Révélations sur l’accord secret entre Kabila et Kagame en 2009, à l’origine du M23
Révélations sur l’accord secret entre Kabila et Kagame en 2009, à l’origine du M23
AFP
En 2009, un accord discret mais décisif entre Kinshasa et Kigali a marqué un tournant dans l’histoire des conflits à l’Est de la République Démocratique du Congo (RDC). Conclu dans l’ombre entre le président Joseph Kabila et son homologue rwandais Paul Kagame, cet arrangement visait à éliminer la menace que représentait le Congrès national pour la défense du peuple (CNDP), dirigé alors par le général Laurent Nkunda. Cependant, loin d’apporter une paix durable, cet accord a jeté les bases des revendications actuelles du M23, mouvement rebelle qui déstabilise aujourd’hui encore les Kivus.
Le renversement de Nkunda, une opération conjointe Kinshasa-Kigali
Selon Jason Stearns, auteur du livre Du CNDP au M23 : Évolution d’un mouvement armé dans l’Est du Congo, la situation sécuritaire dans les Kivus en 2008 était dominée par le CNDP, soutenu militairement par le Rwanda. Nkunda, charismatique et influent, devenait une figure embarrassante pour Kigali, surtout après ses démonstrations médiatiques lors de la Conférence de Goma en 2008.
À la suite de pressions internationales dénonçant le soutien rwandais aux rebelles, Kagame décide de lâcher Nkunda et trouve en Kabila un partenaire intéressé par son élimination. Des discussions secrètes sont alors menées entre les deux pays pour orchestrer son arrestation.
Le 22 janvier 2009, Nkunda traverse la frontière rwandaise à Kabuhanga, accompagné d’officiers proches comme Sultani Makenga. À sa grande surprise, il est immédiatement arrêté par les forces rwandaises et mis à l’écart. Cet événement marque la fin de son règne et le début d’une nouvelle phase de contrôle rwandais sur le CNDP.
L’accord du 23 mars 2009 : Une intégration biaisée du CNDP dans l’armée congolaise
Quelques semaines après la chute de Nkunda, Kinshasa et le CNDP signent un accord le 23 mars 2009. Ce texte, bien que peu médiatisé à l’époque, s’avère crucial pour la suite des événements. Il prévoit notamment :
✔ L’intégration des combattants du CNDP dans l’armée congolaise (FARDC)
✔ Leur maintien dans les Kivus (contrairement aux pratiques habituelles d’affectation ailleurs dans le pays)
✔ Une amnistie pour les crimes commis par les membres du CNDP
✔ L’attribution de postes stratégiques aux officiers du CNDP dans l’armée et l’administration
Toutefois, cette intégration se fait sous des conditions frauduleuses. Le CNDP manipule le processus, gonfle artificiellement ses effectifs, et cache des armes pour une éventuelle résurgence. Stearns rapporte que le mouvement aurait doublé le nombre de ses soldats sur les listes officielles afin de bénéficier des salaires de ces « soldats fantômes ».
Les gains économiques du CNDP après l’accord
Loin de se fondre dans l’armée congolaise, le CNDP prend le contrôle de zones minières stratégiques dans les Kivus, notamment Bisie, Nyabibwe et Bibatama. Grâce à ses réseaux internes et à la complicité de certains officiers FARDC, Bosco Ntaganda, qui succède à Nkunda, devient un acteur clé du trafic de minerais, consolidant ainsi l’influence du CNDP dans l’Est du Congo.
Un officier du renseignement congolais confie à Stearns :
« C’était un mélange de conciliation, de désorganisation et de cupidité. Kinshasa ne voulait pas offenser le CNDP, c’est sûr. Mais certains se sont fait une fortune grâce à eux. Pourquoi se plaindre si l’on gagne tous de l’argent ? »
Une intégration biaisée qui prépare la rébellion du M23
Si l’accord du 23 mars 2009 semblait mettre fin au CNDP en l’intégrant dans l’armée congolaise, en réalité, de profondes tensions internes subsistent. Certains officiers, notamment Sultani Makenga, refusent la domination de Ntaganda et dénoncent une marginalisation des ex-CNDP au sein des FARDC.
En 2012, ces dissensions éclatent au grand jour. Makenga et d’autres officiers accusent Kinshasa de ne pas respecter l’accord de 2009, notamment en tentant de les affecter hors des Kivus et en arrêtant Bosco Ntaganda sous pression internationale.
C’est ainsi que naît le Mouvement du 23 Mars (M23), une rébellion qui revendique l’application stricte des termes de l’accord signé avec Kinshasa en 2009.
Aujourd’hui, le M23 refait surface avec des revendications similaires, accusant le gouvernement congolais de ne pas avoir respecté ses engagements de 2009. L’histoire montre que l’accord secret entre Kabila et Kagame, censé stabiliser la région, a finalement perpétué l’instabilité et favorisé la résurgence des rébellions pro-rwandaises en RDC.
Ainsi, loin d’être un simple épisode du passé, l’accord du 23 mars 2009 demeure au cœur des tensions actuelles dans l’Est du Congo.
Bonjour, mais pouvez-vous publier l’accord dans sont intégralité? Les congolais nous devons savoir pour bien dénoncer.
J’aime vous suivre à tout moment ?
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