Hydrocarbures : ce que Tshisekedi demande d’inventorier avant de négocier
Le Conseil des ministres du 14 août ouvre deux dossiers pétroliers frontaliers, avec l'Ouganda au Lac Albert et l'Angola sur la Zone d'intérêt commun, et réclame l'inventaire du portefeuille national.
Hydrocarbures : ce que Tshisekedi demande d’inventorier avant de négocier
AFP
Le compte rendu de la quatre-vingt-seizième réunion ordinaire du Conseil des ministres, tenue le vendredi 14 août 2026 à la Cité de l’Union africaine à Kinshasa, consacre une communication entière au pétrole et au gaz. La demande centrale n’est pas un projet ni un contrat. C’est un inventaire. La ministre d’État chargée des Hydrocarbures doit « procéder à un état des lieux exhaustif du secteur pétrolier et gazier national ».
Le périmètre de cet état des lieux dit ce que l’État ne tient pas encore rassemblé. Il devra couvrir « les actifs et réserves disponibles, les Permis de recherche et d’exploitation, l’état d’avancement des projets, les partenariats en cours, les contraintes au développement du secteur ainsi que les perspectives d’exploration, d’exploitation, de transformation et de valorisation des hydrocarbures ». Une attention particulière est réclamée sur les infrastructures « de transport, de stockage, de raffinage et de commercialisation ». Le compte rendu ne donne aucun chiffre sur aucun de ces postes.
L’objectif assigné est explicite. Les conclusions doivent permettre au gouvernement « de disposer d’une vision actualisée et stratégique du portefeuille pétrolier et gazier national ». Le mot actualisée est celui qui compte : il pose qu’aujourd’hui, la vision ne l’est pas.
Deux frontières ouvertes en même temps
Le même texte engage deux dossiers transfrontaliers. Le premier vise l’Ouganda et les ressources du bassin du Lac Albert. Le président y pose un principe de droit et de géologie : « La continuité géologique des réservoirs pétroliers au-delà des frontières impose, lorsqu’un gisement est partagé, une approche concertée permettant d’en assurer une exploitation optimale et équitable. » La ministre d’État aux Affaires étrangères et celle des Hydrocarbures doivent élaborer une feuille de route « dans le strict respect de nos intérêts nationaux, de la souveraineté permanente de l’État sur ses ressources naturelles ainsi que des exigences environnementales et de protection des communautés locales ».
Le second concerne l’Angola. Le compte rendu fait suite à une mission de la ministre d’État aux Hydrocarbures à Luanda, portant sur la Zone d’intérêt commun partagée avec ce pays et sur « la question de l’accès aux eaux profondes ». Un rapport approfondi est demandé sur l’état de ces dossiers, leurs enjeux et les options « permettant de préserver au mieux les intérêts de la République ».
L’ordre des choses mérite d’être noté. Les deux négociations sont lancées, et l’inventaire du portefeuille national est demandé en parallèle. Une délégation qui discute d’un gisement partagé sans disposer de l’état actualisé de ses propres permis, réserves et partenariats négocie avec une carte que son interlocuteur possède peut-être mieux qu’elle.
Le troisième dossier du 14 août
Le compte rendu ne nomme ni la ministre d’État aux Hydrocarbures ni celle des Affaires étrangères, désignées par leurs seules fonctions. Il ne fixe aucun délai, ni pour la feuille de route ougandaise, ni pour le rapport angolais, ni pour l’état des lieux. Il ne dit pas non plus qui composera le « cadre permanent de concertation entre les principales parties prenantes du secteur » que la ministre doit mettre en place.
Ce Conseil des ministres du 14 août aura ainsi produit trois demandes d’inventaire au lieu d’une. La même séance a constaté que 8,3 milliards de dollars de financements extérieurs restaient non décaissés, et reçu les résultats préliminaires d’un recensement industriel qui compte 1 226 unités sans dire combien fonctionnent. Le pétrole s’ajoute à la liste des secteurs que l’État demande à inventorier, ici avant de négocier.
Les hydrocarbures doivent devenir, écrit le compte rendu, « un véritable levier d’industrialisation, de création d’emplois et de souveraineté énergétique de la République Démocratique du Congo ». La phrase est un objectif, pas un constat. Ce qui la rendra vérifiable tient en trois documents que le 14 août a commandés sans les dater : l’état des lieux, la feuille de route avec Kampala, le rapport sur Luanda.
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