Ebola RDC : le scénario catastrophe des 10 000 cas et 2 000 décès
Un scénario du CDC, relayé par le PNUD, évoque jusqu'à 10 000 cas et 2 000 décès d'ici fin 2026 si l'isolement des malades reste insuffisant. Une projection, pas une prévision.
FILE PHOTO: Red Cross workers wearing personal protective equipment (PPE) prepare to lower the coffin of Dr Tibenderana Katho Blaise who worked at the Centre Medical Evangelique (CME) in Hoho commune and died of Ebola virus, as aid agencies intensify efforts to contain a new Ebola outbreak caused by the Bundibugyo virus, at the Nyamurongo cemetery in Bunia town, Ituri province, Democratic Republic of Congo, May 26, 2026. REUTERS/Gradel Muyisa Mumbere TPX IMAGES OF THE DAY/File Photo
AFP
Si la riposte n’isole pas au moins la moitié des malades, l’épidémie d’Ebola qui frappe l’Ituri pourrait dépasser 10 000 cas et 2 000 décès avant la fin de l’année. Ce seuil, avancé par le CDC américain et relayé par le Programme des Nations unies pour le développement, ne décrit pas l’avenir le plus probable, mais l’issue que la région évitera ou non selon sa capacité à mettre les malades à l’écart.
L’alerte figure dès la première page de l’évaluation socioéconomique que le PNUD a publiée le 30 juin. Elle ne vient pas de l’agence onusienne elle-même, qui la reprend au CDC. « Le CDC américain a averti que si les taux d’isolement et de traitement tombent sous 50 %, il existe une forte probabilité statistique que cette flambée, déjà la plus vaste jamais provoquée par le virus Bundibugyo, dépasse 10 000 cas cumulés et 2 000 décès d’ici le quatrième trimestre 2026 », écrit le rapport. Le chiffre est frappant, sa condition l’est autant. Il s’agit d’un scénario, pas d’une prévision.
Ce scénario sort d’un modèle de transmission publié le 5 juin par le CDC dans son bulletin MMWR. Ses auteurs ont simulé la trajectoire de l’épidémie sur trois mois en faisant varier un seul paramètre décisif, la part des malades détectés, isolés et traités, et les résultats forment un éventail plutôt qu’une certitude. Avec un isolement faible, autour de 20 %, la majorité des simulations franchissaient les 20 000 cas. Avec un isolement élevé, à 70 %, la donne bascule : 94 % des simulations restaient sous les 10 000 cas et 90 % sous les 2 000 décès. Les 10 000 cas sont donc un scénario haut, adossé à l’hypothèse d’une riposte qui échoue à mettre à l’abri un malade sur deux. Le nombre de reproduction estimé, autour de 2,5, n’a rien d’exceptionnel pour Ebola. Ce qui pèse, note le CDC, c’est la taille déjà atteinte par la flambée au moment où elle a été détectée, tardivement.
Face au modèle, les chiffres du terrain restent en deçà de ses bornes hautes. Selon les données communiquées le 7 juillet par l’OMS, la RDC recensait 1 561 cas confirmés, 506 décès et 254 guérisons, avec plus de 10 000 contacts sous suivi. La létalité parmi les cas déclarés avoisine 26 %, en dessous de celle des épidémies de souche Zaïre. La représentante de l’OMS en RDC, Anne Ancia, se refuse pourtant à tout optimisme. « Nous aimerions pouvoir dire que la situation se stabilise, mais, franchement, nous ne pouvons pas encore l’affirmer », déclarait-elle depuis Bunia, dans un point relayé par ONU Info, avant de décrire des structures débordées : « Les centres de traitement sont arrivés à saturation. »
Un terrain qui pèse sur l’isolement
Le scénario haut n’a rien d’arbitraire, il découle des conditions locales. La souche Bundibugyo ne dispose d’aucun vaccin homologué ni traitement approuvé, si bien que la riposte repose entièrement sur le traçage des contacts et la mise à l’écart des malades. L’épicentre, l’Ituri, concentre plus de neuf cas confirmés sur dix, dans une région où opèrent, selon le PNUD, plus de 260 groupes armés et où vivent plus de 5,8 millions de déplacés internes. La transmission a déjà franchi la frontière ougandaise, jusqu’à Kampala. Chacun de ces facteurs rogne le taux d’isolement atteignable, celui-là même dont dépend la bascule vers le pire.
Le rapport du PNUD relève cependant un signal contraire. La surveillance à haute fréquence suggère que la trajectoire exponentielle des débuts pourrait ralentir, l’augmentation quotidienne des cas déclarés ayant fléchi. Rien n’est tranché. Le seuil des 10 000 cas et 2 000 décès demeure un point sur une courbe de probabilités, suspendu à ce que la riposte parviendra à isoler d’ici décembre. Il éclaire un risque, il ne le décrète pas.