Affaire Mutamba : justice équitable ou complot contre l’homme qui dérange ?
Constant Mutamba lors du procès des 5 Généraux des FARDC et police devant la Haute Cour Militaire à Goma. Mars 2025. ©️ Ministère de la Justice
AFP
À peine un an après son entrée fracassante au gouvernement, Constant Mutamba, ministre de la Justice et chef du parti politique DYPRO (Dynamique Progressiste Révolutionnaire), se retrouve au centre d’une tourmente politico-judiciaire. L’Assemblée nationale a levé ses immunités, la justice l’accuse de détournement de fonds publics, et mardi 17 juin, il a présenté sa démission au président Félix Tshisekedi, qui l’a immédiatement acceptée. Une chute express qui interroge : sommes-nous face à une volonté d’assainir les institutions, ou à l’exécution programmée d’un homme qui dérange ?
Un timing qui fait jaser
Ce n’est un secret pour personne : Mutamba n’a jamais été un allié docile du pouvoir. Figure montante de l’opposition, il s’est souvent illustré par des prises de position tranchées, parfois iconoclastes, contre la majorité présidentielle, avant de surprendre en rejoignant le gouvernement. Son passage éclair à la Justice aura suffi pour que de vieilles accusations refassent surface, comme par enchantement. Coïncidence ou ciblage politique ?
Des accusations sérieuses ou un procès d’intention ?
Les faits reprochés à Mutamba n’ont pas encore été détaillés publiquement. Il s’agirait de détournements présumés commis avant sa nomination. Pourtant, certains analystes notent la rapidité inhabituelle avec laquelle les institutions se sont saisies du dossier. L’Assemblée n’a pas tergiversé, la justice a emboîté le pas, et la présidence a laissé faire. La machine semble bien huilée.
Par exemple, pour Me Alain Ilunga, juriste et observateur politique, « cette célérité peut être vue comme un progrès dans la lutte contre la corruption, mais elle soulève aussi des questions : pourquoi Mutamba, et pourquoi maintenant ? D’autres dossiers traînent depuis des années sans que rien ne bouge. »
Un malaise dans la perception de la justice
L’affaire Mutamba met en lumière une faille béante dans la perception de la justice congolaise. Lorsqu’un opposant ou un dissident est poursuivi, la suspicion de règlement de comptes n’est jamais loin. À l’inverse, les intouchables au sein du pouvoir bénéficient souvent d’une impunité flagrante.
Ce double standard alimente la défiance et fragilise la crédibilité des institutions judiciaires. Le risque ? Que même les actions justes soient perçues comme injustes, et que la vérité, qu’elle soit accablante ou disculpatoire, perde tout pouvoir dans le vacarme des intérêts politiques.
Et maintenant ?
L’avenir de Mutamba reste flou. Ira-t-il jusqu’au bout du combat judiciaire ? Sera-t-il réhabilité, ou sombrera-t-il dans l’oubli comme tant d’autres figures tombées en disgrâce ? L’opinion, elle, reste divisée. Certains applaudissent ce qu’ils voient comme une victoire de l’État de droit. D’autres dénoncent une justice instrumentalisée.
Dans un pays où le pouvoir et la justice ont longtemps entretenu des liaisons dangereuses, l’affaire Mutamba remet sur la table une question essentielle : peut-on faire confiance à une justice qui frappe vite, mais pas toujours juste ?
Odon Bakumba