Déchets de Kinshasa : 19 % arrivent à la décharge, et le seul site contrôlé attend un pont
Le chef de l'État demande une gestion rigoureuse de la chaîne des déchets jusqu'à leur traitement final. L'étude d'impact du centre d'enfouissement de Mpasa, seul site contrôlé de la capitale, indique que 19 % des déchets y arrivent et que la route d'accès est coupée aux poids lourds.

Déchets de Kinshasa : 19 % arrivent à la décharge, et le seul site contrôlé attend un pont
AFP
Le président de la République a instruit la Task Force présidentielle de salubrité et les services de l’Hôtel de ville d’assurer « une gestion rigoureuse de toute la chaîne de traitement des déchets, de leur collecte à leur traitement final, au moyen d’équipements adaptés ». L’objectif est énoncé dans le même compte rendu du Conseil des ministres : « empêcher tout nouvel entassement des immondices et de préserver durablement les espaces assainis ».
Cette instruction porte sur le maillon de la chaîne des déchets de Kinshasa dont on parle le moins. Curer un caniveau produit un tas, et ce tas doit aller quelque part. Or l’étude d’impact environnemental et social du centre d’enfouissement technique de Mpasa, remise en mars 2024, établit que « Kinshasa génère plus de 2,4 millions de tonnes de déchets solides par an dont seulement 19 % arrivent à la décharge ». Ces 2,4 millions de tonnes représentent une moyenne de 6 575 tonnes par jour.
Le site vers lequel elles devraient converger est unique. Mpasa, dans la commune de la N’sele, à une trentaine de kilomètres du centre, est le seul centre d’enfouissement contrôlé de la capitale. Le projet retenu pour lui prévoit qu’il reçoive 1 109 tonnes par jour, dont environ 170 provenant des travaux à haute intensité de main-d’œuvre. Rapporté à la production quotidienne, ce dimensionnement couvre moins d’un sixième de ce que la ville jette.
Déchets de Kinshasa : la route qui commande le reste
L’étude de 2024 consigne un obstacle matériel qui précède toute question d’équipement. « Actuellement le CET Mpasa ne reçoit plus des déchets pour donner suite au mauvais état du pont Mfusu sur la route d’accès qui est sur le point de s’effondrer empêchant ainsi le passage des gros véhicules », écrivent ses auteurs. Un camion-benne de trente tonnes ne franchit pas ce pont.
La reconstruction de cet ouvrage a été mise en concurrence. La Cellule Infrastructures a lancé le 14 février 2023 un appel d’offres portant sur les travaux de reconstruction du pont Mfusu, l’aménagement des zones érodées et la remise en état de la route d’accès au centre, avec dépôt des offres au 14 mars 2023. L’étude d’impact décrivant le site comme inaccessible aux poids lourds a été remise un an plus tard.
L’aménagement prévu pour le centre lui-même est documenté depuis novembre 2021, date à laquelle la Cellule Infrastructures a validé l’avant-projet sommaire du consultant Seureca Veolia. Il porte sur les 43 hectares disponibles, avec trois casiers sur la zone déjà exploitée, deux nouveaux casiers au sud et une alvéole provisoire conçue pour douze mois d’exploitation, le temps de remettre le site en service. Les casiers doivent être sur-excavés jusqu’à huit mètres puis comblés jusqu’à former un dôme de vingt-cinq mètres. « La durée de vie globale du CET (43 ha) sera de 13 ans soit 2024 à 2037 », indique l’étude.
Ce que le programme de la Banque mondiale a repris
Le financement de ce chantier a changé de véhicule. Le sous-projet relevait du programme Kin Elenda, il est désormais porté par le programme P512210 de la Banque mondiale, dont l’intitulé est « Kin La Belle », gestion des déchets solides et emplois. Le président de la République, lui, appelle les Kinois à se mobiliser pour que la capitale retrouve son image de « Kinshasa la Belle ».
La reprise s’accompagne de composantes actualisées, énumérées en tête du document : amélioration des zones tampons, augmentation de la capacité, conception flexible, approvisionnement local en matériaux de recouvrement, lutte contre l’érosion, accent sur la valorisation et la réduction à la source, amélioration du traitement du lixiviat et valorisation énergétique du biogaz de décharge. Le plan de gestion environnementale et sociale est chiffré à 821 400 dollars, dont 590 000 à la charge du projet et 231 400 à celle de l’entreprise. La phase de travaux doit ouvrir au moins 250 emplois locaux directs, dont 30 % pour les femmes.
Le dispositif ne se limite pas au site d’enfouissement. Il comprend des points de regroupement fixes et un quai de transfert dans les communes de N’djili, Lemba et Kisenso, c’est-à-dire les équipements intermédiaires qui permettent aux petits véhicules de collecte de vider leur chargement sans faire les trente kilomètres.
Le calendrier de ces ouvrages n’a pas été rendu public. Le président a annoncé la tenue, dans les tout prochains jours, de la première réunion du Comité de pilotage institutionnel, chargée d’évaluer les premières actions engagées et d’arrêter les ajustements nécessaires. C’est devant cette instance que la question du bout de la chaîne se posera, trois semaines après la descente présidentielle du 17 juillet dans le district de la Tshangu.
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