Mines & Ressources Minerais critiques : la RDC et la bataille des données géologiques
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Minerais critiques : la RDC et la bataille des données géologiques

Le Musée de Tervuren garde les cartes du sous-sol congolais. Autour de ces archives et des gisements qu'elles décrivent se joue une bataille entre Pékin, Washington et l'Europe.

Minerais critiques : la RDC et la bataille des données géologiques
AFP

La Rédaction
Kinshasa - 9 JUILLET 2026 - 19:54 WAT · 5 min de lecture

Le Musée royal de l’Afrique centrale a dit non. En juin 2025, la start-up américaine KoBold Metals, qui prospecte les gisements par intelligence artificielle, signait avec Kinshasa un accord pour numériser un siècle de géodonnées sur le sous-sol congolais. L’institution belge, propriétaire des fonds conservés à Tervuren, a refusé d’y prendre part. Le sujet n’est pas la mémoire coloniale. C’est la matière première du prochain cycle minier mondial.

À Tervuren, dans la banlieue est de Bruxelles, le musée conserve 264 000 photographies aériennes, plus de 25 000 cartes et près d’un kilomètre linéaire de dossiers sur le sous-sol de la République démocratique du Congo. Ce ne sont pas des pièces de collection. Ces relevés disent où affleure le métal, où l’on a déjà creusé, et ce qu’on a laissé en terre faute d’intérêt à l’époque. KoBold, soutenu par le fonds Breakthrough Energy Ventures de Bill Gates, veut les lire. Le musée les garde.

Pour comprendre cette convoitise, il faut d’abord regarder la place du Congo sur la carte des métaux dont dépendent les batteries, les réseaux électriques et l’industrie de la défense. Elle est sans équivalent.

MineraiPosition de la RDC en 2024Repère chiffré
Cobalt1er producteur mondialEnviron 76 % de l’offre, 220 000 tonnes sur 254 000 (USGS 2025)
Cuivre2e producteur mondialPlus de 3,1 millions de tonnes exportées en 2024, derrière le Chili
Tantale (coltan)1er producteur mondialEnviron 51 % de la production, 2 848 tonnes exportées (ministère des Mines)
LithiumRéserve de rang mondialManono, gisement LCT estimé à 400 millions de tonnes, licence obtenue en septembre 2024

Un seul pays, quatre des minerais que Washington, Pékin et Bruxelles classent parmi les plus stratégiques. La demande de lithium, elle, pourrait être multipliée par près de quatorze d’ici à 2040, selon les projections de la Commission européenne. Ces chiffres expliquent la pression. Ils n’expliquent pas encore pourquoi de vieilles cartes valent aujourd’hui de l’or.

La réponse tient dans la manière dont on exploitait le sous-sol à l’époque coloniale. Les mines ne retenaient que les teneurs les plus riches et laissaient le reste sous terre. Ce qui était sans valeur en 1950 devient rentable en 2026, à mesure que les cours montent et que les techniques d’extraction progressent. Les archives ne se contentent pas d’indiquer un filon. Elles cartographient tout ce qu’un siècle d’exploitation sélective a dédaigné, et que la demande en métaux critiques rend soudain exploitable.

Cette valeur a un prix, et il est ancien. En 2004, le musée et la société GF Consult ont commercialisé un CD-ROM, l’Inventaire des gisements minéraux en RDC, plus de 800 gisements recensés, vendu 1 073,50 euros pièce. En 2013, l’institution a décroché un contrat de 1,18 million d’euros dans le cadre du projet Promines, financé par la Banque mondiale, pour aider Kinshasa à bâtir une base de données minière nationale. Consulter les cartes sur place a longtemps coûté quelque 300 euros par jour et par personne. L’accès au sous-sol congolais se monnaie donc depuis des décennies, rarement au bénéfice du Congo.

Trois puissances, un même sous-sol

C’est là que la partie prend sa forme géopolitique, à trois joueurs. La Chine tient le terrain : ses groupes contrôlent une part dominante de la production congolaise de cobalt et de cuivre, et l’essentiel du raffinage mondial. Les États-Unis misent sur les données et sur la diplomatie. Le 4 décembre 2025, un accord de paix entre la RDC et le Rwanda, négocié par Washington et Doha, ouvrait un cadre de coopération économique tourné vers l’accès américain aux minerais ; KoBold s’inscrit dans cette stratégie. L’Union européenne avance par un autre canal : son programme PanAfGeo+, qui finance la numérisation interne des fonds de Tervuren, sert aussi ses propres priorités industrielles.

Reste une question de souveraineté, brûlante à Kinshasa. Le musée justifie son refus de traiter avec KoBold par son statut public et plaide pour une ouverture générale plutôt qu’un accès privé. « La question de l’accès à des fins commerciales sera de préférence résolue par un système d’accès public à tous les documents, créant ainsi des conditions équitables », déclare François Kervyn, responsable du département des sciences de la Terre du musée. Côté congolais, la colère porte sur un autre point, celui de la propriété. « Il est tout simplement inconcevable que de telles données se trouvent encore à l’étranger et ne soient en aucune façon la propriété de l’État congolais », affirme Jean Claude Mputu, de l’ONG Resource Matters, qui refuse aussi bien la mainmise d’une firme étrangère que le statu quo. Les autorités belges ont promis la numérisation et l’ouverture progressive de l’ensemble des archives coloniales dans un délai d’environ cinq ans. Un précédent existe déjà. En février 2020, le musée a remis au Rwanda deux disques durs de 14 téraoctets de documents géologiques numérisés.

La bataille des données géologiques est le prolongement discret de la course aux minerais. Celui qui lit la carte le premier prospecte le premier. Pour l’heure, la carte du sous-sol congolais se trouve encore à Bruxelles.

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B
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