Diplomatie La RDC préside le Conseil de sécurité de l’ONU : le prestige acquis, le levier à prouver

La RDC préside le Conseil de sécurité de l’ONU : le prestige acquis, le levier à prouver

Pour la première fois depuis plus de trente ans, la RDC tient le marteau du Conseil de sécurité. Kinshasa en fait une vitrine et espère y peser sur son propre dossier, l'Est. Reste à distinguer ce qu'un président de séance peut vraiment obtenir.

United Nations Security Council members vote on a resolution about Yemen's security at UN Headquarters in the Manhattan borough of New York City, New York, U.S., December 21, 2018. REUTERS/Carlo Allegri
AFP

La Rédaction
Kinshasa - 8 JUILLET 2026 - 10:29 WAT · 4 min de lecture

En juillet 2026, la République démocratique du Congo assure la présidence tournante mensuelle du Conseil de sécurité des Nations unies. Le pays du président Félix Tshisekedi n’y était plus revenu depuis les mandats de l’ancien Zaïre, en 1982-1983 puis 1990-1991, soit plus de trois décennies. Kinshasa a décidé d’en faire une vitrine diplomatique, avec un programme de travail chargé et des débats de signature.

Le cap a été fixé dès le printemps. « Nous prévoyons un événement de haut niveau mais aussi d’autres activités pour marquer notre présidence », détaillait la ministre d’État aux Affaires étrangères, Thérèse Kayikwamba Wagner, le 25 mars 2026 devant le corps diplomatique à Kinshasa, en citant cinq axes : femmes, paix et sécurité, jeunesse, paix et sécurité, environnement, ressources naturelles et paix, réforme des opérations de maintien de la paix, et justice transitionnelle. Autant de thèmes taillés pour parler du Congo sans nommer que le Congo.

Car l’enjeu réel, derrière l’agenda, porte un nom : l’Est. La RDC entend utiliser la tribune pour maintenir la pression sur le Rwanda et l’AFC/M23. « Ma délégation appelle à la mise en œuvre intégrale et sans condition de la résolution 2773-2025, notamment, en ce qu’elle exige le retrait sans condition de la force de défense rwandaise du territoire congolais et la cessation immédiate des hostilités par le M23 », déclarait l’ambassadeur et représentant permanent à l’ONU, Zénon Mukongo Ngay, devant le Conseil le 26 juin 2026. La présidence de juillet doit servir de caisse de résonance à cette demande.

Le thème « femmes, paix et sécurité » recoupe lui aussi la guerre de l’Est, où les violences sexuelles sont documentées par l’ONU. « Les violences faites aux femmes ne doivent être ni invisibilisées ni banalisées. Elles doivent être reconnues et combattues avec détermination », affirmait la Première ministre Judith Suminwa Tuluka en mars 2026 à New York, à la commission de la condition de la femme. En portant ce sujet à la présidence du Conseil, Kinshasa relie une cause universelle à sa propre tragédie.

Reste à mesurer ce que cette présidence permet vraiment, et c’est là que le prestige rencontre ses limites. Présider le Conseil, c’est fixer l’ordre du jour, convoquer les séances et en soigner la mise en scène. Ce n’est pas disposer d’une voix supplémentaire, ni lever le veto que conservent les cinq membres permanents, ni siéger en position neutre sur un dossier dont on est partie. La RDC ne votera pas sur son propre conflit comme un arbitre. Le mois de juillet lui offre une tribune, pas un pouvoir de décision.

Ce cadre explique pourquoi la valeur de la présidence se lira dans les textes, pas dans les discours. Un débat annoncé n’est pas une résolution adoptée, et une déclaration présidentielle reste soumise au consensus des quinze membres. Kinshasa peut cadrer la conversation mondiale sur la sécurité en Afrique et forcer le sujet de l’Est à l’ordre du jour. Transformer cette visibilité en engagement contraignant sur le retrait rwandais dépendra, comme toujours, des rapports de force entre grandes puissances.

Pour la diplomatie congolaise, ce mois de juillet est donc un test. Le marteau de la présidence, à New York, ne fait pas taire les armes autour de Rubaya. Mais bien utilisé, il peut placer l’adversaire sous le regard du monde et rendre plus coûteux le statu quo. La RDC a gagné la tribune. Elle joue maintenant la partie la plus difficile, celle qui consiste à en tirer autre chose qu’une photographie.

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B
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