Politique Aménagement intégré du territoire : ce que l’atelier de Kinshasa doit livrer en deux jours

Aménagement intégré du territoire : ce que l’atelier de Kinshasa doit livrer en deux jours

Ouvert à Kinshasa au nom de la Première ministre Judith Suminwa, un atelier de deux jours doit produire une feuille de route destinée à faire des provinces des pôles de développement. Il intervient trois ans après une loi qui rend contraignants cinq outils de planification.

Aménagement intégré du territoire : ce que l’atelier de Kinshasa doit livrer en deux jours
AFP

La Rédaction
Kinshasa - 7 AOÛT 2026 - 12:45 WAT · 5 min de lecture

Un atelier sur l’aménagement intégré du territoire national s’est ouvert à Kinshasa. Ses travaux ont été lancés au nom de la Première ministre Judith Suminwa. Pendant deux jours, des experts venus des différents ministères doivent produire un document unique : une feuille de route nationale destinée à faire des provinces, selon les termes du gouvernement, « de véritables pôles de développement », conformément à la vision du président Félix Tshisekedi.

L

a consigne donnée aux participants tient en une phrase. Il leur est demandé de formuler des recommandations « concrètes, réalistes et directement applicables » pour une transformation durable du territoire. La formule vise un travers connu de ce secteur, où les documents de planification se sont longtemps accumulés sans que le sol congolais en porte la trace, y compris sur des chantiers routiers structurants comme la liaison Kasomeno-Chalwe.

L’exercice s’inscrit dans le pilier 3 du Programme d’actions du gouvernement 2024-2028, celui qui associe aménagement du territoire, connectivité et durabilité. C’est la charnière entre un arsenal juridique désormais adopté et une mise en œuvre qui reste devant.

Aménagement du territoire : une loi votée en 2023, des outils encore à déployer

Le cadre existe depuis bientôt trois ans. Le 3 octobre 2023, l’Assemblée nationale a adopté la loi portant aménagement du territoire par 285 voix sur 287 députés présents, contre deux et sans abstention, après un avis favorable de la Cour constitutionnelle sollicitée sur l’interprétation des articles 9 et 203 de la Constitution. Le texte est issu de quatre années de travail.

Sa portée tient à un mot : contraignant. La loi de 2023 rend obligatoires cinq outils de planification, le schéma national d’aménagement du territoire, les plans provinciaux, les plans locaux, le schéma directeur d’agglomération et le plan de zonage. Elle fait entrer dans le droit congolais trois notions jusque-là absentes, l’espace fonctionnel, les corridors et l’armature urbaine, et prévoit un mécanisme de financement propre au secteur.

Le président de la commission Aménagement du territoire, infrastructures, communications et nouvelles technologies de l’Assemblée nationale, José Engwanda, avait résumé à l’époque le désordre que le texte doit corriger : un ministère des Affaires foncières ou de l’Urbanisme lotissant un espace réservé à l’agriculture, à l’exploitation forestière ou au tourisme. La loi détermine désormais l’affectation de chaque espace.

Ce que l’État a déjà posé sur la table

Plusieurs pièces sont en place. Le schéma national d’aménagement du territoire a été finalisé. Un géoportail national, baptisé Data Terra Congolais, a été lancé. L’annuaire national des ressources naturelles du sol et du sous-sol a été validé. Un projet pilote de ville durable a été déployé à Boma, dans le Kongo Central. La cartographie des zones vulnérables et des inégalités territoriales a été engagée, et les inspecteurs de l’Office national d’aménagement du territoire ont été formés.

Ces chantiers s’appuient sur deux programmes antérieurs. Le Programme d’appui à la réforme de l’aménagement du territoire, lancé en 2016, travaille au renforcement des capacités institutionnelles et s’articule à la stratégie nationale REDD+. Le programme REVITE associe les populations locales à la planification du développement, en milieu rural principalement.

Le ministre d’État chargé de l’Aménagement du territoire, Guy Loando Mboyo, avait posé l’enjeu en juillet 2025, lors d’une conférence de presse consacrée au pilier 3. « Une nation sans vision territoriale est condamnée à l’improvisation. Aujourd’hui, la RDC fait le choix de la projection, de la planification et surtout de l’espoir », déclarait-il. Deux mois plus tôt, il affirmait que son ministère « n’a jamais été aussi prêt à gérer l’espace de vie des Congolais ».

La feuille de route attendue de l’atelier se mesurera à des réalités déjà chiffrées. La République démocratique du Congo compte un déficit d’environ quatre millions de logements et ne dispose d’aucune filière nationale de matériaux de construction capable d’y répondre, une carence que l’effondrement d’un pont dans le Haut-Uélé a récemment traduite en flambée du prix du ciment. Ses vingt-six provinces devront chacune se doter du plan provincial que la loi de 2023 rend obligatoire. Faire d’une province un pôle de développement suppose de trancher ces arbitrages, dans un document que les administrations provinciales pourront opposer aux projets qui se présenteront.

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B
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