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AFC/M23

Minembwe et les Banyamulenge : aux racines d’un conflit que la diplomatie peine à éteindre

Un siècle d'histoire, de terre et de nationalité : pourquoi le conflit de Minembwe et des Banyamulenge, sur les Hauts Plateaux du Sud-Kivu, résiste à toutes les médiations.

Minembwe et les Banyamulenge : aux racines d’un conflit que la diplomatie peine à éteindre
AFP

La Rédaction
Kinshasa - 3 JUILLET 2026 - 13:50 WAT · 4 min de lecture

Le 14 avril 2026, à la veille d’une réunion du Conseil de sécurité, Human Rights Watch a tiré la sonnette d’alarme sur les Hauts Plateaux du Sud-Kivu. L’organisation y décrit une crise humanitaire grave, une aide quasi nulle depuis plus d’un an, des barrières illégales, des pénuries de sel, de sucre et de médicaments, et huit frappes recensées de janvier à mars. « Les civils des Hauts Plateaux du Sud-Kivu font face à une grave crise humanitaire et vivent dans la peur d’exactions commises par toutes les parties », résume sa chercheuse Clémentine de Montjoye. Depuis le départ de la Mission de l’ONU, à la mi-2024, les combats s’y sont intensifiés.

Pour comprendre, il faut remonter loin. Les Banyamulenge sont des Congolais tutsi, pasteurs installés depuis le XIXe siècle dans les hauteurs d’Uvira, autour de la colline de Mulenge qui leur a donné leur nom. Leur citoyenneté congolaise n’est aujourd’hui pas contestée en droit. Elle l’a pourtant été en politique. Les lois sur la nationalité de 1972 puis de 1981, l’exclusion de candidats jugés de « nationalité douteuse » lors de scrutins des années 1980, ont fait de leur appartenance une arme, ressortie à chaque crise.

Les grandes guerres ont durci les lignes. Dans le conflit de 1996 à 1998, des combattants banyamulenge ont formé l’avant-garde de la rébellion qui a renversé Mobutu. La deuxième guerre, de 1998 à 2003, a vu s’affronter le mouvement soutenu par Kigali et des milices locales, avec son cortège de massacres de civils imputés à plusieurs camps. C’est alors qu’une entité administrative propre, le territoire de Minembwe, est créée autour de l’an 2000, puis supprimée en 2003, une séquence vécue comme une trahison par une partie de la communauté.

Le nœud administratif a resurgi en 2020. Une commune rurale de Minembwe, prévue par un décret de décentralisation de 2013, a vu l’installation officielle de son bourgmestre le 28 septembre 2020, orchestrée par Azarias Ruberwa. La cérémonie a provoqué un tollé national, une entité propre étant perçue comme un moyen de soustraire des Banyamulenge à l’autorité coutumière des communautés voisines. Le président Félix Tshisekedi a suspendu l’opération dès le 8 octobre et confié le dossier à une commission.

Au conflit foncier et coutumier s’ajoutent les acteurs armés, qu’il faut distinguer des communautés. Côté banyamulenge, le groupe Twirwaneho, né comme force d’autodéfense et structuré par Michel Rukunda, alias Makanika, est aujourd’hui associé à l’AFC/M23. Côté opposé, des milices Maï-Maï et Wazalendo se posent en défenseurs des communautés agricoles et opèrent en appui de l’armée, épaulée par des soldats burundais. Aucun de ces groupes ne se confond avec le peuple au nom duquel il prétend combattre. L’amalgame, justement, inquiète les observateurs. « Le qualificatif de « cinquième colonne », quand il est appliqué à une communauté entière, est forcément problématique », avertit Pierre Boisselet, coordinateur du Baromètre sécuritaire du Kivu.

La main de Kigali n’est pas une hypothèse pour l’ONU. Dans son rapport de décembre 2025, le Groupe d’experts indique que les déploiements de l’AFC/M23 et de l’armée rwandaise au Sud-Kivu visent à sécuriser les corridors de transit, à contrôler les zones minières et à « renforcer les milices Twirwaneho » sur les Hauts Plateaux. La coalition y contrôlerait la moitié de la production de cassitérite et de coltan de la province. Le constat, attribué aux experts onusiens, ne vaut pas caractérisation d’une communauté entière.

Pour Kinshasa, la question de Minembwe est un piège tendu à la souveraineté, où le grief communautaire sert de levier à une agression extérieure. Le pouvoir se garde toutefois d’un discours d’assignation, tant les violences frappent des civils de tous bords. La diplomatie, elle, échoue depuis des décennies à trancher un nœud fait de terre, de nationalité et de mémoire. Les habitants des Hauts Plateaux, eux, continuent de payer un conflit dont les racines plongent bien avant les rébellions d’aujourd’hui.

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B
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