Ebola en RDC : le bilan à la mi-juillet, où le virus circule, et comment se protéger sans céder aux rumeurs
2 344 cas et 930 décès au 18 juillet, souche Bundibugyo sans vaccin homologué, cinq provinces touchées : le point factuel sur l'épidémie d'Ebola en RDC, ce que font les équipes, et les gestes concrets pour se protéger, sans fake news.
Ebola en RDC : le bilan à la mi-juillet, où le virus circule, et comment se protéger sans céder aux rumeurs
AFP
L’épidémie d’Ebola qui frappe l’est de la République démocratique du Congo est réelle, elle est la plus rapide jamais recensée pour ce virus, et elle se combat avec des gestes simples autant qu’avec des équipes médicales. Voici, sans dramatisation ni minimisation, ce que disent les chiffres officiels à la mi-juillet, les provinces où le virus se propage, ce que font les soignants sur le terrain, et surtout ce que chacun peut faire pour se protéger, en démêlant le vrai du faux.
Le bilan à la date d’aujourd’hui
Selon le rapport officiel de l’Institut national de santé publique arrêté au 18 juillet, l’épidémie compte deux mille trois cent quarante-quatre cas confirmés et neuf cent trente décès. Le bilan a plus que doublé depuis le début du mois, et l’épidémie est désormais l’une des plus importantes jamais enregistrées pour ce virus. Elle est surtout la plus rapide : elle a franchi le seuil des mille cas confirmés en une quarantaine de jours, quand l’épidémie de 2018 avait mis près de huit mois pour l’atteindre.
Le taux de létalité tourne autour de trente-sept à quarante pour cent, ce qui signifie qu’une part importante des malades meurent, mais aussi, et c’est capital, que d’autres guérissent. Des centaines de personnes ont déjà été déclarées guéries. Ebola n’est pas une condamnation automatique : la survie dépend largement de la rapidité de la prise en charge. Plus une personne malade est traitée tôt dans un centre adapté, plus ses chances augmentent. C’est le premier message utile, à l’opposé du fatalisme qui pousse certains à se cacher.
Où le virus circule
L’épidémie touche cinq provinces : l’Ituri, le Nord-Kivu, le Sud-Kivu, le Haut-Uélé et la Tshopo. L’Ituri en est l’épicentre et concentre l’écrasante majorité des cas et des décès, autour de foyers comme Djugu et Mongbwalu. Le Nord-Kivu suit de loin, le Sud-Kivu reste pour l’instant marginalement touché, et un premier cas a été détecté à Mahagi, signe que le virus cherche de nouveaux territoires.
La propagation est aggravée par un contexte que le pays connaît. L’est de la RDC compte des millions de déplacés internes, le conflit armé y complique le travail des équipes, et les nombreux passages de frontière non enregistrés rendent le suivi difficile. Dans le Haut-Uélé, la mobilité des populations minières et le déni de la maladie ont accéléré la circulation du virus. Le déplacement des personnes, plus que le virus lui-même, est le moteur de l’épidémie.
La souche change la donne
Un point technique décide de tout, et il est souvent mal compris. Le séquençage réalisé le 15 mai a établi que cette épidémie est due au virus Bundibugyo, une souche distincte du virus Zaïre responsable des grandes épidémies précédentes. Cette différence a une conséquence lourde : il n’existe à ce jour aucun vaccin homologué ni aucun traitement approuvé spécifiquement contre le Bundibugyo.
Autrement dit, le vaccin et les traitements dont on a beaucoup parlé lors des épidémies passées visaient la souche Zaïre, et l’on ne peut pas s’en croire protégé aujourd’hui. Se savoir face à une souche sans arme spécifique n’est pas une raison de paniquer, c’est une raison de miser à fond sur ce qui fonctionne contre toutes les formes d’Ebola : la détection précoce, l’isolement des malades, l’enterrement sécurisé des défunts et les gestes de prévention. Contre le Bundibugyo, la meilleure protection n’est pas dans une seringue, elle est dans les comportements.
Ce que font les équipes sur le terrain
La riposte s’organise autour de plusieurs lignes. Le dépistage a été décentralisé, passant d’un seul laboratoire à seize, pour confirmer plus vite les cas au plus près des foyers. La surveillance et le suivi des contacts, ces personnes ayant croisé un malade, atteignent un taux de l’ordre de quatre-vingts pour cent, même si une part importante des nouveaux cas continue d’échapper aux listes existantes, ce qui reste le talon d’Achille de la riposte. Les malades sont pris en charge dans des centres de traitement dédiés, et les équipes assurent des enterrements dignes et sécurisés, car le corps d’une personne décédée d’Ebola est parmi les choses les plus contagieuses qui soient.
Ce travail se fait dans des conditions rudes. Des soignants de l’épicentre travaillent sans être payés depuis le début de l’épidémie, la riposte manque de financements, et les agents de santé paient un lourd tribut, avec plus d’une centaine d’entre eux infectés. Signaler un cas, ce n’est donc pas seulement se protéger soi-même, c’est aussi soulager des équipes déjà à bout.
Ce que chacun peut faire
La prévention d’Ebola tient dans quelques gestes que tout le monde peut appliquer.
Se laver les mains fréquemment, à l’eau et au savon ou avec une solution hydroalcoolique, reste la base. Il faut éviter tout contact avec les liquides corporels d’une personne malade ou décédée : le sang, les vomissures, les selles, l’urine, la sueur et la salive transmettent le virus. On ne touche pas, on ne lave pas soi-même le corps d’un défunt : tout décès suspect doit être signalé pour qu’une équipe procède à un enterrement sécurisé.
Au moindre symptôme, il faut consulter vite et ne pas se soigner à domicile ni chez un tradipraticien. Les signes d’alerte sont une fièvre brutale, une grande fatigue, des douleurs musculaires, des maux de tête et de gorge, suivis parfois de vomissements, de diarrhée, d’éruptions cutanées et de saignements. Plus la prise en charge est précoce, plus la survie est probable. Il vaut mieux appeler les numéros de la riposte que de transporter soi-même un malade et risquer de contaminer d’autres personnes en chemin.
Deux précautions complètent le tableau. La viande de brousse, en particulier les chauves-souris et les singes, doit être évitée ou parfaitement cuite, car ces animaux peuvent héberger le virus. Et après la guérison, le virus pouvant persister quelque temps dans l’organisme, des précautions restent recommandées, notamment dans les rapports intimes, sur les conseils des équipes médicales.
Démêler le vrai du faux
C’est peut-être ici que se joue le plus important, car les rumeurs tuent presque autant que le virus. Ebola n’est ni une invention ni un complot : c’est une maladie documentée depuis des décennies. On peut en guérir, à condition d’être pris en charge tôt, et fuir ou cacher un malade ne fait qu’étendre l’épidémie à la famille et au quartier. Les enterrements encadrés par les équipes ne sont pas un manque de respect envers les morts, ils protègent les vivants, puisque le corps est alors au maximum de sa contagiosité.
Il faut aussi se méfier des fausses bonnes nouvelles. Non, il n’existe pas de vaccin qui protège contre cette souche, et se croire immunisé est dangereux. Non, aucun remède miracle, aucune tisane, aucune prière ne remplace une prise en charge médicale rapide. Pour s’informer, mieux vaut s’en tenir aux sources fiables, l’Institut national de santé publique, le ministère de la Santé et l’Organisation mondiale de la santé, qui a classé cette épidémie comme une « urgence de santé publique de portée internationale », plutôt qu’aux audios et vidéos anonymes qui circulent sur les réseaux.
Au fond, la meilleure protection collective ne coûte rien. Elle tient à trois réflexes : signaler tôt le moindre cas ou décès suspect, laisser entrer la riposte plutôt que la fuir, et refuser de relayer une rumeur avant de l’avoir vérifiée. Contre une souche sans vaccin, ces gestes valent mieux que n’importe quel remède imaginaire.
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