Gouvernement Terrorisme : la RDC, l’un des principaux foyers mondiaux des violences commis par l’état islamique
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Terrorisme : la RDC, l’un des principaux foyers mondiaux des violences commis par l’état islamique

Un indice international fait de la RDC l'un des principaux foyers mondiaux des attaques liées à l'État islamique, imputées aux ADF. Derrière les classements, une réalité meurtrière dans l'est du pays.

Terrorisme : la RDC, l’un des principaux foyers mondiaux des violences commis par l’état islamique
AFP

La Rédaction
Kinshasa - 4 JUILLET 2026 - 22:39 WAT · 5 min de lecture

En mars 2026, l’Institute for Economics and Peace publiait son Global Terrorism Index, baromètre annuel qui recense et classe les violences terroristes dans le monde. Le constat sur la République démocratique du Congo y est sévère. En 2025, quatre cent soixante-sept personnes y ont été tuées lors d’attaques attribuées à des groupes affiliés à l’État islamique, contre trois cent soixante l’année précédente, soit une hausse d’environ vingt-huit pour cent. Selon le même document, la quasi-totalité des attaques recensées en RDC cette année-là sont imputées à cette mouvance. Le pays s’installe ainsi parmi les épicentres mondiaux du phénomène.

Derrière ces chiffres, un acteur est désigné, les Forces démocratiques alliées, les ADF. Ce mouvement d’origine ougandaise, actif à cheval sur la frontière depuis des décennies, opère aujourd’hui dans les territoires de Beni, en Ituri, et étend ses incursions vers le Haut-Uele et la Tshopo. En 2019, son chef Musa Baluku avait prêté allégeance à l’État islamique, la faction se rebaptisant Province d’Afrique centrale. En 2021, Washington l’a classée parmi les organisations terroristes. Le degré réel de commandement entre les ADF et la centrale de l’État islamique reste discuté par les chercheurs, entre allégeance revendiquée et autonomie de terrain, mais l’affiliation structure désormais la lecture internationale du dossier.

La presse congolaise est allée plus loin dans le classement. Début juillet, plusieurs titres ont rapporté, en s’appuyant sur des travaux du Groupe d’experts des Nations unies sur la RDC, que les ADF constitueraient le deuxième groupe affilié à l’État islamique le plus meurtrier au monde, avec plus de mille civils tués en 2025. Ce rang précis n’a pas pu être confirmé mot pour mot dans un rapport primaire accessible, et l’écart avec les quatre cent soixante-sept morts recensés par l’indice international tient à des périmètres différents, attaques attribuées à l’État islamique pour l’un, civils tués par les ADF pour l’autre. La prudence commande d’attribuer ce classement à sa source plutôt que de le présenter comme une donnée établie.

Les faits qui nourrissent ces bilans, eux, sont documentés. En juillet 2025, une attaque contre une église à Komanda, en Ituri, avait tué des dizaines de fidèles. En novembre, un assaut lors de funérailles à Nturo avait fait des dizaines de morts. Les organisations de défense des droits humains ont multiplié les alertes. Dans un rapport de mai 2026, Amnesty International estimait que ces exactions « constituent des crimes de guerre que le monde ne doit pas continuer d’ignorer », y voyant, dans le cadre d’attaques généralisées contre des civils, des crimes contre l’humanité. La qualification pénale, elle, reste à établir par la justice.

Les Nations unies avaient tiré la même sonnette d’alarme. À l’été 2025, la cheffe par intérim de la Mission de l’ONU au Congo, Vivian van de Perre, condamnait ces massacres. « Ces attaques ciblées contre des civils sans défense, en particulier dans des lieux de culte, ne sont pas seulement effroyables, elles violent toutes les normes des droits humains et du droit international humanitaire », déclarait-elle. Le choix de cibler des églises, des hôpitaux et des veillées funèbres distingue le mode opératoire des ADF, qui frappe les civils là où ils se rassemblent.

Face à cette menace, une riposte militaire est engagée. Depuis fin novembre 2021, l’opération Shujaa associe l’armée congolaise et les forces ougandaises dans une offensive conjointe contre les ADF, prolongée et amendée au fil des années. Son bilan fait débat, entre coups portés aux katibas et persistance des massacres, sans oublier les interrogations sur les arrière-pensées économiques de la présence ougandaise. La menace n’a pas été éradiquée, et la dispersion des combattants vers de nouvelles zones complique la traque.

Il importe de tenir les deux bouts. Les ADF sont, selon l’ensemble des sources, les auteurs désignés de ces massacres, et rien n’autorise à transférer cette responsabilité vers d’autres acteurs. Mais la focalisation sur cette menace ne doit pas éclipser les autres foyers de violence à l’Est, à commencer par l’offensive de l’AFC/M23 dans les Kivu, qui relève d’une autre dynamique. Le Baromètre sécuritaire du Kivu a d’ailleurs relevé qu’à certaines périodes, les exactions des ADF, moins médiatisées, ont fait davantage de victimes civiles que celles, plus commentées, d’autres groupes. Hiérarchiser les urgences sans en effacer aucune est l’exercice périlleux que ces chiffres imposent.

Pour Kinshasa, ces classements internationaux sont une arme à double tranchant. Ils confirment la gravité d’une menace que l’État affronte de longue date et peuvent aider à mobiliser l’attention et les moyens. Mais ils peuvent aussi enfermer l’Est du pays dans une image de terre de terreur, au risque d’aplatir des réalités distinctes. La vraie mesure de l’enjeu n’est pas dans un rang mondial, mais dans le nombre de villages qui peuvent à nouveau enterrer leurs morts et prier sans craindre l’assaut. C’est à cette aune, et non à celle d’un indice, que se jugera la sécurité retrouvée.

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B
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