RDC : l’ONG «Toile d’Araignée» s’oppose à l’application du SMIG dans l’agriculture et plaide pour un SMAG adapté
Jérôme Sekana coordonnateur du réseau toile d’araignée lors d’un point de presse à Kinshasa. PHOTO DROITS BETO.CD
AFP
Le Réseau des journalistes économiques d’investigation et de promotion citoyenne en RDC, connu sous le nom de « Toile d’Araignée », a exprimé son opposition à la généralisation du Salaire Minimum Interprofessionnel Garanti (SMIG) dans les entreprises agricoles.
Dans un plaidoyer présenté ce 26 juillet à Kinshasa, son coordinateur national, Jérôme Sekana Pene-Papa, a mis en garde contre une mesure aux conséquences « dévastatrices » pour les zones rurales et l’économie agricole nationale.
«Il est temps de sonner l’alerte, avant qu’il ne soit trop tard », a-t-il lancé devant la presse.
Selon lui, le décret n°25/22 du 30 mai 2025, qui fixe le SMIG à 14 500 FC par jour dès mai 2025 et à 21 500 FC dès janvier 2026, risque de provoquer un effondrement du tissu économique rural, déjà fortement fragilisé.
Le réseau Toile d’Araignée rappelle, dans un rapport détaillé, que les entreprises agro-industrielles emploient plus de 74 000 travailleurs directs et créent près de 286 000 emplois indirects, majoritairement en milieu rural. Ces sociétés jouent également un rôle crucial dans la fourniture de services sociaux de base : santé, éducation, logement, eau potable, ou encore entretien des routes.
«Une application aveugle du SMIG entraînerait une augmentation brutale des charges salariales, allant de 300 à 500 %. Ce choc compromettrait la survie immédiate de nos exploitations agricoles », a averti Jérôme Sekana.
Selon lui, cette mesure risque d’aboutir à la fermeture de nombreuses PME agricoles, à des licenciements massifs, et à l’interruption des programmes sociaux soutenus par le secteur agro-industriel.
Un pilier économique en péril
Le plaidoyer insiste sur le fait que l’agriculture, l’élevage, la pêche et l’agro-industrie constituent la colonne vertébrale du développement socio-économique et un facteur clé de la paix sociale en RDC.
«Fragiliser ce secteur, c’est saper les fondements mêmes de la nation », alerte Toile d’Araignée.
L’application uniforme du SMIG, sans mécanismes d’accompagnement ni subventions ciblées, est perçue comme un désengagement de l’État qui pourrait aggraver l’exode rural, l’insécurité alimentaire, et provoquer des tensions sociales inattendues et incontrôlables.
Plaidoyer pour un SMAG : une solution contextualisée
L’ONG rappelle que de nombreux pays à vocation agricole — Maroc, Sénégal, Tunisie, Philippines, Inde, entre autres — ont institué un Salaire Minimum Agricole Garanti (SMAG), plus adapté aux réalités du monde rural.
«L’adoption d’un SMAG encadré et négocié permettrait non seulement de préserver les emplois ruraux, mais aussi d’encourager l’investissement agricole, de renforcer la souveraineté alimentaire et de stabiliser les provinces fragiles », soutient le plaidoyer.
Toile d’Araignée recommande un dialogue structuré entre le gouvernement, les employeurs du secteur agricole et les partenaires sociaux pour mettre en œuvre cette mesure.
Le risque d’un effondrement social
L’organisation met également en garde contre un effondrement des services sociaux en milieu rural : disparition des écoles, des centres de santé, des dispensaires, des routes rurales et des réseaux d’eau potable actuellement financés ou gérés par les agro-industriels.
Le réseau chiffre à plus de 100 millions de dollars le coût annuel que l’État devrait assumer pour remplacer ces services.
«Ce n’est pas simplement un débat technique sur les salaires. C’est la survie d’un modèle socio-économique fragile, profondément ancré dans nos campagnes, qui est en jeu », insiste Jérôme Sekana.
Recommandations clés
Le plaidoyer formule plusieurs propositions concrètes au gouvernement congolais :
Adopter un décret instituant le SMAG, en complément du SMIG appliqué aux secteurs urbains et tertiaires ;
Accorder un moratoire transitoire aux entreprises agro-pastorales pour éviter les faillites ;
Mettre en place une fiscalité agricole spécifique, différente de la fiscalité de droit commun ;
Créer une Banque agricole dédiée à l’investissement rural ;
Réhabiliter les centres de recherche agronomique comme l’INERA Yangambi et Mulungu ;
Intégrer les services sociaux pris en charge par les employeurs dans le calcul du salaire brut des travailleurs agricoles.
Une vision présidentielle menacée ?
Le plaidoyer conclut en rappelant la vision présidentielle de « la revanche du sol sur le sous-sol », jugée encore trop théorique.
« Tant que nous continuerons à importer pour 3,5 milliards USD de produits alimentaires chaque année, cette vision demeurera un mythe et non une réalité souveraine », déplore Jérôme Sekana.
Et de marteler un message fort : «Produisons ce que nous consommons et consommons ce que nous produisons. »
C. Timothée ÉZÉCHIEL
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