Grand angle La très inquiétante situation des droits de l’homme en RDC

La très inquiétante situation des droits de l’homme en RDC

GRAND ANGLE - La situation des droits de l'homme en République démocratique du Congo s'empire de plus en plus à l'approche de la fin du mandat du président Jospeh Kabila, constatent plusieurs organisations internationales, y compris l'ONU.

Un homme arrêté par la police, le 19 janvier 2015 à Kinshasa, en marge des manifestations contre le pouvoir de Joseph Kabila (Photo d'illustration). © AFP/Papy Mulongo

Un homme arrêté par la police, le 19 janvier 2015 à Kinshasa, en marge des manifestations contre le pouvoir de Joseph Kabila (Photo d'illustration). © AFP/Papy Mulongo
AFP

La Rédaction
Kinshasa - 28 NOVEMBRE 2016 - 16:14 WAT · 6 min de lecture

Le britannique Andrew Gilmour, sous-secrétaire général des Nations unies aux droits de l’homme a effectué une visite dans plusieurs villes de la RDC pour s’enquérir de la situation, dressant un bilan accablant pour les autorités congolaises.

Arrivé depuis le 21 novembre, Andrew Gilmour s’est entretenu avec les autorités congolaises et des acteurs de la Société civiles durant sa visite, qui avait comme objectif  de faire le point sur situation de restriction de l’espace politique dans le pays, qui inquiète de plus en plus la communauté internationale.

Expliquant sa visite sur Radio France Internationale, Andrew Gilmour affirme avoir rencontré les autorités en les appelant « au respect des libertés fondamentales, le droit de manifester notamment, à la fin de la censure dont RFI fait l’objet à Kinshasa. »

Selon RFI, les autorités ont à leur tour fait part de leurs préoccupations sécuritaires à l’origine de la restriction des libertés et notamment du droit de manifestation sur toute l’étendue du territoire.

Pour Andrew Gilmour, sous-secrétaire général des Nations unies aux droits de l’homme, l’argument sécuritaire ne justifie pas une telle restriction des droits fondamentaux.

« C’est une dénigration de la société civile. En les accusant de n’être que des voyous, des drogués, nous n’acceptons pas cette caractérisation, surtout concernant les défenseurs des droits de l’homme. J’en ai rencontré des dizaines à Lubumbashi, à Goma, à Kinshasa…Je n’accepte pas qu’on les appelle des +voyous+« , rétorque l’officiel onusien cité par RFI.

M. Gilmour justifie sa sortie en expliquant notamment son séjour à Lubumbashi  et à Goma où il a rencontré des responsables des organisations de Société civile.

«J’ai rencontré des dizaines des représentants de la société civile à Lubumbashi, à Goma et à Kinshasa, des dizaines des défenseurs des droits de l’homme qui m’ont semblé être sincères, professionnels et respectables. Et plusieurs d’entre eux faisaient partie des manifestants de septembre et ont l’intention de manifester bientôt. J’ai été impressionné par leurs convictions et leur demande de respecter la constitution», fait-il remarquer sur Radio Okapi.

Les autorités congolaises sont depuis plusieurs mois dans le collimateur des Nations-Unies et celui des organisations de défense des droits de l’homme qui dénoncent le rétrécissement de l’espace politique.

En juillet dernier, le Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme, Ra’ad Al Hussein, s’est dit « très préoccupé » par le harcèlement croissant des représentants de la société civile et des journalistes, de la répression des voix qui s’opposent au gouvernement et des dispersions excessives et parfois mortelles de manifestations alors que la RDC traverse une crise politique grave.

En septembre, le Conseil des droits de l’homme des Nations unies a placé la RDC sous surveillance en adoptant une résolution qui l’inscrit au centre de son attention.

« C’est un message limpide que les Nations unies viennent d’envoyer au président Kabila : respectez l’État de droit, la Constitution et le processus électoral, sinon vous aurez à en répondre devant la communauté internationale», se félicitait Dimitris Christopoulos, président de la FIDH (Fédération internationale des ligues des droits de l’Homme), une ONG internationale de défense des droits humains.

Des sanctions pour « calmer » Kabila?

Des manifestants se faisant embarquer par la Police à Kinshas. Ph. Radio Okapi.
Des manifestants se faisant embarquer par la Police à Kinshasa. Ph. Radio Okapi.

Cette situation inquiète également les Etats-Unis qui sont pour l’heure, le seul pays à avoir adopté des sanctions contre des autorités congolaises.  La Commission des droits de l’homme du Congrès américain va d’ailleurs accueillir une session spéciale où l’Envoyé spécial américain dans la Région des Grands Lacs, Tom Perriello, la chercheuse Senior de Human Rights Watch, Ida Sawyer et l’activiste congolais Fred Bauma, membre du mouvement de la Lutte pour le Changement (Lucha) vont intervenir pour parler de la situation en République démocratique du Congo.

Cet événement, qui connaîtra également la participation des plusieurs autres intervenants, aura lieu le 29 novembre à Washington, au siège du Congrès américain. Tom Perriello y rendra son rapport sur la situation des droits de l’homme en RDC.  Ce rapport, révèle des sources diplomatiques, devrait épingler les autorités congolaises « dans les plus durs des termes« .

Ida Sawyer, chercheuse de l’organisation de défense des droits de l’homme Human Rights Watch (HRW), a publié un article le 23 novembre dernier pour demander au président Jjoseph Kabila de « dire clairement qu’il quittera à l’issu de son mandat pour « calmer » la situation.

« Si le président Kabila reste au pouvoir après le 19 décembre sans annonce publique claire d’une date pour son retrait du pouvoir et sans un large consensus sur l’organisation d’une période de transitionjusqu’aux élections, il existe un risque que des manifestations éclatent et que les forces de sécurité répondent avec une force excessive. Le pays pourrait s’enfoncer dans une violence généralisée et dans le chaos« , explique Ida Sawyer.

Par ailleurs, la chercheuse refoulée de la RDC en août dernier par les autorités congolais pour un supposé problème de visa, appelle à des sanctions ciblées contre les proches du président Kabila. Tout en reconnaissant que celles prises par les Etats-Unis (en août et en septembre) ont eu un effet « dissuasif« , Mme Sawyer pense que  « l’impact pourrait être bien plus important » si les Etats-Unis « ciblaient davantage de hauts responsables du gouvernement et des services de renseignements – et si l’Union européenne et le Conseil de sécurité de l’ONU prenaient également des mesures. »

Human Rights Watch a en effet publié un rapport en octobre 2016 qui accable les autorités congolaises, mettant en exergue l’implication du Ministre Evariste Boshab et celle de Kalev Mutond, le Chef du Service des renseignements, dans les tueries du 19 et 20 septembre dans la capitale congolaise.  Plus de 50 personnes ont été tuées par des forces de l’ordre durant deux journées de manifestation de l’opposition congolais réclamant le départ du président Kabila.

Icône du mouvement de la Lutte pour le changement (Lucha), Fred Bauma a été arrêté à Kinshasa le 15 mars 2015 lors d’un atelier de sensibilisation sur la démocratie et le respect. Il sera libéré fin août après plus de 17 mois de détention.

Avec Radio Okapi, RFI et AFP. Ph. DR.

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