Santé Ebola : impayés depuis le 15 mai, les soignants de la riposte tiennent l’épicentre à bout de bras
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Ebola : impayés depuis le 15 mai, les soignants de la riposte tiennent l’épicentre à bout de bras

Soignants de la riposte contre Ebola à Bunia, en Ituri, impayés depuis le 15 mai 2026

Ebola : impayés depuis le 15 mai, les soignants de la riposte tiennent l’épicentre à bout de bras
AFP

La Rédaction
Kinshasa - 18 JUILLET 2026 - 13:32 WAT · 5 min de lecture

Ils soignent des malades d’Ebola depuis le 15 mai et n’ont pas été payés. À Bunia, épicentre de la dix-septième épidémie congolaise, les prestataires de la riposte, épidémiologistes, enquêteurs, hygiénistes, chauffeurs et fossoyeurs, débrayent par vagues depuis début juillet pour réclamer des primes et des salaires que l’État reconnaît désormais leur devoir. « Nous soignons des patients atteints d’Ebola bénévolement depuis le 15 mai. Nous continuons par serment d’allégeance, mais nous travaillons dans des conditions extrêmement difficiles », résume à l’AFP le docteur Pascal Bahoya, médecin de la riposte.

Le gouvernement admet le retard et en donne des explications qui, mises bout à bout, disent l’ampleur du désordre. Pierre Akilimali, directeur de la riposte aux épidémies à l’Institut national de santé publique, impute une partie du blocage à la fermeture de l’aéroport de Bunia, qui entrave « certains aspects du transfert de fonds ». Le ministre de la Santé, Samuel Roger Kamba, invoque de son côté la nécessité de vérifier les listes, des noms étrangers au personnel y ayant été ajoutés. « Nous devons nous assurer que ces paiements parviennent aux personnes concernées », a-t-il déclaré, en promettant à Bunia le passage à des paiements directs. Un recensement des effectifs, une harmonisation des barèmes et une digitalisation des versements sont présentés comme la solution. Aucune date de mise en œuvre n’a été communiquée.

En attendant, la grève fragilise précisément la zone où le virus tue le plus. Après un premier débrayage début juillet et un mémorandum le 6, les prestataires de Rwampara ont durci le mouvement le 13 juillet, brûlant des pneus et laissant des malades sur leurs lits, avant une reprise conditionnelle le 14, assortie d’un ultimatum de 72 heures. La grève n’est pas levée. Isaac Nyakulinda, de la société civile des Bahema d’Irumu, en a résumé le coût à Radio Okapi. « Une seule journée de grève a déjà causé des dégâts. Des malades n’ont pas pu accéder au centre. Certains sont décédés à domicile faute de soins. »

Le pouvoir a réagi en renforçant la coordination. Le 13 juillet, Félix Tshisekedi a nommé le professeur Steve Ahuka, virologue de l’Institut national de recherche biomédicale déjà aux commandes de la riposte à la dixième épidémie d’Ebola et à la Covid-19, comme manager de terrain de la riposte. La distinction avec Akilimali, qui pilotait le dispositif depuis Kinshasa, dit l’effort de reprise en main d’une épidémie qui échappe.

Car les chiffres, eux, ne fléchissent pas. Le 16 juillet, devant l’Assemblée nationale, Roger Kamba a fait état de 2 011 cas confirmés et 744 décès, dans cinq provinces désormais touchées, l’Ituri, le Nord-Kivu, le Sud-Kivu, le Haut-Uélé et la Tshopo, les deux dernières ajoutées le 11 juillet. L’Organisation mondiale de la santé, qui compte un peu plus, 2 073 cas et 796 décès à la même date, estime le fardeau réel deux à quatre fois supérieur aux cas confirmés. Son directeur des urgences, Chikwe Ihekweazu, l’a dit à Genève, « il y a quelques jours, nous avons enregistré plus de 80 cas confirmés en une seule journée », une épidémie qui « continue de se propager plus vite que les efforts de riposte ». L’Ituri concentre environ neuf cas sur dix et la létalité, d’un peu plus de 20 % à la mi-juin, dépasse désormais 35 %.

La riposte se heurte aussi à la violence. Depuis le début de l’épidémie, plusieurs centres ont été pris pour cible, et il faut en distinguer les auteurs. Le centre d’isolement de Rwampara a été incendié le 21 mai et celui de Mongbwalu, géré par Médecins sans frontières, le 23, par des habitants contestant des décès attribués au virus ou venus récupérer des corps. Le 15 juillet, l’hôpital de Nyakunde a été caillassé par une foule en colère, sur fond d’échanges de tirs entre miliciens. À Butembo, dans la nuit du 7 au 8 juillet, c’est un groupe armé présumé wazalendo qui a attaqué la chambre d’isolement de l’hôpital général de Kitatumba, blessant un garde. La défiance des communautés et les armes des milices frappent le même dispositif, déjà miné de l’intérieur par la question de l’argent.

Le bilan humain de cette riposte impayée se lit dans ses propres rangs. Cent douze soignants ont été contaminés, trente-cinq sont morts. « Nous ne comprenons pas comment il est possible de ne pas avoir été payés depuis deux mois. Nous ne voulons pas démissionner », dit à l’Associated Press l’agent de santé Bahati Claude. Tant que les listes ne seront pas apurées et les fonds transférés, ceux qui tiennent l’épicentre le tiendront, selon leurs propres mots, par conscience professionnelle et par serment.

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B
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