Ville morte, marche pro-réforme, loi référendaire adoptée, plainte reportée, sit-in annoncé : en dix jours, la Constitution est devenue le terrain du rapport de force politique en RDC. Décryptage d’une bataille de légitimité populaire.
Refus du site autorisé, tentative de progression vers le Palais du Peuple, groupes de jeunes convoyés, images d'armes blanches, véhicules incendiés et guerre immédiate des récits autour des blessés. Enquête BETO sur les zones d'ombre du sit in de l'opposition du 12 juin à Kinshasa.
Alors que son parti affirme qu'il a été touché à la jambe lors des incidents autour du sit in de l'opposition, une vidéo parvenue à BETO montre Delly Sesanga dans une séquence tendue avec du personnel soignant. Une infirmière l'interpelle : « Est-ce le moment de faire des vidéos ? ».
Le rassemblement annoncé par la Coalition Article 64 devant le Palais du Peuple n’a pas pu se tenir comme prévu ce vendredi 12 juin. Les correspondants de BETO déployés à Lingwala, sur le boulevard Triomphal, à Kasa Vubu et près du siège de l’ECiDé rapportent un dispositif policier renforcé, des accès verrouillés, des échauffourées et des dégâts matériels. Des images montrent Martin Fayulu avec des vêtements tachés de sang, mais les circonstances exactes de sa blessure doivent encore être établies.
Après avoir appelé les Congolais à rester chez eux lors de la ville morte du 3 juin, la Coalition Article 64 leur demande désormais de sortir et de se rendre devant le Palais du peuple. Le sit-in annoncé pour ce vendredi 12 juin est un test plus exigeant pour l’opposition : passer de l’absence dans les rues à la présence physique devant le cœur institutionnel du pays.
Ville morte, marche pro-réforme, sit-in annoncé au Palais du peuple : chaque camp cherche désormais à faire parler les images. Mais une rue vide, une foule serrée ou un boulevard animé ne disent jamais, seuls, ce que pense un pays. Dans cette bataille constitutionnelle, vérifier les images devient une affaire politique.
Annoncée pour le 9 juin, la plainte de la Coalition Article 64 contre Félix Tshisekedi a finalement été reportée. Officiellement, l’opposition veut y intégrer de « nouveaux éléments juridiques et factuels ». Politiquement, ce report intervient au moment où la proposition de loi sur le référendum a déjà franchi l’Assemblée nationale et arrive au Sénat. La bataille constitutionnelle entre ainsi dans une phase plus technique, plus juridique, mais aussi plus risquée pour l’opposition.
Les partisans du changement constitutionnel veulent y conduire la rue. L’opposition veut y tenir un sit-in. Plus de trente ans après la Conférence nationale souveraine, le Palais du peuple redevient le lieu où se croisent mémoire démocratique, rapport de force parlementaire et bataille autour des règles du pouvoir.
Deux jours après la ville morte appelée par l’opposition, le camp favorable au changement constitutionnel veut répondre par une démonstration inverse : non plus le silence des rues, mais leur occupation. La marche du 5 juin, portée par la Coalition citoyenne pour la Nation et des responsables de l’Église de Réveil, marque l’entrée du camp pro-réforme dans la bataille de la mobilisation populaire.
Dans une intervention jeudi 4 juin à Kinshasa, Delly Sesanga précise les paramètres du rassemblement que la Coalition Article 64 organise le jeudi 12 juin : sous l'esplanade du Palais du Peuple, en sitting statique, pour viser nominalement les parlementaires accusés de complicité avec le chef de l'État.