En RDC, l’opposition divisée autour de la marche du 22 juillet
Aucune position commune après la réunion de la C64, et une annulation possible de la marche du 22 juillet : l'opposition congolaise peine à parler d'une seule voix.
En RDC, l’opposition divisée autour de la marche du 22 juillet
AFP
Une coalition qui se tait après s’être réunie en dit parfois plus long qu’un communiqué. À l’issue de sa dernière réunion, la Coalition Article 64, principale plateforme de l’opposition congolaise, n’a rendu publique aucune position commune sur la marche qu’elle prévoyait le 22 juillet devant le Palais de la Nation. Ce silence a exposé une ligne de faille que la banderole unique du refus avait jusque-là masquée. Et, selon les informations recueillies par BETO, la coalition pourrait annoncer dans les prochaines heures l’annulation de cette manifestation.
« L’idée pour nous est de donner la chance aux tractations qui doivent, à notre entendement, permettre une sortie apaisée de Félix Tshisekedi par des élections organisées conformément à la Constitution », explique une source au sein de l’opposition, cité par le journaliste Stanis Bujakira. Une annonce officielle est attendue. Si elle se confirme, ce serait un revirement : la C64 avait jusque-là maintenu la marche et lié sa suspension à ce que le chef de l’État renonce « publiquement et définitivement à son projet de changement de Constitution ».
Ce revirement, s’il a lieu, tiendra à ce que la coalition n’a jamais été un bloc. La C64 rassemble des acteurs qu’un même refus, celui de la révision constitutionnelle, a réunis, mais dont les agendas divergent. Pour les uns, l’horizon est l’élection de 2028 et la succession de Félix Tshisekedi ; la marche et le dialogue ne valent que s’ils servent ce calendrier. Pour d’autres, la question est plus incertaine : un dialogue les obligerait à formuler des revendications précises, là où le refus commun suffisait à faire tenir l’ensemble.
Un troisième pôle complique l’équation. La plateforme proche de Joseph Kabila, dont un rapport du groupe d’experts de l’ONU rapproche les objectifs de ceux de l’AFC/M23, ce que l’intéressé conteste et pour quoi il a été jugé sans être présent, n’aborde pas le dialogue comme les autres. Pour ce camp, la question n’est pas l’angle de participation, mais la sécurité même de ses membres, dont le chef est condamné à mort par contumace. Ces intérêts ne se recouvrent pas, et la marche du 22 les met à l’épreuve.
La mécanique, au fond, est simple. Une coalition qui n’existe que par un refus survit tant qu’on ne lui demande rien d’autre que de refuser. Le dialogue et la marche lui demandent, cette fois, de décider : maintenir la pression ou saisir la main tendue, y aller ensemble ou séparément. L’absence de position commune après la réunion dit l’embarras d’un front sommé, pour une fois, de dire ce qu’il veut, et pas seulement ce qu’il rejette.
Ainsi, ce qui pourrait repousser ou annuler la marche du 22 juillet ne serait pas d’abord la pression du pouvoir ni la médiation des Églises, mais la difficulté de l’opposition à s’accorder sur une ligne. À ce stade, le premier obstacle de la C64 est en elle-même.
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