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RDC : Ndayishimiye rapporte à Kinshasa ce que les opposants congolais lui ont dit ailleurs
Le président en exercice de l'Union africaine arrive à Kinshasa le 20 août avec ce que les Congolais lui ont dit à Bujumbura. Cinq semaines après l'annonce du dialogue, l'ordonnance de convocation n'existe toujours pas.
Le communiqué est parti de Gitega le matin même. Sous le numéro 17/2026, le porte-parolat de la présidence burundaise annonce que « Son Excellence Monsieur Évariste Ndayishiye, Président de la République du Burundi et Président en exercice de l’Union Africaine, se rend, ce 20 août 2026, à Kinshasa, en République Démocratique du Congo, pour une visite de travail ». Deux qualités dans une seule phrase, et une seule journée de préavis. Le chef d’État voisin arrive avec, dans sa serviette, ce que les Congolais lui ont dit ailleurs.
Ils le lui ont dit à Bujumbura, du 4 au 7 juillet. Quatre familles congolaises ont fait le déplacement : la Coalition Article 64, la Conférence épiscopale nationale du Congo, l’Église du Christ au Congo et la plateforme des confessions religieuses et Églises du réveil. « Tout le monde est d’accord qu’il faut un dialogue inclusif où toutes les composantes importantes participent pour trouver les voies de sortie de l’escalade », y résumait Franklin Tshiamala, secrétaire général de la LGD. L’archevêque Évariste Ejiba Yamapia y ajoutait que « le seul message appelle à l’unité, à la cohésion nationale, à l’ouverture et surtout au respect des institutions de la République ». La présidence burundaise a fait savoir que son chef d’État « reconnaît la volonté commune, manifestée au cours de ces échanges, en faveur de la stabilité, de la paix et de la sécurité ».
Que des Congolais aient dû traverser une frontière pour se parler entre eux dit quelque chose de l’état de la maison. Ce n’est pas la faute du Burundi.
C’est le calendrier congolais qui manque à l’appel. Le 17 juillet, le cardinal Fridolin Ambongo annonçait que le chef de l’État acceptait un dialogue national inclusif. Le 20 juillet, la Coalition Article 64 fixait l’échéance de la convocation officielle au 15 août. Le 29 juillet, le porte-parole du gouvernement rappelait que « l’agenda du président de la République ne répond pas à une quelconque forme d’ultimatum ». Le 15 août est passé sans ordonnance. Le 16, à Libreville, le président annonçait une adresse à la nation. Une marche nationale est fixée au 15 septembre. Cinq semaines, cinq annonces, zéro acte.
Pendant que la pièce manquante reste congolaise, la facilitation, elle, se densifie à l’extérieur. Bujumbura en juillet, Bruxelles où l’opposition tient ses conférences, Doha et Washington pour la guerre. Le pays le mieux informé sur le dialogue congolais n’est pas celui qui doit le convoquer.
Le facilitateur est aussi une partie au conflit
Il faut nommer ce que la courtoisie diplomatique arrondit. Le Burundi n’est pas un tiers lointain. Un accord bilatéral autorise sa Force de défense nationale à déployer des troupes dans l’Est congolais, et plus de 29 000 militaires burundais y ont été engagés entre août 2022 et décembre 2025, dans les territoires de Fizi et d’Uvira, sur les hauts plateaux de Minembwe et dans la plaine de la Rusizi. Les 23 et 24 juin, la visite d’État à Kinshasa s’était conclue sur la relance des mécanismes bilatéraux et l’engagement de renforcer la médiation africaine.
Un même État fournit donc des soldats à un camp et transporte la parole des adversaires politiques de ce camp. Ce n’est pas illégitime, c’est simplement une position qui doit être dite au lecteur plutôt que masquée sous le mot facilitation.
L’objection est connue, et elle est solide. Aucun grand règlement congolais ne s’est jamais fait sans facilitateur étranger : Sun City, l’accord-cadre d’Addis-Abeba, Nairobi, Luanda, Doha, Washington. La médiation africaine par un pair est même préférable à la tutelle d’une chancellerie occidentale, et le mandat de président en exercice de l’Union africaine donne à cette démarche une base continentale qui n’est pas de l’ingérence. Le Burundi paie par ailleurs un prix humain réel dans l’Est, ce qui lui donne un intérêt direct à la paix.
Tout cela est vrai, et ne change rien au fond. Une facilitation transporte des positions, elle ne signe pas une ordonnance. Elle peut rapprocher des acteurs, elle ne peut pas convoquer à la place de l’État congolais. Aucun médiateur, si bien intentionné soit-il, ne publiera à la place de Kinshasa la date, le lieu, le format, la liste des participants et le budget.
Ce qui reste à la charge des Congolais
Sur ce dernier point, la maison pose toujours la même question et n’obtient toujours pas de réponse. Un dialogue national se loge, se restaure, se transporte et se sécurise. Aucun montant n’a été rendu public, alors que le Conseil des ministres du 14 août constatait lui-même 8,3 milliards de dollars de financements extérieurs acquis et non décaissés, et un budget d’équipement exécuté à 0,24 % au 30 avril. Un pays qui ne dépense pas ce qu’il a obtenu devra dire comment il paiera ce qu’il annonce.
Que le président en exercice de l’Union africaine vienne rendre compte à Kinshasa est une bonne nouvelle. Elle en serait une meilleure si la contrepartie congolaise existait : un texte signé, une date, une salle. Le reste du continent finira par constater ce que les Congolais voient déjà. Sur ce dossier, tout le monde travaille, sauf celui qui tient le stylo.
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