Tshibola : le nomade qui retrouve la terre de sa famille
Appelé deux jours après l'annonce de la liste pour remplacer Bushiri blessé, le nomade Aaron Tshibola découvre le Mondial à 31 ans. Portrait d'un retour sur la terre de sa famille.
Le 18 mai 2026, le nom d’Aaron Tshibola ne figurait pas sur la liste des 26 de la RD Congo. Deux jours plus tard, il y était. Entre les deux, Rocky Bushiri s’était blessé en club, et la Fédération congolaise avait passé un coup de fil à Kilmarnock, en Écosse. À 31 ans, après une carrière passée à faire ses valises, le milieu de terrain découvrait qu’il irait au Mondial.
L’attente avait été longue. Né à Londres d’une famille congolaise, Tshibola a connu l’Angleterre des moins de 18 ans avant de choisir, plus tard, le pays de ses parents. Il a honoré une première sélection avec les Léopards en mars 2018, contre la Tanzanie. Puis plus rien pendant cinq ans, le temps que la FIFA valide son changement de fédération. « J’étais effondré de ne pas pouvoir y aller pour le dernier match, confiait-il à la presse écossaise en 2019. C’est le pays de ma famille. Quand j’ai joué cet amical, c’était incroyable de retourner sur la terre mère. Jamais je ne refuserais l’occasion de jouer pour mon pays. »
Entre-temps, il avait roulé sa bosse comme peu de joueurs. Formé à Reading, transféré à Aston Villa en 2016 alors qu’on lui promettait un bel avenir, il a ensuite enchaîné les clubs et les pays : la Belgique, le Portugal, la Turquie, Chypre, les Émirats, la Grèce, et l’Écosse, encore et encore. Kilmarnock, c’est sa quatrième maison : il y est revenu en février 2026, cette fois définitivement, et a aidé le club à se maintenir en première division. Les supporters l’appellent « Tish », le patron du milieu.
Sa fidélité au club a fini par croiser le rendez-vous de sa vie. Quand sa convocation tombe, son entraîneur Neil McCann ne cache pas sa fierté. « Tout le monde ici est ravi que Tish aille à la Coupe du monde, salue-t-il. Il l’a méritée par sa régularité, son professionnalisme, son engagement et ses qualités. » Le club parle d’un « rêve d’enfant » accompli.
Le contraste est saisissant. Tshibola avait disputé la CAN 2023, où la RDC s’était hissée à la quatrième place, mais il n’avait pas été retenu pour la dernière édition, au Maroc. Le revoilà au sommet, milieu défensif d’un mètre quatre-vingt-dix appelé pour combler le forfait d’un défenseur central, dans une équipe qu’il a quittée et retrouvée au gré des sélections.
Le 17 juin, au NRG Stadium de Houston, la RD Congo retrouve la Coupe du monde pour la première fois depuis 1974, quand le pays s’appelait encore le Zaïre. Face au Portugal, l’enfant de Londres qui a si longtemps attendu son feu vert pour la terre de sa famille sera dans le groupe. Le voyageur est arrivé à destination.
Sources : The Scottish Mail on Sunday (entretien, 2019) ; Kilmarnock FC (communiqué officiel, mai 2026) ; Reuters ; Wikipédia.