie s’étendait. Ce que les rapports permettent de dire s’arrête là : ils publient chaque jour l’effectif inscrit et l’effectif vu, pas ce qui explique l’écart entre les deux.

Une comparaison reste hors de portée avec ces documents : le nombre de contacts listés par cas. Les 17 863 forment un stock, celui des contacts en cours de suivi sur la période de surveillance de vingt et un jours qui suit la dernière exposition, alors que les 3 605 cas confirmés forment un cumul depuis la déclaration de l’épidémie, le 15 mai 2026. Rapporter le premier chiffre au second reviendrait à diviser un état instantané par un total historique, et le résultat ne mesurerait rien. Les rapports de situation ne publient ni le nombre de contacts listés pour chaque cas nouvellement confirmé, ni le nombre de contacts sortis de suivi chaque jour. Ces deux séries manquent au dossier public.

Au 30 juillet, l’Ituri concentre 11 638 contacts sous suivi pour 8 781 vus, soit 75,5 %. Le Nord-Kivu en compte 5 667 pour 4 227, soit 74,6 %, une ligne que le commentaire du même rapport porte à 5 702 pour 4 262, soit 74,7 %. Le Haut-Uélé affiche 458 contacts et 369 vus, soit 80,6 %, une remontée après le décrochage à 52,3 % relevé le 19 juillet. La Tshopo est à 66,2 %, avec 43 contacts vus sur 65, et la zone de santé de Kabondo, à Kisangani, reste à 0 %. Le suivi est clos au Sud-Kivu.

Trois zones de santé de l’Ituri sont à 0 % : Mahagi, Kambala et Boga. Nyankunde est à 12,7 % et Bunia à 22,0 %, « où les données de suivi n’ont pas été remontées », précise le rapport. Ces pourcentages ne couvrent pas l’ensemble du territoire affecté. « En Ituri et au Nord-Kivu, le taux de suivi a été calculé uniquement pour les ZS ayant rapporté », indique une note du tableau 4, qui ajoute que les zones de Kambala et de Mahagi, en Ituri, et de Rungu, dans le Haut-Uélé, « n’avaient pas de données exploitables au moment de la consolidation des rapports ». Le chiffre de 4 408 est donc un plancher, calculé sur les seules zones qui ont transmis.

Le rapport n°077 comporte un écart interne. Son tableau 4 totalise 17 863 contacts et 13 455 vus, quand la somme de ses lignes provinciales donne 17 828 et 13 420, chiffres que reprend l’encadré d’indicateurs clés. L’écart, 35 unités dans chacune des deux colonnes, porte sur la ligne du Nord-Kivu : le commentaire du même tableau écrit que la province « a réalisé 4 262 contacts vus sur 5 702 (74,7 %) », soit 35 de plus dans chaque colonne que la ligne chiffrée, et ces valeurs redonnent exactement les totaux publiés. Le nombre de non vus est identique dans les deux versions : 4 408.

Le COUSP place la question au quatrième rang de ses défis, sous l’intitulé « Performance du suivi des contacts faible et en recul », avec pour conséquence identifiée des « chaînes de transmission non interrompues ». Les actions requises inscrites en regard, dans le même tableau, sont de « Former, déployer et motiver les relais communautaires (RECO) ; supervision renforcée ; investiguer la chute observée en Ituri ». Des formations figurent aux activités du 30 juillet, au chapitre de la communication des risques en Ituri : 30 RECO à Nizi avec l’appui de MEDAIR et de FHI 360, 42 agents de Caritas à Bunia sur financement de CRS.

Ces visites comptent parce que, faute de vaccin homologué et de traitement spécifique contre la souche Bundibugyo, l’interruption des chaînes repose sur le repérage des personnes exposées et leur isolement dès les premiers symptômes. Un premier candidat vaccin est entré en essai clinique de phase 1 le 24 juillet, première étape d’évaluation de l’innocuité, très en amont de tout usage sur le terrain, et le pilier recherche du rapport du 30 juillet indique qu’« aucune activité de vaccination n’est rapportée par les provinces ce jour ». Le suivi quotidien des contacts, avec l’isolement précoce des personnes qui développent des symptômes, reste l’instrument central.

Le 17 juillet, le bilan officiel s’établissait à 2 267 cas confirmés et 893 décès. Au 30 juillet, il atteint 3 605 cas et 1 587 décès. Un contact non vu un jour peut l’être le lendemain, et les listes se vident au terme de la période de surveillance : le chiffre mesure une charge quotidienne, pas une population sortie du dispositif. Le seuil que la riposte s’est fixé demeure 95 %. Atteint au 30 juillet, il aurait supposé 16 970 visites dans la journée, contre 13 455 réalisées.

Commentaires
B
Cet article respecte les principes de transparence éditoriale de BETO. En savoir plus ›
Et aussi…