Santé Ebola : à Bunia, l’émouvante histoire des bébés séparés de leurs parents malades

Ebola : à Bunia, l’émouvante histoire des bébés séparés de leurs parents malades

Autour des centres de traitement de l'Ituri, des pouponnières accueillent les nourrissons séparés de parents infectés par Ebola. Comment elles fonctionnent.

Ebola : à Bunia, l’émouvante histoire des bébés séparés de leurs parents malades
AFP

La Rédaction
Kinshasa - 9 JUILLET 2026 - 21:45 WAT · 4 min de lecture

À quelques pas des tentes bâchées du centre de traitement d’Ebola de Bunia, dans l’Ituri, une pièce à part accueille des enfants trop jeunes pour saisir pourquoi leurs parents ont disparu derrière les parois de plastique. Lorsqu’un adulte est admis dans une telle structure, ses nourrissons ne peuvent l’y suivre sans risque, ni rester seuls au village. Pour ces tout-petits, l’UNICEF et les équipes médicales congolaises ont ouvert des crèches, des espaces d’accueil installés à proximité immédiate des lieux de soins, où l’on veille sur les enfants le temps que leurs parents soient traités.

Le principe a été détaillé le 12 juin à Genève par le docteur Douglas Noble, responsable des urgences de santé publique de l’UNICEF, au retour d’une mission dans la région. « Nous mettons également en place des crèches dans des structures situées à proximité des centres de traitement d’Ebola : des espaces sûrs où les enfants peuvent être pris en charge pendant que leurs parents sont soignés », a-t-il exposé, en annonçant l’ouverture de la première d’entre elles à Bunia. Deux autres devaient suivre. Les nourrissons dont la mère est infectée ne peuvent plus être allaités et réclament des solutions de substitution en urgence, tandis que beaucoup d’enfants, prévenait alors l’agence, se retrouvent orphelins ou séparés de leurs parents et de leurs tuteurs.

Des espaces de soins, pas des garderies

UNICEF DRC/Nybo Madelaine, aidante dans une nurserie soutenue par l’UNICEF à Beni, en République démocratique du Congo, tenant dans ses bras le petit Guerrishon âgé de 5 mois.

Ces crèches ne sont pas de simples haltes-jeux. Elles fonctionnent au contact direct de la riposte médicale, avec des protocoles de prévention et de contrôle des infections, et servent aussi de point d’appui à la recherche des familles, au soutien psychosocial et à l’orientation des enfants vers les services sociaux. La souche en cause, dite Bundibugyo, ne dispose d’aucun vaccin homologué ni traitement spécifique, si bien que la prise en charge des plus jeunes repose entièrement sur ces soins de soutien et sur la vigilance des soignants.

Près d’un mois après l’ouverture de la première crèche, ces structures ont commencé à afficher des résultats. En mission d’évaluation dans l’Ituri, le directeur régional de l’UNICEF pour l’Afrique de l’Ouest et du Centre, Gilles Fagninou, s’est rendu le 8 juillet dans les centres de traitement de Bunia et de Nyakunde, où de très jeunes enfants ont été déclarés guéris. « Les succès, c’est un peu ce que j’ai vu aujourd’hui ce matin à la crèche, où j’ai vu un bébé de 3 mois qui a été guéri, et avec beaucoup de sourire. Nous avons vu aussi un enfant de 9 mois qui a guéri, et qui est en train de jouer », a-t-il raconté à Radio Okapi. La survie de nourrissons face à un virus aussi meurtrier tient lieu, selon lui, de signal d’encouragement pour l’ensemble des acteurs de la riposte.

Ces guérisons s’inscrivent dans un bilan provincial plus large, celui de plus de 250 personnes officiellement déclarées tirées d’affaire. Elles ne suffisent pourtant pas à rassurer. Le responsable onusien se garde de tout triomphalisme, à l’heure où les besoins logistiques et financiers de la riposte ne cessent de croître. « On a l’impression que l’épidémie progresse un peu plus vite que la riposte qui est orchestrée. On en est conscients et les discussions sont en cours pour que l’accélération continue », a-t-il reconnu au même micro.

La dix-septième épidémie d’Ebola déclarée en RDC frappe une région déjà éprouvée par les conflits armés et les déplacements de population, où hôpitaux et centres de santé manquent souvent de fournitures. Dans ce décor, les crèches ouvertes près des centres de traitement offrent une réponse modeste mais tangible à une question que la maladie pose brutalement : qui garde les enfants quand elle emporte, un à un, ceux qui s’en occupaient.

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B
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