Baudoin Ngaruye, l’homme aux commandes des tueries dans l’Est de la RDC
Sanctionné par l'ONU en 2014, l'auteur d'un ordre d'épuration en 2009 commande aujourd'hui la zone des massacres de Bwito et Bwisha, selon le rapport de l'ONU.
Baudoin Ngaruye, l’homme aux commandes des tueries dans l’Est de la RDC
AFP
Il y a des noms qui reviennent, à seize ans d’écart, sur les mêmes collines et pour les mêmes crimes. Celui de Baudoin Ngaruye en fait partie. Le rapport à mi-parcours du Groupe d’experts de l’ONU, coté S/2025/858, le place au sommet de la chaîne de commandement des massacres de 2025 dans l’est de la République démocratique du Congo. Les chefferies de Bwito et de Bwisha, où plus de cinq cents civils ont été tués depuis avril, « relèvent du commandement de la « première zone de défense » de l’AFC/M23, dirigée par le « général de brigade » Baudoin Ngaruye ».
L’homme n’est pas un nouveau venu. Le rapport rappelle que « Ngaruye a fait l’objet de sanctions de l’ONU en 2014 », pour sa participation à des opérations ayant conduit à des assassinats ciblés de civils.
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Le passé de cet officier contient l’ordre le plus glaçant du rapport. Dans le cadre d’opérations anti-FDLR menées en 2009, Ngaruye avait ordonné, selon le texte onusien, « que tous les jeunes hommes soient tués et que tous les enfants, femmes et personnes âgées soient capturés et renvoyés au Rwanda ». Tuer les hommes, déporter le reste : une consigne d’épuration, formulée il y a plus de quinze ans.
La même zone, le même homme, la même méthode. En 2025, les opérations placées sous son commandement dans Bwito et Bwisha ont reproduit ce schéma, exécutions de civils accusés de collusion avec les FDLR, expulsions, transferts de populations hutues vers le Rwanda. Ce que Ngaruye ordonnait en 2009 ressemble à ce que documente le rapport en 2025.
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L’ambition de l’officier ne s’arrête pas aux villages conquis. L’annexe consacrée aux déclarations publiques des responsables de l’AFC/M23 rapporte que, le 8 septembre à Kirumba, Ngaruye a annoncé la reprise des hostilités pour capturer Butembo et Kisangani. Un commandant sanctionné pour crimes contre les civils affiche l’objectif de pousser jusqu’au cœur du pays.
Pour Kinshasa, le cas Ngaruye résume tout. Il montre qu’aux commandes des tueries de l’Est se trouve un homme que la communauté internationale avait déjà mis au ban, sans que cela l’empêche de reprendre du service et du galon. La sanction de 2014 n’a pas neutralisé le criminel, elle l’a laissé remonter la hiérarchie.
Le Groupe d’experts ne prononce pas de nouvelle qualification pénale contre lui. Il rappelle son passé, documente son commandement actuel et cite ses propres déclarations, et en confie l’examen au Conseil de sécurité et à la justice.