« Otages des FDLR » : le récit unique de Kigali repris mot pour mot par le M23
Le ministre rwandais qualifie les transférés d'« anciens otages des FDLR », narratif aussitôt repris mot pour mot par le M23 : le rapport de l'ONU documente la synchronisation Kigali-M23.
« Otages des FDLR » : le récit unique de Kigali repris mot pour mot par le M23
AFP
Le 17 mai 2025, un message tombe sur le compte du chef de la diplomatie rwandaise. Les civils que le M23 vient de convoyer vers le Rwanda seraient, selon lui, d’anciens captifs libérés d’un groupe génocidaire. Quelques heures plus tard, le porte-parole du M23 dit exactement la même chose. Le rapport à mi-parcours du Groupe d’experts de l’ONU, coté S/2025/858, reconstitue cette séquence à l’annexe 39. Il en fait la démonstration d’une chose précise, une parole fabriquée à Kigali puis récitée par le mouvement armé, pour habiller un transfert de population que rien ne rendait volontaire.
Les faits d’abord. Entre le 17 et le 22 mai 2025, 1 798 personnes sont transférées vers le Rwanda, dans des conditions que le rapport décrit comme « coordinated and controlled by AFC/M23 elements », c’est-à-dire coordonnées et contrôlées par des éléments de l’AFC/M23. Ces civils, majoritairement issus de la communauté hutue, avaient été raflés dans des centres collectifs autour de Sake et de Goma. Le rapport, à l’annexe 39, établit que ces transferts se sont déroulés « in coordination with Rwandan authorities », soit en coordination avec les autorités rwandaises. Le Rwanda n’est donc pas un simple pays d’accueil. Il est partie prenante de l’opération.
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Vient ensuite l’habillage. Le 17 mai, le ministre rwandais des Affaires étrangères, Olivier Nduhungirehe, affirme que les personnes transférées étaient « previously held hostages by the FDLR genocidal force », des personnes « précédemment retenues en otages par la force génocidaire FDLR », note le rapport à l’annexe 39. La formule est calibrée. Elle transforme des civils déplacés de force en victimes d’un tiers, et elle place le Rwanda dans le rôle du sauveur.
La reprise est immédiate. Le rapport constate, à l’annexe 39, que « AFC/M23 spokesperson Lawrence Kanyuka echoed this statement shortly thereafter », soit que le porte-parole de l’AFC/M23, Lawrence Kanyuka, a repris cette déclaration peu après. Un ministre parle, un porte-parole d’un groupe armé répète. Le même récit, servi d’une seule voix, à quelques heures d’intervalle. C’est la mécanique que le rapport donne à voir, la dépendance narrative d’un mouvement qui n’énonce pas sa propre version des faits mais relaie celle de Kigali.
Or ce récit se heurte à ce que le rapport documente sur le terrain. Avant la rafle des centres collectifs de Sake, le 12 mai, les civils y avaient été sondés par des acteurs de protection. Le rapport indique que 90 % des personnes interrogées disaient préférer rentrer dans leurs villages du territoire de Rutshuru. Personne, dans ces témoignages, ne demandait à partir au Rwanda. Le choix a été fait pour eux.
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Le mensonge est aussi juridique. Le rapport relève que le M23 a présenté publiquement l’opération comme un « retour volontaire » de ressortissants rwandais, alors que la plupart des personnes n’ont pas pu confirmer ni contester leur nationalité, ni exprimer leur refus du transfert. Au moins 72 Congolais transférés au Rwanda ont ensuite été renvoyés en RDC après avoir prouvé leur citoyenneté. D’autres, faute d’avoir eu cette possibilité, ont été déportés. Le récit des « otages libérés » servait à masquer ce tri expéditif.
Le rapport va plus loin sur les conditions du départ. Il documente la confiscation puis la destruction publique de pièces d’identité, cartes d’électeur et titres fonciers, en présence de responsables du M23. Il documente aussi l’entrave au filtrage du HCR, imposé sous supervision armée. Dans ce cadre, écrit le rapport, il ne peut être objectivement conclu que les retours ont eu lieu en l’absence de facteurs coercitifs. Les conditions d’un retour volontaire n’étaient pas réunies.
Reste la portée de cette synchronisation. Quand une capitale et un groupe armé délivrent la même phrase à la même heure, l’information cesse d’être un compte rendu pour devenir une arme. Le rapport rattache la coïncidence à l’influence, au contrôle et à la direction du Rwanda sur l’AFC/M23, ainsi qu’à la présence de personnels des forces rwandaises sur le sol congolais. Le récit des « otages » n’est pas une bavure de communication. Il est la couverture verbale d’une opération conjointe.
Pour Kinshasa, cette séquence documente noir sur blanc la subordination narrative du M23 à Kigali et la fabrication d’un mensonge à deux voix pour couvrir le transfert forcé de civils congolais. Le rapport en confie l’examen au Conseil de sécurité.
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