Politique RDC : ce que la déclaration des Banyamulenge dit, et ce qu’elle laisse sans nom

RDC : ce que la déclaration des Banyamulenge dit, et ce qu’elle laisse sans nom

Quatre passages, 113 mots. Lecture de la déclaration lue le 18 août à la télévision nationale par le président de la communauté banyamulenge, et de ce qu'elle ne nomme jamais.

Enock Sebineza, a Congolese leader and former Deputy Minister of Posts, Telecommunications, New Information and Communication Technologies from the Tutsi community popularly referred to as Banyamulenge, talks during a Reuters interview in Bukavu, the regional capital of South Kivu province, eastern Democratic Republic of Congo, February 24, 2023. REUTERS/Crispin Kyalangalilwa
AFP

Rédaction Kinshasa
Kinshasa - 19 AOÛT 2026 - 16:30 WAT · 5 min de lecture

La déclaration lue le mardi 18 août 2026 à la télévision nationale par le président de la communauté banyamulenge tient, dans la dépêche de l’Agence congolaise de presse, en quatre passages entre guillemets et 113 mots. Le plus court fait 13 mots, le plus long 50. C’est assez pour que chaque terme compte, et le passage qui a circulé en compte 24 : « Nous sommes Banyamulenge. Nous sommes des Congolais. Nous ne serons ni des bradés, ni des mercenaires, ni des marchepieds d’une guerre contre notre patrie. »

Les trois substantifs ne sont pas synonymes, et c’est le point. Être bradé, c’est être vendu à bas prix par quelqu’un d’autre : le mot suppose une transaction dont la communauté serait l’objet et non l’auteur. Être mercenaire, c’est combattre pour le compte et le salaire d’un tiers : le mot suppose un engagement volontaire et rémunéré. Servir de marchepied, c’est permettre l’ascension d’un autre en restant à terre : le mot suppose ni vente ni salaire, seulement une utilité stratégique. Trois reproches distincts, donc, dans une phrase de refus qui n’en nomme aucun auteur. Aucune organisation n’est d’ailleurs désignée par son nom dans les quatre passages, ni coalition, ni groupe armé, ni parti. Un seul État est nommé, le Rwanda, cité dans deux des quatre passages. Aucun chiffre ne figure dans la déclaration reprise, aucune date, aucun lieu.

Le passage le plus long est le plus grave

Cinquante mots sur cent treize portent une accusation précise. « Le Rwanda ne peut pas provoquer ou alimenter une guerre contre la RDC, puis l’habiller du nom de Banyamulenge. Il ne peut pas utiliser nos souffrances pour justifier ses ambitions régionales, ni profaner la mémoire de nos morts en appelant nos enfants à prendre les armes contre leur propre nation. » La phrase enchaîne trois griefs : un habillage, un usage des souffrances, un appel aux enfants. Le troisième décrit une action en cours et vise le recrutement, sans en donner ni l’ampleur, ni la période, ni le canal.

Le destinataire du texte n’est pas celui qu’on attend. La déclaration prend à témoin, écrit l’ACP, « les représentants des peuples de la région des Grands Lacs », et leur demande de « réserver un respect et une responsabilité aux hommes et femmes épris de paix ». Treize mots adressés à la région, pas à l’État congolais, alors que le texte est lu sur la chaîne publique congolaise. La demande porte sur une attitude, elle ne réclame ni mesure, ni décision, ni protection.

Un détail de qualification reste à trancher, et il n’est pas mineur quand un homme parle au nom d’un peuple. L’ACP présente Enock Ruberangabo comme « président de la communauté Banyamulenge en République démocratique du Congo ». Radio Okapi écrivait le 20 mai 2026, à propos de la même personne et de la précédente prise de parole publique de cette communauté, « président de la branche de Kinshasa de la communauté banyamulenge ». Quatre mois séparent les deux dépêches, deux formulations séparent les deux mandats, et la maison n’a pas pu établir laquelle fait foi.

Trois pièces manquent pour aller plus loin : le texte intégral de la déclaration, dont l’ACP ne publie que des extraits, le mandat exact de son signataire et l’organe qui le lui confère, et le cadre dans lequel la chaîne publique lui a ouvert son antenne. Elles sont à réclamer à la communauté banyamulenge et à la Radiotélévision nationale congolaise.

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