Droits humains Binza, l’été des exécutions : comment l’AFC/M23 et l’armée rwandaise ont massacré plus de 300 civils en dix-huit jours

Binza, l’été des exécutions : comment l’AFC/M23 et l’armée rwandaise ont massacré plus de 300 civils en dix-huit jours

Entre le 9 et le 27 juillet 2025, plus de 300 civils tués dans le groupement de Binza, corps jetés dans les rivières : le rapport de l'ONU documente les massacres du Rutshuru.

Inhumation de 29 civils victimes de massacre au village Luhanga (Nord-Kivu). Lundi 28/11/2016. Ph. Radio Okapi/Alain Kyalemaninwa Wandimoyi
AFP

La Rédaction
Kinshasa - 3 JUILLET 2026 - 10:55 WAT · 3 min de lecture

L’été 2025 a viré au carnage dans un coin du territoire de Rutshuru. Le rapport à mi-parcours du Groupe d’experts de l’ONU, coté S/2025/858, le chiffre sans détour : « Entre le 9 et le 27 juillet, il a été fait état de plus de 300 victimes civiles dans le groupement de Binza. » Dix-huit jours, plus de trois cents morts, dans une poignée de localités, Nyamilima, Kisharo, Burambo, Kiseguro, Katwiguro, Musinga et Kigarigari.

Les victimes n’étaient pas des combattants. Beaucoup étaient des agriculteurs et leurs familles, qui campaient dans leurs champs pendant la saison des cultures. La rébellion et la Force de défense rwandaise avaient bouclé la zone, établissant un cordon de sécurité entre Kiwanja et la ville frontalière d’Ishasha, restreignant les entrées et les sorties. Dans cet espace fermé, les tueries ont été méthodiques.

À lire aussi : Vus depuis l'espace : les villages du Rutshuru incendiés par l'armée rwandaise et le M23

Le rapport décrit le mode opératoire. Selon des témoignages concordants, corroborés par des éléments photographiques et vidéo, « des civils ont été sommairement exécutés à la suite d’accusations arbitraires de collaboration avec les FDLR ou d’autres groupes armés Wazalendo ». Il suffisait d’un soupçon. Une fois l’exécution commise, la rébellion s’attaquait aux corps. « Les corps ont souvent été jetés dans les rivières et les autorités locales de l’AFC/M23 ont interdit les enterrements », écrit le Groupe. Priver un mort de sépulture, c’est prolonger le châtiment sur les vivants.

Binza n’est pas un épisode isolé. Le rapport rappelle que les meurtres et exécutions de la zone visaient aussi des femmes et des enfants, sans distinction. À l’échelle des chefferies voisines de Bwito et Bwisha, le bilan total des civils tués depuis avril 2025 « avait dépassé 500 personnes », selon l’ONU et des sources humanitaires. Binza est le pic d’une campagne, pas une anomalie.

À lire aussi : 45 % des exécutions : la courbe de l'ONU qui désigne l'AFC/M23 et suit la présence rwandaise

La qualification juridique suit. Le ciblage systématique d’une population sur une base communautaire conduit les experts à une formule lourde de conséquences : ce ciblage « peut constituer un crime de guerre ou un crime contre l’humanité ». Le conditionnel est celui du droit, pas celui du doute sur les faits, que corroborent le Haut-Commissariat aux droits de l’homme, Human Rights Watch et Médecins sans frontières.

Ces massacres portent une adresse de commandement. Les chefferies concernées relèvent de la « première zone de défense » de l’AFC/M23, dirigée par un homme déjà sanctionné par l’ONU pour des tueries anciennes. La chaîne qui va de l’ordre à la rivière est documentée.

Pour Kinshasa, Binza est l’illustration la plus crue de ce que le gouvernement dénonce depuis le début, une guerre menée contre les civils congolais eux-mêmes. Le Groupe d’experts ne referme pas le dossier. Il aligne un décompte, des localités et une méthode, et en confie l’examen au Conseil de sécurité.

Commentaires
B
Cet article respecte les principes de transparence éditoriale de BETO. En savoir plus ›
Et aussi…