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Déserts médicaux : les médecins de RDC concentrés dans trois provinces

Trois provinces sur vingt-six seulement atteignent un médecin pour 10 000 habitants. Radiographie d'un pays où le soin se concentre là où vit le pouvoir.

Déserts médicaux : les médecins de RDC concentrés dans trois provinces
AFP

La Rédaction
Kinshasa - 9 JUILLET 2026 - 20:05 WAT · 6 min de lecture

Trois provinces sur vingt-six. C’est le nombre de territoires congolais où l’on comptait au moins un médecin pour dix mille habitants quand le ministère de la Santé a dressé son dernier état des lieux détaillé. Dans les vingt-trois autres, le premier soignant reste au bout d’une piste. Le constat figure dans le Plan national de développement sanitaire 2016-2020, un document officiel qui s’appuie sur l’Annuaire des ressources humaines en santé de 2013, et il dit une chose simple sur un pays de la taille d’un continent : la carte du soin épouse celle des routes, du courant et des salaires.

Le pays forme pourtant plus de médecins que jamais. Le Conseil national de l’Ordre des médecins comptait environ 6 000 praticiens inscrits en 2004. Onze ans plus tard, le dernier numéro délivré dépassait 18 000. Les facultés de médecine ont suivi la même courbe ascendante. Et la densité nationale reste parmi les plus faibles du continent : de l’ordre de deux médecins pour dix mille habitants selon les statistiques de l’Organisation mondiale de la santé, très loin des quarante et un pour dix mille que compte l’Union européenne. La moyenne cache l’essentiel. Ces médecins ne se répartissent pas également sur le territoire.

Le document de référence le pose noir sur blanc. Le ministère de la Santé y constate : « On observe une concentration des personnels de santé dans les grandes villes particulièrement à Kinshasa et dans les centres urbains des provinces. » Le même plan avance un chiffre qui résume le pays. « Par rapport au ratio un médecin pour 10.000 habitants seules 3 provinces comprennent les effectifs conformes ou supérieurs aux normes internationales. » Trois sur vingt-six. Ces trois provinces sont Kinshasa, le Kongo Central et le Haut-Katanga, les plus urbaines et les plus dotées du pays, selon l’analyse de la plateforme Exemplars in Global Health.

Indicateur (médecins)ChiffreSource et année
Provinces sur 26 atteignant le seuil de 1 médecin pour 10 000 hab.3 (Kinshasa, Kongo Central, Haut-Katanga)Min. Santé, PNDS 2016-2020, d’après Annuaire RHS 2013
Provinces sous ce seuil23idem
Densité nationale de médecinsenviron 0,21 pour 1 000 hab. (près de 2 pour 10 000)OMS, Global Health Workforce Statistics, maj. 2026
Médecins inscrits à l’Ordre (CNOM)environ 6 000 en 2004, plus de 18 000 en 2015Min. Santé, PNDS 2016-2020, d’après CNOM

Lire ce tableau, c’est lire une carte de l’inégalité. Vingt-trois provinces vivent sous la ligne. Et le manque de médecins n’y arrive jamais seul. Le même plan sanitaire relevait que, dans les provinces de la Mongala, du Bas-Uele et du Nord-Ubangi, aucun centre de santé ni hôpital général ne fournissait des prestations conformes aux normes, contre 59 pour cent des centres et 79 pour cent des hôpitaux à Kinshasa. Là où le médecin est rare, l’équipement, l’électricité et le laboratoire le sont aussi. Le désert médical est un cumul.

Cette arithmétique a un visage. À Angumu, un coin de la province de l’Ituri où la route ressemble à un lit de rivière asséché, montagnes et forêt tropicale coupent la population du premier hôpital. Depuis 2018, les violences des territoires voisins y ont poussé des dizaines de milliers de déplacés : la zone, estimée à 42 000 personnes il y a quelques années, en compte aujourd’hui près de 80 000, pour un hôpital général de référence et une poignée de centres de santé épaulés par Médecins sans frontières. « Il était très difficile pour la population d’accéder aux services de santé, la région étant isolée et montagneuse », rapporte Frédéric Lai Manantsoa, chef de mission de MSF en RDC. La première difficulté n’y est pas le diagnostic. C’est la distance jusqu’au premier médecin. « Au départ, nous avons été confrontés à un nombre élevé de cas graves, notamment de paludisme, car les gens arrivaient à l’hôpital très malades », rapporte David Mahomou Nyankoye, responsable des activités infirmières pour MSF sur place. Quand le soignant est à une journée de marche, on ne consulte plus au premier symptôme. On arrive au bout. C’est cette logique que la répartition des médecins impose aux populations rurales, qui forment l’écrasante majorité du pays.

La géographie du personnel réserve toutefois une nuance, et elle vaut d’être dite. Tous les soignants ne suivent pas la même pente que les médecins. Le Plan sanitaire recense ainsi 12 049 infirmiers au Kongo Central, pour près de trois millions d’habitants, contre 4 276 dans la ville-province de Kinshasa, pour plus de six millions. Sur le papier, la capitale est mieux servie en médecins et moins bien en infirmiers que sa voisine du fleuve. La pénurie congolaise n’est pas un simple manque global. C’est une mosaïque de déséquilibres, catégorie par catégorie, province par province.

Reste la question du travail. Le personnel qui accepte la brousse le fait souvent sans salaire de l’État. En 2014, sur 127 716 agents de santé recensés, moins d’un tiers touchaient une paie publique. Le reste vivait de primes de risque et des paiements directs des malades. Sans prime d’éloignement, sans perspective de carrière, un jeune médecin diplômé de Kinshasa a peu de raisons matérielles de rejoindre l’Ituri ou la Tshuapa. Le déséquilibre se reproduit de lui-même, promotion après promotion.

Cette carte a bientôt dix ans, et ses chiffres méritent d’être maniés avec prudence. Le découpage de 2015 a fait passer le pays de onze à vingt-six provinces, brouillant les dénominateurs de population. La répartition détaillée des médecins pour chacune des vingt-six provinces existe dans les annuaires officiels, mais reste enfermée dans des graphiques anciens que rien n’est venu rafraîchir publiquement. La structure, elle, n’a pas bougé. Les médecins restent là où sont les routes bitumées, le courant et les salaires. Loin de ces lignes, le premier médecin demeure au bout d’une piste que la pluie efface.

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B
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