Au Parlement européen, des eurodéputés réclament des sanctions contre le Rwanda au nom de la riposte contre Ebola
Une séance consacrée à la santé mondiale s'est déplacée sur le terrain politique. Deux élus, l'un français, l'autre belge, ont fait le lien entre la propagation du virus et la guerre.
Au Parlement européen, des eurodéputés réclament des sanctions contre le Rwanda au nom de la riposte contre Ebola
AFP
Le point inscrit à l’ordre du jour parlait de virus. Les interventions ont parlé de guerre. Mercredi 8 juillet, dans l’hémicycle du Parlement européen, plusieurs élus ont saisi l’audition de la commissaire européenne à la coopération internationale, à l’aide humanitaire et à la réaction aux crises, Hadja Lahbib, pour rattacher la propagation d’Ebola dans l’Est de la République démocratique du Congo au conflit qui s’y poursuit, et pour réclamer des sanctions européennes contre le Rwanda. La séance était intitulée « Épidémie d’Ebola en République démocratique du Congo et en Ouganda : solidarité et préparation de l’Union en matière de santé mondiale ».
Le député français Thierry Mariani, membre du groupe Patriotes pour l’Europe, a soutenu que la trajectoire de l’épidémie ne s’explique pas seulement par la biologie. « Ce virus se propage aussi parce qu’il arrive dans des régions, l’Ituri et le Kivu, détruites par la guerre », a-t-il déclaré, avant d’ajouter : « Depuis 2021, l’est du Congo est à nouveau ravagé par les attaques du M23, soutenu par le régime de Paul Kagame. » Il a énuméré les conséquences qu’il attribue à ce conflit : des millions de déplacés, des infrastructures et des hôpitaux incendiés, des équipes soignantes qui n’atteignent plus les malades.
L’élu a ensuite mis en cause l’inaction européenne. « Fermer les yeux sur les vrais responsables de ce chaos, c’est accepter que la situation continue ; c’est nous rendre complices », a-t-il dit, demandant à l’Union de « sanctionner le Rwanda et M. Kagame et faire pression pour mettre fin à cette guerre ». Il a mis en cause « tant de complaisance pour le Rwanda » et conclu : « C’est le moment de montrer qu’on sait faire aussi une action politique, et pas uniquement une action humanitaire. »
La demande n’est pas venue d’un seul banc. S’exprimant au nom du groupe Renew, l’eurodéputée belge Hilde Vautmans a plaidé dans le même sens. « Comme d’autres intervenants l’ont dit, nous devons commencer à sanctionner le Rwanda », a-t-elle souligné, liant elle aussi la sécurité et la santé : « La paix doit revenir là-bas pour permettre le combat contre Ebola. » Elle a ajouté : « Notre devoir est clair : sauver les vies. Chaque jour compte. »
Ces interventions ne constituent pas une décision. Le Parlement européen débat et recommande ; les sanctions relèvent du Conseil, sur proposition de la Commission et du Haut représentant. L’institution s’était déjà prononcée le 13 février 2025, en adoptant par 443 voix pour, 4 contre et 48 abstentions une résolution demandant le gel du protocole d’accord UE-Rwanda sur les chaînes de valeur durables des matières premières critiques, aussi longtemps que Kigali ne mettrait pas fin à son ingérence dans le conflit congolais. Dix-sept mois plus tard, les élus qui ont pris la parole le 8 juillet estiment que cette demande n’a pas été suivie d’effet.
Le contexte sanitaire qu’ils invoquent s’est aggravé entre-temps. L’épidémie, causée par le virus Bundibugyo, a été déclarée le 15 mai en Ituri, puis classée urgence de santé publique de portée internationale par l’Organisation mondiale de la santé le 17 mai, pour la RDC et l’Ouganda. Au 15 juillet, les autorités sanitaires congolaises faisaient état de 2 011 cas confirmés et de 754 décès depuis mai, répartis sur cinq provinces. L’OMS estime que 80 % des nouveaux cas proviennent de chaînes de transmission inconnues. Le 8 juillet, Thierry Mariani citait encore « plus de 1 500 cas, plus de 500 morts ».
Kigali conteste la lecture faite à Bruxelles. Le gouvernement rwandais présente ses interventions comme des « mesures défensives » destinées à sécuriser ses frontières et invoque la menace que représentent les Forces démocratiques de libération du Rwanda. Kinshasa qualifie cette présence d’agression.
Le groupe d’experts des Nations unies, lui, documente cet appui de mandat en mandat. Dans son rapport final publié le 4 juin 2024, il écrivait que la Force de défense rwandaise ne se bornait plus « à apporter un simple soutien aux opérations du M23 » dans les territoires de Rutshuru, de Masisi et de Nyiragongo, et s’impliquait « directement et de façon décisive ». Son dernier rapport, publié le 11 juin, attribue au « soutien constant » de cette force l’extension du contrôle territorial de l’AFC/M23, qui s’est emparé d’Uvira en décembre 2025 avant de s’en retirer.
Le même document mesure ce qu’ont donné les médiations. Kinshasa et Kigali ont signé l’accord de Washington le 4 décembre 2025 ; des pourparlers se sont tenus à Montreux en avril, au titre du processus de Doha. Pour le groupe, « les efforts diplomatiques n’ont produit que des résultats limités » : les engagements de cessez-le-feu et de retrait « n’ont été que partiellement respectés ».
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