Ebola à Kisangani : deux cas qui fissurent le récit du « périmètre tenu »
En confirmant deux cas à Kisangani, les autorités sanitaires saluent la performance de leur surveillance. Le même fait se lit autrement : l'un des cas est lié à Nia-Nia, ce qui suggère que le virus a suivi le corridor de la RN4 depuis l'Ituri jusqu'à la tête de navigation du fleuve Congo, alors que le décompte officiel maintient trois provinces touchées.
Ebola à Kisangani : deux cas qui fissurent le récit du « périmètre tenu »
AFP
KISANGANI. Le point de situation arrêté au 7 juillet contient une ligne qui pèse plus lourd que les autres. Deux cas d’Ebola ont été confirmés à Kisangani, chef-lieu de la Tshopo, dont l’un lié à la zone de santé de Nia-Nia, en Ituri. Les échantillons se sont révélés positifs au test PCR RADIONE, avec validation par RT-PCR. Pour l’Institut national de santé publique, c’est une démonstration : « la décentralisation des capacités diagnostiques permet de détecter et confirmer rapidement les cas, y compris hors des zones habituelles, comme l’illustre l’identification précoce du signal à Kisangani ».
Lue à l’envers, la même phrase dit une autre chose. Détecter un cas à Kisangani, c’est constater que la transmission a déjà quitté le périmètre de l’Ituri et des Kivu. Le lien avec Nia-Nia n’est pas anodin : les deux localités sont reliées par la Route nationale 4, qui court sur quelque 340 kilomètres entre Kisangani et Nia-Nia avant de se prolonger vers Mambasa, Beni et le Nord-Kivu. Ce corridor de commerce et de déplacements, qui relie l’épicentre à la Tshopo, est précisément celui que la riposte redoute depuis le début. Le premier cas urbain confirmé à son extrémité suggère que la chaîne de transmission l’a emprunté.
La géographie ajoute une inquiétude. Kisangani n’est pas une zone de santé comme les autres. La ville, qui compte plus d’un million d’habitants, est la tête de navigation du fleuve Congo et le deuxième port intérieur du pays après Kinshasa. En aval s’ouvre une artère fluviale ininterrompue vers Mbandaka puis la capitale. Les épidémiologistes gardent en mémoire l’Équateur, où Ebola, alors de souche Zaïre, avait atteint des villes-ports du fleuve en 2018 puis en 2020, quand la densité des mouvements fluviaux compliquait le confinement. Rien n’indique à ce stade une diffusion en aval, et les investigations se poursuivent. Mais la porte que représente Kisangani change l’échelle du risque.
Face à ce signal, les autorités mettent en avant leur réactivité. « Des opérations ont été lancées à Kisangani pour installer et renforcer l’ensemble des piliers de la riposte », indique le communiqué officiel, qui souligne aussitôt que « les provinces officiellement touchées restent au nombre de trois ». C’est le point de friction. Deux cas sont confirmés dans la Tshopo, mais la province n’entre pas dans le décompte. Cet écart entre la réalité virologique et la comptabilité administrative n’est pas qu’une nuance : il pèse sur la perception d’une épidémie « circonscrite », sur l’allocation des moyens et sur la vigilance des populations. Les autorités rappellent d’ailleurs que leurs chiffres restent susceptibles d’évoluer après harmonisation de la base de données DHIS2.
Sur le fond, l’arrivée du virus dans une grande ville expose la principale limite de cette riposte. L’épidémie est due à la souche Bundibugyo, contre laquelle aucun vaccin ni traitement n’est homologué, le vaccin Ervebo ne protégeant que la souche Zaïre. La parade repose entièrement sur le dépistage, le traçage des contacts et l’isolement précoce, exactement ce qu’un tissu urbain dense rend plus difficile. « L’ampleur réelle n’a pas encore été pleinement établie », a reconnu Anne Ancia, représentante de l’OMS en RDC, depuis Bunia. À Kisangani, cette ampleur vient de gagner un point d’observation qui commande le fleuve.
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