Est de la RDC : la Commission d’enquête de l’ONU fragilisée par la crise financière onusienne
Chargée d'établir les responsabilités des exactions dans les Kivu, la Commission d'enquête de l'ONU voit ses moyens rognés par la crise de trésorerie des Nations unies. Un handicap qui pèse d'abord sur les victimes.
Est de la RDC : la Commission d’enquête de l’ONU fragilisée par la crise financière onusienne
AFP
Le 29 juin 2026, à Genève, devant la 62e session du Conseil des droits de l’homme, le président de la Commission d’enquête internationale indépendante sur le Nord-Kivu et le Sud-Kivu a livré un constat à deux tranchants. D’un côté, une situation qu’il a qualifiée de gravité exceptionnelle dans l’Est de la RDC. De l’autre, un aveu, celui d’une commission qui travaille à moyens réduits. « Les contraintes financières plus larges de l’ONU ont eu un impact direct sur notre capacité opérationnelle, y compris la capacité d’enquête déployable, l’interprétation, l’appui analytique, le financement des missions et une présence continue sur le terrain », a déclaré Arnauld Akodjenou, dans des propos traduits de l’anglais. Documenter des crimes coûte, et l’argent manque.
Cette commission n’est pas un organe secondaire. Créée en février 2025 par une résolution du Conseil des droits de l’homme, au lendemain de l’offensive de l’AFC/M23 et de la prise de Goma, elle a pour mandat d’enquêter sur les violations commises dans les deux provinces des Kivu et d’en établir les responsabilités. Ses trois membres, l’ancien haut fonctionnaire onusien Arnauld Akodjenou, la procureure internationale Maxine Marcus et le juriste Clément Voule, ont commencé leurs investigations en 2026, avec une première mission en RDC en juin. Le rapport complet est attendu pour la session du Conseil de février 2027.
Le handicap financier n’a rien de théorique, et il a un précédent. Dès juillet 2025, le Haut-Commissariat aux droits de l’homme avait dû suspendre le démarrage de la mission d’enquête sur l’Est, faute de fonds. Les chiffres de l’époque disaient l’ampleur du trou. La contribution américaine, premier bailleur, était tombée de trente-six millions de dollars l’année précédente à zéro au 31 mai 2025, et le Haut-Commissariat accusait un déficit d’au moins soixante millions. La mission, dont le budget était estimé à près de quatre millions de dollars, n’avait pu démarrer qu’en puisant un peu plus d’un million dans des réserves d’urgence. Un an plus tard, la commission fonctionne, mais sous la même contrainte.
Ce sous-financement s’inscrit dans une crise de trésorerie plus vaste des Nations unies. Le budget ordinaire 2026 de l’organisation a été réduit d’environ sept pour cent, avec la suppression de quelque deux mille quatre cents postes, sur fond de retards de paiement des États membres et de désengagement américain. Au début de l’année, seuls soixante-quatre États sur cent quatre-vingt-treize avaient réglé l’intégralité de leurs cotisations dans les délais. Les mécanismes de défense des droits humains, dont les commissions d’enquête, sont parmi les premières victimes de cette contraction. Le Haut-Commissaire, Volker Türk, avait prévenu que couper ces financements revenait, selon ses mots traduits de l’anglais, à offrir un réconfort aux dictateurs.
Il faut toutefois manier la mesure. La contrainte financière est réelle, mais elle n’explique pas tout, et l’amalgame guette. Lors de sa mission de juin 2026, la commission n’a pas pu se rendre à Goma, non pas faute d’argent, mais en raison de l’insécurité et de l’épidémie d’Ebola qui frappe la région. De même, la commission n’a pas chiffré publiquement le nombre d’enquêteurs ou de postes qu’elle aurait perdus. Elle décrit des catégories de moyens affectées, pas un décompte. Confondre la crise budgétaire, les obstacles sécuritaires et les limites propres à tout mécanisme onusien reviendrait à brouiller le diagnostic.
Il faut aussi éviter une autre confusion, fréquente. Cette commission des droits de l’homme, rattachée au Conseil des droits de l’homme, n’est pas le Groupe d’experts sur la RDC, qui dépend du Conseil de sécurité et suit l’embargo et les sanctions. Deux organes, deux mandats, deux financements. Le premier documente les violations pour établir des responsabilités, le second surveille les flux d’armes et alimente le régime de sanctions. Les fragiliser tous deux affaiblirait la RDC sur deux fronts distincts.
Car pour Kinshasa, l’enjeu est direct. Une commission bien dotée sert la cause congolaise, puisqu’elle documente précisément les exactions liées à une offensive que le gouvernement impute au Rwanda. C’est cette logique qui a conduit la RDC à solliciter, en mai 2026, un financement du Parlement européen pour appuyer les travaux de la commission. Un pays qui se dit victime d’agression a intérêt à ce que les preuves soient recueillies pendant qu’elles existent encore, avant que les témoins ne se dispersent et que les scènes de crime ne s’effacent. La documentation est une arme lente, mais durable.
Reste que la première victime d’une enquête à moyens réduits, ce n’est pas un État, c’est une personne. Ce sont les survivantes de violences sexuelles dont l’accompagnement dépend de moyens désormais rationnés, les familles qui attendent qu’un enquêteur recueille leur témoignage, les scènes de crime que le temps efface faute de bras pour les documenter. La justice internationale est déjà lente par nature. Quand l’argent manque pour seulement constater, elle devient une promesse creuse. Pour l’Est du Congo, la vraie question n’est pas de savoir si l’ONU rédigera un rapport, mais si elle s’en donne encore les moyens avant que la mémoire des faits ne s’estompe.
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