Finances publiques : le pari de Muzito, faire rentrer l’impôt pour sortir de la dette
Vice-Premier ministre chargé du Budget, Adolphe Muzito engage la RDC dans une réforme qui mise tout sur les recettes internes. L'objectif, financer le pays par ses propres moyens à l'horizon du budget 2027.
Le président du Sénat, Sama Lukonde Kyenge, échange avec le vice-Premier ministre en charge du Budget, Adolphe Muzito Mfumutshi, sur les grandes lignes du projet de loi de finances 2026, à quelques jours de l’ouverture de la session parlementaire de septembre.
AFP
L’idée tient en une équation. Plutôt que d’emprunter, faire payer l’impôt. Depuis sa prise de fonctions à l’été 2025, le Vice-Premier ministre chargé du Budget, Adolphe Muzito, a fait de la mobilisation des ressources internes l’axe central de son action, aux côtés du ministre des Finances, Doudou Fwamba. La cible affichée est un cap, 12,5 milliards de dollars de recettes internes.
Les leviers sont d’abord techniques. Digitalisation des régies financières, facture normalisée unique, déclaration électronique de la TVA, réforme du quitus fiscal, taxation des placements extérieurs des banques commerciales. Le 25 juin, le gouvernement a lancé le Centre de services du SIGMAP, le système intégré de gestion des marchés publics, censé numériser la commande publique et en tracer l’attribution. À chaque brique, la même logique, réduire les fuites et élargir ce que l’État perçoit réellement.
Le contexte explique l’urgence. La RDC cumule une dette intérieure et extérieure estimée à seize milliards de dollars, et son budget rectificatif 2026 a été ramené à 21,9 milliards de dollars, en baisse de 7,4 %. Un pays qui dépense peu, dépend de l’aide et de l’emprunt, et dont les recettes reposent encore trop sur une poignée de secteurs. Sortir de cette dépendance suppose de faire entrer l’argent autrement.
La réforme se déroule aussi sous le regard du Fonds monétaire international. Dans le cadre de son programme avec Kinshasa, le FMI a posé ses conditions, mobilisation des recettes, contrôle des dépenses, transparence budgétaire, traçabilité des dépenses sociales, réduction des exonérations injustifiées, digitalisation et lutte contre la corruption. Autant de chantiers que la feuille de route de Muzito reprend, presque point par point.
Reste la marche à franchir. Dans une économie où l’informel domine et où l’essentiel des exportations vient des mines, élargir l’assiette fiscale est un travail de longue haleine, freiné par l’évasion, les exonérations et le harcèlement fiscal que dénoncent les opérateurs. La promesse de doubler le budget de l’État, formulée à l’arrivée du ministre, reste à démontrer.
Le vrai test viendra du budget 2027, le premier appelé à être écrit de bout en bout sous ces nouvelles règles. C’est là que se mesurera l’écart entre l’ambition, faire de l’impôt le moteur du financement, et la réalité d’un État qui peine encore à percevoir ce qui lui est dû.