Ebola chez les enfants : 330 morts en RDC, et le recul des soins en Ituri
Au 2 août, l'UNICEF recense 743 cas et 330 décès chez les enfants de 0 à 17 ans en RDC, avec une létalité de plus de 60 % avant cinq ans. Dans les quatre zones prioritaires de l'Ituri, le recours aux services de santé essentiels a reculé de 42 %.
Ebola chez les enfants : 330 morts en RDC, et le recul des soins en Ituri
AFP
L’UNICEF a publié jeudi 6 août depuis Bunia un décompte que les rapports de situation quotidiens ne ventilent pas. « Au 2 août 2026, 743 cas confirmés et 330 décès avaient été enregistrés chez les enfants âgés de 0 à 17 ans », écrit l’organisation, pour l’ensemble de la République démocratique du Congo. Les plus jeunes paient le prix le plus lourd : « Plus de 60 % des cas confirmés dans ce groupe d’âge entraînent un décès, contre moins de 30 % chez les adultes âgés de 18 ans et plus. »
Ce décompte s’ajoute à un cumul qui a franchi un nouveau seuil deux jours plus tard. Le rapport de situation n° 082 du Centre d’opérations d’urgence de santé publique, arrêté au 4 août, porte le bilan national à 3 973 cas confirmés et 1 801 décès, soit une létalité de 45,3 %. L’Ituri en concentre 3 460 cas et 1 464 décès, c’est-à-dire 87,1 % des confirmations cumulées, sur les 51 zones de santé atteintes dans cinq provinces.
Les deux lectures ne se contredisent pas. Les rapports arrêtés au 3 et au 4 août reprennent à l’identique la même analyse démographique, celle d’une prédominance des adultes de 18 à 50 ans et de mineurs proportionnellement moins touchés. Les enfants représentent une part limitée des cas, mais c’est chez les plus jeunes d’entre eux que la maladie tue le plus souvent une fois contractée.
Ebola chez les enfants, et les soins ordinaires qui reculent
Le second volet du constat de l’UNICEF porte sur ce que les enfants ne reçoivent plus. Entre avril et juin, l’utilisation des services de santé essentiels a reculé de 42 % dans les quatre zones prioritaires de Bunia, Mongbwalu, Nizi et Rwampara, et de 13 % à l’échelle de la province de l’Ituri. « Les données suggèrent que la crainte de l’infection, combinée aux perturbations des services, dissuade de nombreux enfants et leurs familles de se faire soigner », déclare John Agbor, représentant de l’UNICEF en République démocratique du Congo.
La vaccination de routine en porte la trace la plus nette. La première dose du vaccin contre la rougeole a baissé de 69 % à Mongbwalu, la troisième dose du pentavalent de 22 % à l’échelle provinciale, et 23 000 doses de moins ont été administrées en mai et juin qu’au mois d’avril. Les accouchements assistés en établissement ont reculé de 38 % à Bunia, de 30 % à Rwampara et de 70 % à Nizi, les premières consultations prénatales de 28 % dans ces trois zones.
« Un médecin a expliqué à notre équipe qu’avant l’épidémie actuelle, son établissement recevait en moyenne 500 patients par mois, mais que ce nombre est aujourd’hui presque tombé à zéro », rapporte John Agbor. Le communiqué relie explicitement ce retrait à la mortalité des enfants : « L’épidémie d’Ebola perturbe gravement l’ensemble du système de santé, avec des conséquences inévitables sur les cas de paludisme, de diarrhée et d’autres maladies qui peuvent être traitées, mais qui figurent parmi les principales causes de décès chez les enfants. »
L’état du dispositif au 4 août
Le rapport du 4 août documente un dispositif qui continue de s’étendre. Le CTE de Rwankole, d’une capacité de 120 lits, a été lancé officiellement par le gouverneur militaire de l’Ituri. La province a réalisé 2 854 enterrements dignes et sécurisés depuis le 20 mai pour 3 507 alertes de décès, et 75 le jour même, dont 63 corps prélevés. L’UNICEF déclare de son côté avoir équipé huit centres de traitement et 45 établissements de santé, formé et déployé près de 13 000 acteurs communautaires, effectué plus de 505 000 visites à domicile et apporté un soutien psychosocial à 5 100 enfants.
Trois indicateurs restent en deçà des objectifs fixés par la coordination. Le suivi des contacts est retombé à 75,3 % au niveau national, soit 13 393 contacts vus sur 17 781, contre 78,4 % la veille, pour un seuil opérationnel fixé à 95 %. Sur les 52 décès enregistrés le 4 août, 37 sont survenus dans la communauté, soit 71,2 %, ce qui signifie autant de malades décédés hors de tout circuit de prise en charge. Le cumul des personnels de première ligne contaminés atteint 134 sur 2 884 exposés en Ituri, une proportion de 4,6 %, sans nouveau cas ce jour-là.
Le rapport range aussi le financement parmi ses dix principaux défis. L’appel de fonds révisé de l’UNICEF s’établit à 113,45 millions de dollars, dont 23,5 millions ont été mobilisés, soit un déficit de 89,9 millions. Le Bureau de la coordination des affaires humanitaires relève par ailleurs que cinq des 69 sites de déplacés de l’Ituri sont touchés, avec 19 personnes déplacées contaminées et cinq décès.
C’est dans ce cadre que le président Félix Tshisekedi a réuni le 5 août, à la Cité de l’Union africaine, la Première ministre Judith Suminwa, le directeur général de l’OMS Tedros Adhanom Ghebreyesus et le directeur général d’Africa CDC Jean Kaseya. Les partenaires y ont annoncé une réorientation de la riposte vers la détection précoce et l’implication des communautés. « Il est essentiel de veiller à ce que les structures de santé restent ouvertes, sûres et dignes de confiance afin de sauver des vies aujourd’hui et prévenir de futures épidémies, tout en investissant dans un système de santé plus résilient », conclut John Agbor.
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