Santé À Bunia, l’émouvante histoire de Julienne, qui a passé l’Examen d’État depuis le centre de traitement d’Ebola
Santé À Bunia, l’émouvante histoire de Julienne, qui a passé l’Examen d’État depuis le centre de traitement d’Ebola
GRAND REPORTAGE

À Bunia, l’émouvante histoire de Julienne, qui a passé l’Examen d’État depuis le centre de traitement d’Ebola

Contaminée en accompagnant sa grand-mère au CME de Bunia, Julienne Kahindo a composé l’Examen d’État 2026 depuis le centre de traitement d’Ebola, avant d’être déclarée guérie et de réintégrer une salle ordinaire. Le visage d’une riposte qui sauve.

Lecture : 3 min
La Rédaction 25 juin 2026

Dans la salle, les autres candidats ne le savaient peut-être pas. La jeune femme penchée sur ses épreuves, à Bunia, sortait d’un combat que la plupart ne mènent jamais. Quelques jours plus tôt, Julienne Kahindo composait l’Examen d’État depuis un lit du centre de traitement d’Ebola. Le virus dans le sang, le stylo à la main.

Elle avait tout pour passer entre les mailles des statistiques. Candidate autodidacte, originaire de Boga, à plus de cent kilomètres de Bunia, elle devait présenter ses épreuves dans son milieu d’origine. La maladie en a décidé autrement. « Je devais présenter les épreuves à Boga à plus de 100 kilomètres de Bunia, mais la maladie à virus Ebola m’a empêchée de rejoindre mon milieu d’origine », raconte-t-elle. « Les autorités scolaires ont entrepris des démarches afin que je puisse passer l’Examen d’État ici, au Centre de traitement d’Ebola. »

Rembobinons. Julienne n’est pas tombée malade en s’exposant à un danger lointain. Elle a accompagné sa grand-mère souffrante au Centre médical évangélique de Bunia, l’un des établissements de référence du nord-est. C’est là que le virus l’a trouvée. Quand les épreuves certificatives ont débuté, elle n’était pas dans une salle de classe : elle venait d’être admise au centre de traitement, parmi les patients en isolement.

Pour la plupart des finalistes de l’Est, l’Examen d’État 2026 s’est déjà joué sous tension. L’insécurité a vidé des centres, délocalisé des sessions, tenu des candidats loin de leurs bancs. À ce décor, Ebola a ajouté sa propre frontière : celle qui sépare une salle de passation d’une zone d’isolement. Faire franchir cette frontière à des copies d’examen, sans rompre l’isolement ni la chaîne de biosécurité, supposait un dispositif monté sur mesure par les autorités sanitaires et éducatives. Julienne a composé depuis le centre.

Puis les tests de contrôle sont revenus négatifs. Déclarée guérie, elle a quitté le service d’isolement pour rejoindre, cette fois, une salle ordinaire. « J’étais venue ici dans un état grave avec la diarrhée, les vomissements, une grande faiblesse et d’autres symptômes. Aujourd’hui, j’ai repris la force », confie-t-elle.

Son rétablissement n’est pas un miracle isolé. Au 23 juin, l’Institut national de santé publique recensait 122 personnes guéries depuis le début de l’épidémie, dont sept déclarées rétablies en Ituri au cours des dernières vingt-quatre heures. Chacune de ces sorties tient au même enchaînement : une détection précoce, une prise en charge à temps, des soins de soutien dans un centre adapté. Contre la souche Bundibugyo, qui n’a ni vaccin homologué ni traitement spécifique, c’est aujourd’hui la seule arme qui fait la différence entre une convalescence et une tombe. La létalité, elle, reste lourde : plus d’un quart des cas confirmés.

Il reste à Julienne un dernier obstacle, plus ordinaire celui-là : le diplôme. Elle a repris sa place parmi les candidats, ses copies se mêlent désormais aux autres, et le nom d’une rescapée d’Ebola attend, quelque part dans les résultats à venir, à côté de ceux qui n’ont eu à affronter que les mathématiques.

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