International Ebola en RDC : au Sénat américain, un projet démocrate pour forcer le retour à l’OMS

Ebola en RDC : au Sénat américain, un projet démocrate pour forcer le retour à l’OMS

Face à l'Ebola qui progresse en Ituri, des sénateurs démocrates déposent un texte pour ramener les États-Unis dans l'OMS. Un acte de pression, pas encore une loi.

Ebola en RDC : au Sénat américain, un projet démocrate pour forcer le retour à l’OMS
AFP

La Rédaction
Kinshasa - 3 JUILLET 2026 - 09:27 WAT · 4 min de lecture

Le 25 juin 2026, la sénatrice Jeanne Shaheen a déposé un texte au Sénat des États-Unis. Cheffe de file de la minorité démocrate à la commission des Affaires étrangères, elle a réuni une douzaine de collègues autour d’un projet surnommé « EBOLA Act », doublé d’une lettre au secrétaire d’État Marco Rubio. L’objectif tient en une phrase : contraindre l’administration à coopérer de nouveau avec l’Organisation mondiale de la santé, que Washington a officiellement quittée en janvier 2026, pour endiguer l’épidémie qui frappe la République démocratique du Congo.

Le calendrier donne au geste sa charge. Le 17 mai, l’OMS avait classé l’épidémie d’Ebola de souche Bundibugyo, en RDC et en Ouganda, urgence de santé publique de portée internationale. Selon les Nations unies, au 23 juin, le bilan atteignait 1 048 cas confirmés et 267 décès, avec l’Ituri pour épicentre. C’est sur ce fond de courbe ascendante que les sénateurs ont agi.

La sénatrice attaque la ligne de la Maison Blanche. « As the world is facing the worst Ebola outbreak in history, the Trump Administration still refuses to partner with the WHO, which is leading the global response », a déclaré Jeanne Shaheen, soit : « Alors que le monde affronte la pire épidémie d’Ebola de l’histoire, l’administration Trump continue de refuser de coopérer avec l’OMS, qui dirige la riposte mondiale. » La formule est militante, et l’histoire nuance la superlative : l’épidémie de 2014 à 2016 en Afrique de l’Ouest reste, en cumul, la plus meurtrière.

Le texte fixe un cap. « I urge the Senate to swiftly adopt this legislation and ensure the United States government is fully cooperating with the WHO », a ajouté la sénatrice, soit : « J’exhorte le Sénat à adopter rapidement cette législation et à faire en sorte que le gouvernement américain coopère pleinement avec l’OMS. » Selon les reprises du communiqué de la commission, le projet prévoit une réadhésion à l’OMS en cas de promulgation.

La toile de fond, ce sont les coupes. Premier bailleur de l’OMS, avec près de 1,25 milliard de dollars pour la période 2022 et 2023, les États-Unis ont acté leur retrait par un décret signé le 20 janvier 2025, effectif un an plus tard, et démantelé leur agence d’aide au développement. Sur le terrain, des humanitaires ont réduit la voilure, un acteur majeur passant en Ituri de cinq à deux zones de santé appuyées.

Le camp adverse conteste le lien de cause à effet. Devant le Congrès, Marco Rubio a défendu le bilan de l’administration. « This is not a scramble. This is something that broke out in a rural area of a war-torn country », a affirmé le secrétaire d’État, soit : « Il n’y a pas d’improvisation. C’est quelque chose qui a éclaté dans une zone rurale d’un pays déchiré par la guerre. » Entre les démocrates, qui imputent l’aggravation aux coupes, et l’exécutif, qui invoque le contexte congolais, le débat reste ouvert.

Le même jour, l’exécutif a bougé, mais par un autre canal. La Maison Blanche a demandé au Congrès 1,4 milliard de dollars pour la riposte à Ebola, enveloppe distincte du texte des sénateurs et étrangère à l’OMS. Deux voies s’affrontent : la coopération multilatérale que veut rétablir la minorité, et une réponse américaine en solo que privilégie la majorité.

Pour Kinshasa, l’enjeu se joue à distance de la salle du Sénat, mais il n’est pas abstrait. La riposte en Ituri dépend en partie des moyens internationaux, et la querelle de Washington pèse sur les financements comme sur la coordination. Le texte des démocrates reste un projet déposé par la minorité, non une loi votée, dans un Sénat à majorité républicaine. Son sort appartient au Congrès américain. La progression du virus, elle, n’attend pas.

Commentaires
B
Cet article respecte les principes de transparence éditoriale de BETO. En savoir plus ›
Et aussi…