La RDC inscrit la mine de coltan de Rubaya dans son offre stratégique aux États-Unis
Kinshasa a inscrit la mine de coltan de Rubaya, contrôlée par les rebelles du M23, sur une liste d’actifs stratégiques proposés aux États-Unis dans le cadre d’un partenariat sur les minéraux critiques. Une initiative à forts enjeux économiques et géopolitiques, alors que l’est du pays reste en proie aux violences.
AFP
La République démocratique du Congo a ajouté la mine de coltan de Rubaya, l’un des gisements de tantale les plus riches au monde, à une liste restreinte d’actifs stratégiques proposés aux États-Unis dans le cadre d’une coopération bilatérale sur les minéraux critiques, selon un document gouvernemental consulté par Reuters.
L’inclusion de Rubaya a été confirmée par un haut responsable congolais et un diplomate américain, sous couvert d’anonymat en raison de la sensibilité du dossier. La liste a été présentée lors d’une réunion RDC–États-Unis tenue le 5 février à Washington, destinée à faire avancer le partenariat stratégique sur les minéraux conclu en décembre dernier.
Un gisement clé sous contrôle rebelle
Située dans la province du Nord-Kivu, la mine de Rubaya représente environ 15 % de la production mondiale de coltan. Le minerai, riche en tantale – un métal résistant à la chaleur utilisé dans les semi-conducteurs, l’aéronautique, les téléphones portables ou encore les turbines à gaz – est aujourd’hui exploité artisanalement par des milliers de creuseurs locaux.
Mais le site demeure sous le contrôle des rebelles du Mouvement du 23 mars (M23) et de leur branche politique, l’Alliance du fleuve Congo (AFC), un groupe soutenu par le Rwanda selon les Nations unies – une accusation que Kigali dément. Un rapport onusien publié l’an dernier estime que les rebelles tirent au moins 800 000 dollars par mois de taxes prélevées sur la production et le commerce du coltan de Rubaya, alimentant des réseaux de contrebande régionaux.
Le M23 et l’AFC sont sous sanctions américaines et ne font pas partie de l’accord de paix fragile négocié entre Kinshasa et Kigali sous l’égide de Washington en décembre, alors dirigé par le président Donald Trump. Malgré ce pacte, les affrontements se poursuivent dans l’est congolais.
Un pari économique et stratégique
Selon le document gouvernemental, la RDC estime que la relance et la montée en puissance de la production commerciale à Rubaya nécessiteraient un investissement compris entre 50 et 150 millions de dollars. Les autorités anticipent toutefois un retour rapide sur investissement, porté par la forte demande mondiale en tantale.
Kinshasa met en avant la possibilité de transformer Rubaya en source d’approvisionnement « entièrement traçable et sans conflit », conforme aux règles américaines en matière de chaîne d’approvisionnement responsable. Un argument de poids pour Washington, engagé dans une stratégie de diversification de ses sources de métaux critiques afin de réduire la dépendance vis-à-vis de la Chine en Afrique.
En proposant Rubaya malgré l’absence de contrôle effectif sur le site, le gouvernement du président Félix Tshisekedi chercherait également à inciter les États-Unis à s’impliquer davantage dans la sécurisation de la région, selon un responsable du M23 interrogé par Reuters. Ce dernier affirme que l’objectif du mouvement « n’est pas les mines, mais la libération de notre peuple », tout en estimant que toute négociation future pourrait révéler que « le président ne contrôle pas tous les sites miniers ».
Le gouvernement congolais n’a pas immédiatement réagi aux sollicitations de l’agence de presse.
Accès préférentiel pour les entreprises américaines
Le Département d’État américain a confirmé que la RDC avait officiellement présenté une première liste de « réserves stratégiques d’actifs » (SAR) lors de la réunion du 5 février, sans en dévoiler le contenu. Dans le cadre de l’accord-cadre, les entreprises américaines bénéficieront d’un accès préférentiel à ces projets, censés promouvoir la transparence des investissements, la création d’emplois et la stabilité à long terme en RDC.
Outre Rubaya, la liste inclurait plusieurs projets majeurs : le gisement de lithium de Manono, le complexe cuivre-cobalt Chemaf en Haut-Katanga et au Lualaba, l’expansion des capacités de germanium et gallium de STL à Lubumbashi, ainsi que des projets de raffineries de cobalt. Des infrastructures énergétiques et ferroviaires stratégiques, notamment en lien avec le corridor de Lobito, figureraient également parmi les priorités.
Si plusieurs accords d’approvisionnement initiaux auraient déjà été signés entre Kinshasa et des entreprises américaines ou alliées, le document consulté ne précise ni les noms des sociétés concernées ni l’état exact des négociations.
Dans un contexte de rivalités géopolitiques accrues autour des minerais critiques et de conflit persistant dans l’est congolais, l’offre de Rubaya apparaît ainsi comme un levier diplomatique autant qu’économique – un pari audacieux sur la convergence d’intérêts entre Kinshasa et Washington.
Odon Bakumba
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