La Banque centrale du Congo abaisse son taux directeur à 13,5 % et accélère la dédollarisation
Après plusieurs mois d'appréciation de la monnaie nationale, la BCC poursuit l'assouplissement de sa politique monétaire et serre l'usage des devises. Son gouverneur, André Wameso, attribue la stabilité retrouvée à la correction d'un instrument prudentiel, pas à la dépense des réserves.
Le siège abritant la Banque centrale du Congo à Kinshasa | ©️ BCC
AFP
KINSHASA — Le franc congolais se stabilise, et la Banque centrale du Congo en tire les conséquences. Le 9 avril 2026, à l’issue d’une réunion de son Comité de politique monétaire, l’institut d’émission a abaissé son taux directeur de 15 % à 13,5 %. C’est la troisième baisse en six mois.
Le mouvement est continu. En octobre 2025, le taux était passé de 25,0 % à 17,5 %, une réduction de 750 points de base. Le 9 janvier 2026, il avait été ramené à 15,0 %, pour, selon la BCC, faciliter le financement de l’économie. La banque justifie cet assouplissement par la décélération de l’inflation et la résilience de l’activité face à la conjoncture mondiale. Le taux sur les facilités de prêt marginal a suivi, de 19 % à 17,5 %, tandis que le taux d’intérêt réel est maintenu à 11,3 %.
La même séance a accéléré la dédollarisation de l’économie. Depuis le 9 avril, l’importation physique de monnaies étrangères par les banques commerciales est interdite. Les transactions en espèces en devises sont proscrites pour les personnes physiques et morales. Les paiements doivent désormais emprunter les voies scripturales : virements, cartes, opérations bancaires.
L’appréciation récente du franc a nourri une lecture simple : la BCC aurait soutenu sa monnaie en puisant dans ses réserves. Le gouverneur André Wameso la conteste. Orateur principal à « Makutano Talk », à Kinshasa, le 11 octobre 2025, il a écarté cette explication.
« Ce n’est pas l’utilisation des réserves qui a amélioré le franc congolais sinon en injectant les réserves dans le marché, on allait continuer à labourer la mer. Il y a eu une correction d’un coefficient prudentiel qu’on appelle la réserve obligatoire », a expliqué André Wameso.
Pour le gouverneur, la manœuvre valait d’abord signal. « C’était une façon d’envoyer un message ; la Banque centrale est là. S’il y a surchauffe, la BCC a la capacité de pouvoir réguler pour stabiliser », a-t-il ajouté.
Les chiffres avancés par la BCC situent l’ampleur du redressement. Comparé à fin décembre 2024, le franc s’était apprécié de 13,47 % à l’indicatif et de 9,54 % au parallèle à la mi-octobre 2025, selon le compte rendu de la 62e réunion du Conseil des ministres. L’intervention directe sur le marché des changes, le 18 août 2025, avait porté sur 50,0 millions de dollars. L’actualisation du taux appliqué à la réserve obligatoire, cristallisée en francs depuis décembre 2021, a de son côté ponctionné 371 milliards de francs congolais pour son premier palier.
Pour consolider ses réserves, l’institut d’émission a aussi engagé l’accumulation d’or. Le Comité de politique monétaire a confirmé la poursuite du partenariat avec DRC Gold Trading et le rachat d’or brut issu de l’exploitation artisanale, afin de diversifier ses actifs face aux chocs extérieurs.
Reste la durée, que Wameso aborde sans détour. « Vous savez très bien que ces périodes de stabilité nous les avons déjà connues dans ce pays, ce n’est pas sorcier. […] quand on est sérieux, rigoureux on peut maintenir la stabilité et cette stabilité est maintenant nécessaire pour redonner la confiance », a souligné le gouverneur.
La BCC conditionne cette stabilité à la rigueur, monétaire et budgétaire. Le test viendra après la correction, lorsque les ponctions de liquidité programmées jusqu’en novembre auront pris fin et que le marché devra trouver son point d’équilibre.
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