Le jeton, le salongo, l’amende : comment l’AFC/M23 fait payer les civils dans l’Est de la RDC
Travail forcé le samedi, jeton perforé, amende de 5 000 francs, taxe minière de 30 % : la fiscalité de l'occupation imposée par l'AFC/M23 aux civils.

Le jeton, le salongo, l’amende : comment l’AFC/M23 fait payer les civils dans l’Est de la RDC
AFP
Dans les zones tenues par l’AFC/M23, le samedi n’est plus un jour comme les autres. C’est le jour du salongo, un travail collectif rendu obligatoire par la rébellion. Le rapport à mi-parcours du Groupe d’experts de l’ONU, coté S/2025/858, décrit un système de prélèvement et de contrainte qui pèse directement sur les habitants, jusque dans leur emploi du temps.
La preuve de l’obéissance tient dans un petit objet. Selon l’annexe consacrée à l’administration financière parallèle, chaque participant au salongo reçoit un jeton perforé portant la date du jour de travail. Des patrouilles vérifient ces jetons chaque semaine. Le rapport est explicite sur la sanction : « Those who could not produce a token were beaten and fined 5,000 Congolese francs », battus et condamnés à une amende de cinq mille francs congolais. Même les écoles sont taxées, à hauteur de deux cent mille francs congolais au titre du salongo.
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Le prélèvement ne s’arrête pas au travail forcé. Une taxe ménage, ramenée à deux dollars par mois, est collectée porte-à-porte le dimanche. La rébellion touche ainsi les foyers deux jours de suite, par le travail le samedi et par l’argent le dimanche.
Les mines paient le tribut le plus lourd. Sur le site aurifère de Lomera, à Luhihi, l’AFC/M23 a imposé « une taxe de production de 30 % » sur le prix du minerai à la bouche de mine, où plus de cinq mille creuseurs artisanaux ont travaillé au premier semestre. Le même schéma se répète : un bureau minier local remplace les services de l’État, et la production est taxée à la source.
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Cette prédation répond à une nécessité. Le rapport montre la rébellion affrontant « une grave crise de liquidités », privée des circuits bancaires officiels et boudée par les institutions financières en raison des sanctions. Faute de pouvoir emprunter ou commercer normalement, elle presse la population qu’elle contrôle.
Le taux de change ajoute une ponction invisible. Dans les zones occupées, le dollar s’échange à un cours défavorable de dix à quinze pour cent par rapport à Kinshasa, une différence qui appauvrit un peu plus des habitants déjà pris entre l’impôt du samedi, la taxe du dimanche et le prélèvement à la mine.
Pour Kinshasa, cette fiscalité de l’occupation est une double peine. Les mêmes civils qui subissent les combats financent, contre leur gré, l’appareil qui les tient. Le Groupe d’experts ne qualifie pas pénalement ces prélèvements. Il en documente le barème, du jeton perforé à la taxe minière, et en confie l’appréciation au Conseil de sécurité.
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