Société Au Virunga, un baby-boom de gorilles comme lueur d’espoir dans la guerre
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Au Virunga, un baby-boom de gorilles comme lueur d’espoir dans la guerre

Un gorille de montagne au parc national des Virunga, dans l'est de la RDC.

Au Virunga, un baby-boom de gorilles comme lueur d’espoir dans la guerre
AFP

La Rédaction
Kinshasa - 16 JUILLET 2026 - 11:59 WAT · 5 min de lecture

Pendant que les armes parlent au Nord-Kivu, la vie, elle, s’entête à naître. Au parc national des Virunga, le plus ancien d’Afrique, l’année 2026 restera celle d’un baby-boom de gorilles de montagne, avec deux rares paires de jumeaux et une dizaine de naissances en quelques mois. Un miracle discret, célébré par les pisteurs et les écogardes, au cœur d’une région ravagée par la guerre du M23 et rattrapée par une épidémie d’Ebola. Comme si la nature refusait de céder au malheur des hommes.

Tout a commencé le 3 janvier, avec la découverte de jumeaux dans la famille Bageni, deux mâles mis au monde par une femelle nommée Mafuko, elle-même orpheline d’une mère tuée par des hommes armés en 2007. L’événement, exceptionnel puisque les jumeaux représentent moins de 1 % des naissances chez les gorilles, s’est reproduit dès le mois de mars dans une autre famille, la Baraka. Au fil des semaines, les naissances se sont enchaînées, portant à onze le nombre de gorillons venus au monde depuis janvier, contre huit sur toute l’année précédente. En juillet, les premiers jumeaux, prénommés Uzima et Urithi par la presse congolaise, ont atteint l’âge de six mois, un cap qu’aucun jumeau gorille du parc n’avait jamais franchi.

Ce foisonnement contraste brutalement avec le sort réservé aux hommes qui protègent ces animaux. Le 21 mai, un groupe lourdement armé a ouvert le feu sur un poste de contrôle du parc, tuant deux écogardes, âgés de trente-quatre et trente-cinq ans. Les assaillants n’ont pas été identifiés, et la direction du parc a réclamé « une enquête approfondie et urgente pour traduire en justice les auteurs et leurs commanditaires ». Ce drame n’est pas isolé, plus de deux cents gardes ont péri au Virunga en un siècle, faisant de ce sanctuaire l’un des postes de conservation les plus dangereux du monde.

La guerre a rongé le parc de l’intérieur. Depuis 2024, sous la pression du M23 et des milices, les écogardes ont dû abandonner plusieurs positions stratégiques, réduisant les patrouilles et laissant des zones entières livrées aux groupes armés, où le braconnage s’est intensifié. À cette insécurité s’ajoute désormais une menace sanitaire, l’épidémie d’Ebola de souche Bundibugyo, déclarée urgence internationale par l’Organisation mondiale de la santé, qui a déjà fait des centaines de morts dans l’est du pays, y compris au Nord-Kivu. Le parc affronte ainsi, en même temps, les balles et le virus.

C’est dans ce décor que le centenaire des Virunga prend un relief singulier. Créé en 1925, premier parc national du continent, le sanctuaire fête ses cent ans alors même que son existence est menacée, une célébration à laquelle une exposition consacrée en Belgique, au Jardin botanique de Meise, a rendu hommage en juin. La longévité du parc tient à un pari, celui d’une conservation qui associe les populations plutôt que de les exclure. « Si la conservation crée des difficultés, elle ne fonctionnera pas. On ne peut pas dire aux gens de ne pas utiliser les ressources naturelles sans leur offrir d’alternative », martèle son directeur, Emmanuel de Merode, qui oppose une économie de la préservation à l’économie de guerre dont vivent les milices.

Chaque naissance de gorille est donc bien plus qu’une bonne nouvelle animalière. Elle est la preuve vivante que la mission tient, que les familles se reconstituent et que la population de gorilles de montagne, longtemps au bord de l’extinction, continue de croître malgré tout. Elle est aussi un pied de nez au fatalisme, dans une région où l’on ne compte plus que les morts et les déplacés.

Reste que ces gorillons naissent sur une terre incertaine, dont nul ne sait de quoi elle sera faite demain. Leur survie dépendra de celle des hommes en uniforme vert qui montent la garde sous les balles, et d’une paix qui, pour l’heure, se dérobe. Après l’attaque de mai, la direction du parc a réaffirmé « sa détermination inébranlable à poursuivre sa mission de conservation, quelles que soient les menaces et les épreuves ». Dans les forêts des Virunga, cette phrase n’a rien d’une formule. C’est un serment tenu, une naissance à la fois.

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B
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