International ADF : 431 civils tués en six mois, Kinshasa et Kampala réévaluent l’opération Shujaa
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ADF : 431 civils tués en six mois, Kinshasa et Kampala réévaluent l’opération Shujaa

Face à la recrudescence des attaques des ADF, groupe affilié à l'État islamique, la RDC et l'Ouganda ont réactivé leur offensive conjointe Shujaa. Une riposte réelle, mais à l'efficacité discutée.

Les FARDC et l'armée ougandaise en pleine forêt de Lubero à la recherche des ADF
AFP

La Rédaction
Kinshasa - 4 JUILLET 2026 - 12:48 WAT · 4 min de lecture

Le 11 mai 2026, à Kampala, le président Félix Tshisekedi a été reçu par son homologue ougandais Yoweri Museveni pour évaluer l’opération Shujaa, l’offensive militaire conjointe menée contre les Forces démocratiques alliées dans l’est de la République démocratique du Congo. La rencontre faisait suite à une recrudescence des attaques attribuées à ce groupe, affilié à l’État islamique. Trois mois plus tôt, le 11 février, des officiers supérieurs des armées congolaise et ougandaise s’étaient déjà réunis à Beni pour passer en revue leurs opérations communes.

Le cadre de cette coopération n’est pas nouveau. Lancée en novembre 2021, l’opération Shujaa associe les Forces armées de la RDC et l’armée ougandaise contre les ADF, dans le Nord-Kivu et l’Ituri. Un mémorandum d’entente révisé, signé en juin 2025, avait étendu son périmètre à de nouveaux territoires de l’Ituri et prévu le maintien d’une cellule conjointe de renseignement ainsi que la sécurisation de l’axe Kasindi-Beni-Butembo. C’est ce dispositif bilatéral, davantage qu’une coalition régionale plus large, qui porte aujourd’hui la riposte, les cadres multilatéraux de la région restant surtout focalisés sur le dossier du M23.

La menace, elle, ne faiblit pas. Selon le rapport du secrétaire général des Nations unies couvrant la période de septembre 2025 à mars 2026, les ADF ont tué au moins 431 civils, dont 72 femmes et 3 enfants, lors d’attaques intensifiées au Nord-Kivu et en Ituri. Le 1er avril 2026, une attaque contre la localité de Bafwakoa, dans le territoire de Mambasa, a fait au moins 43 morts selon l’armée congolaise, un bilan porté à plus de 70 par l’Institute for Security Studies. Le même institut a recensé plus de 500 enlèvements à Mambasa au cours du seul mois de mars, assortis de demandes de rançon.

Sur le principe de la coopération, Kinshasa affiche sa détermination. « Elles nous ont permis de faire l’évaluation de la collaboration entre nos deux armées parce que vous savez très bien que nous accordons une importance particulière à la sécurité et à la stabilité », a déclaré le président Tshisekedi à l’issue de la rencontre de Kampala. Côté ougandais, le commandant des forces terrestres, le lieutenant-général Kayanja Muhanga, a insisté sur l’intégration des deux armées. « Si nous voulons obtenir des résultats à la hauteur contre l’ennemi, nous devons nous entraîner ensemble, nous former ensemble, faire nos briefings ensemble et planifier ensemble », affirmait-il en février.

L’efficacité de ces opérations est toutefois contestée. Dans une analyse publiée en juin 2026, l’Institute for Security Studies relève que, après près de cinq ans d’offensives, les zones nettoyées sont réinfiltrées en quelques semaines, que les ADF se dispersent vers de nouveaux territoires, et qu’une partie des ressources militaires est détournée vers le front du M23, au détriment de la lutte contre les ADF. La présence ougandaise elle-même nourrit des interrogations, un rapport du Groupe d’étude sur le Congo ayant posé la question des intérêts économiques transfrontaliers de Kampala, que le porte-parole de l’armée ougandaise a publiquement assumés.

Pour Kinshasa, la lutte contre les ADF illustre un dilemme, celui d’un pays agressé sur deux fronts à la fois. La coopération avec l’Ouganda est un outil, pas une solution en soi, et son bilan se mesure moins aux localités reprises qu’aux civils épargnés. Tant que le groupe conservera sa mobilité et ses financements, chaque opération conjointe restera une bataille, pas la fin de la guerre. La vraie riposte se jouera dans la durée, et dans la capacité à protéger les populations là où l’armée passe.

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B
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