30 juin : la République fête ses 66 ans, le couteau constitutionnel sur la table
À une semaine du 30 juin, la querelle sur la révision oppose l'Église, le pouvoir et l'opposition. État des forces.
30 juin : la République fête ses 66 ans, le couteau constitutionnel sur la table
AFP
Dans une semaine, le 30 juin, la République démocratique du Congo célèbre ses soixante-six ans d’indépendance. La fête tombe au milieu d’un bras de fer politique : celui de la Constitution, et du troisième mandat qu’elle interdit aujourd’hui au président Félix Tshisekedi.
La séquence s’est durcie en quelques jours. Réunie en assemblée extraordinaire du 18 au 20 juin à Kinshasa, la Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO) a publié un message au titre sans ambiguïté, « La Nation est en péril, mobilisons nos forces, prenons le plus bel élan ». Lu par Mgr Donatien Nshole, le texte affirme ne voir « ni nécessité, ni urgence, ni opportunité » à modifier la Constitution du 18 février 2006. Les évêques y rappellent que l’article 220, qui verrouille le nombre et la durée des mandats, constitue « un véritable rempart contre la dictature et la privatisation de l’État », et mettent en garde contre « la balkanisation du pays » et le risque d’une « guerre civile » en cas de passage en force.
L’avertissement de l’épiscopat n’est pas resté isolé. L’opposant Delly Sesanga a apporté son soutien à la position de l’Église, résumant l’enjeu d’une formule : « Lorsque la Nation est en péril, on ne change pas les règles du pacte républicain. » De l’autre côté, le chef de l’État a, dès le printemps, posé sa propre condition lors d’une sortie publique : « Si le peuple souhaite que j’aie un troisième mandat, je l’accepterai. » Entre les deux, le Parlement a déjà voté la loi référendaire, en attente de promulgation.
La rue, elle, s’est mise en mouvement des deux bords. À Kananga, des jeunes proches de l’UDPS ont manifesté contre la CENCO devant des paroisses, tandis que le parti présidentiel saisissait le parquet contre une mystérieuse « Force du Progrès ». Le clivage déborde désormais le seul terrain juridique pour épouser celui de la mobilisation, chaque camp comptant ses relais, ses villes et ses cortèges. BETO a déjà cartographié les deux appareils qui tiennent les fils de cette bataille.
Reste la date. Le 30 juin sert d’habitude à célébrer l’unité retrouvée. Cette année, il tombe alors que se joue une querelle sur le pacte qui fonde la République, et la question de savoir si l’on peut changer la Constitution quand le pays est en guerre à l’Est n’a plus rien de théorique. Entre les discours d’unité prévus à la tribune et les cortèges qui s’organisent dans les rues, les 66 ans de l’indépendance diront beaucoup de l’état réel du pays.
