Mines & Ressources Twangiza : le démenti de Nangaa contredit par l’imagerie satellite et la reprise forcée de la mine d’or

Twangiza : le démenti de Nangaa contredit par l’imagerie satellite et la reprise forcée de la mine d’or

Nangaa jure la mine « inactive » quand l'imagerie satellite montre routes réparées et camions à l'œuvre : le rapport de l'ONU démonte le démenti sur le pillage de l'or de Twangiza.

Twangiza : le démenti de Nangaa contredit par l’imagerie satellite et la reprise forcée de la mine d’or
AFP

La Rédaction
Kinshasa - 3 JUILLET 2026 - 09:54 WAT · 5 min de lecture

Le 8 mai 2025, les ouvriers de la mine d’or industrielle de Twangiza, à Luhwindja au Sud-Kivu, reçoivent l’ordre de ne plus se présenter. Une correspondance interne de Twangiza Mining SA, datée de ce jour, acte l’arrêt du site. Le rapport à mi-parcours du Groupe d’experts de l’ONU, coté S/2025/858, en cite le contenu à son annexe 29. Le document indique, selon le rapport, « the suspension of all activities at the site following orders by the new administration installed in South Kivu », soit la suspension de toutes les activités du site à la suite d’ordres donnés par la nouvelle administration installée au Sud-Kivu. Les moteurs et les véhicules sont garés dans des zones désignées, dans l’attente d’instructions de la nouvelle autorité.

Cette nouvelle autorité, le rapport la nomme sans détour. L’AFC/M23, appuyée par la Force de défense rwandaise, s’est emparée de la localité minière de Nzibira et de la mine industrielle de Twangiza. Le résumé du rapport, page 17 et suivantes, rappelle que le mouvement contrôle désormais près de la moitié de la production de cassitérite et de coltan du Sud-Kivu et plus des deux tiers de la production de wolframite. Twangiza, développée jadis par Banro Corporation, est l’un des rares actifs aurifères de grande échelle de l’est du pays.

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L’arrêt fut bref. Début juin 2025, l’AFC/M23 ordonne la reprise de l’exploitation. Le rapport le consigne à l’annexe 29 : le mouvement fait appel à des techniciens locaux pour collecter des données géologiques et convoque le personnel technique, y compris des agents restés à Bukavu, afin qu’il regagne un site désormais placé sous supervision de l’AFC/M23. La source du Groupe d’experts est constituée d’employés de Twangiza. La mine n’était pas rendue à l’abandon. Elle changeait de maître.

Les faits qui suivent pèsent lourd. Twangiza Mining SA a dénoncé le pillage et la destruction systématiques de ses actifs, menés avec le soutien actif de la Force de défense rwandaise. Le rapport rappelle, à son annexe 32, qu’un article de Reuters du 21 septembre 2025 relayait ses accusations, l’entreprise reprochant à l’AFC/M23 d’avoir dérobé au moins 500 kilogrammes de lingots depuis la saisie de la mine en mai. La main rwandaise et le mouvement rebelle apparaissent comme les bénéficiaires d’un actif congolais confisqué.

Puis vient le démenti. Le 23 octobre 2025, Corneille Nangaa, coordonnateur de l’AFC/M23, rejette publiquement les accusations. Selon le rapport du Groupe d’experts, il affirme que la mine était inactive, que seuls des creuseurs artisanaux étaient présents et que l’AFC/M23 ne disposait ni de l’expertise ni des ressources nécessaires pour exploiter des mines d’or. Le propos est net. Il vise à effacer toute responsabilité dans l’exploitation de l’or de Twangiza.

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La preuve satellitaire dément le coordonnateur. Le Groupe d’experts a comparé des images collectées les 21 février, 10 mai et 28 août 2025. Le titre de son annexe 30 est sans ambiguïté : « Satellite imagery analysis showing a high level of activity between 10 May and 28 August 2025 », soit une analyse d’imagerie satellitaire montrant un niveau d’activité élevé entre le 10 mai et le 28 août 2025. Le rapport précise que le site apparaissait non opérationnel les 21 février et 10 mai, avec des routes détériorées, certaines bloquées par des glissements de terrain. Sur l’image du 28 août, la mine a repris vie.

Le détail des clichés du 28 août ruine la version de Nangaa. Le rapport décrit des routes neuves ou réparées, des glissements de terrain dégagés, des engins d’excavation et des camions-bennes actifs en plusieurs points du site. Une mine dite inactive ne répare pas ses routes. Elle ne fait pas circuler de camions-bennes. Là où le coordonnateur plaide l’absence d’expertise et de ressources, l’imagerie documente une exploitation en marche, sous supervision de l’AFC/M23, moins de trois semaines après la reprise ordonnée début juin.

Le récit tient en une contradiction. Un ordre de suspension le 8 mai sur injonction de la nouvelle administration, un ordre de reprise début juin par l’AFC/M23, des techniciens convoqués, des lingots dénoncés comme pillés avec l’appui de la Force de défense rwandaise, une imagerie qui montre le site en pleine activité. Face à cela, un démenti de Corneille Nangaa qui ne résiste pas aux images. Pour Kinshasa, le mensonge public d’un chef rebelle ne relève pas de la polémique mais de la preuve documentée, et le rapport à mi-parcours du Groupe d’experts en confie l’examen au Conseil de sécurité.

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B
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