Cobalt, cuivre, coltan : vingt ans d’exportations minières congolaises en graphiques
En vingt ans, les exportations congolaises de cobalt, de cuivre et de coltan ont changé d'échelle. Les chiffres, métal par métal.
Cobalt, cuivre, coltan : vingt ans d’exportations minières congolaises en graphiques
AFP
Onze mille tonnes en 2000, deux cent vingt-six mille en 2024. En un quart de siècle, l’extraction congolaise de cobalt a été multipliée par vingt, et la République démocratique du Congo est passée du statut de fournisseur d’appoint à celui de robinet quasi unique de la planète, avec près des trois quarts du métal mondial tiré du seul arc cuprifère du Lualaba et du Haut-Katanga. Le chiffre vient de l’US Geological Survey, qui reconstitue la production minière du pays année après année depuis un siècle. Il raconte une histoire courte. La demande de batteries a trouvé son gisement, et ce gisement est congolais.

Le cuivre suit la même pente, en plus massif encore. En 2009, les mines du pays livraient un peu plus de 300 000 tonnes de métal rouge, séquelle de l’effondrement de la Gécamines et des années de guerre. En 2015, la barre du million de tonnes était franchie. En 2024, la RDC a exporté 3 100 234 tonnes de cuivre, un record absolu selon le bulletin de statistiques minières de la Cellule technique de coordination et de planification minière, la CTCPM, l’organe du ministère des Mines qui compte les tonnages société par société. L’année précédente, le total s’établissait à 2 842 021 tonnes. Le pays est devenu le deuxième producteur mondial de cuivre, devant le Pérou, derrière le seul Chili.

Comparer vingt ans d’exportations congolaises oblige à une précaution. Deux compteurs coexistent. L’USGS mesure la production minière, en tonnes de métal contenu ; la CTCPM et la Banque centrale du Congo suivent les exportations déclarées, en tonnes de produit. Les deux séries ne se recouvrent pas exactement, et la filière artisanale, difficile à tracer, échappe en partie au comptage. Le tableau ci-dessous juxtapose les repères disponibles, en précisant à chaque fois la nature du chiffre et sa source, plutôt que de lisser une courbe unique qui masquerait ces coutures.
| Jalon | Cobalt (tonnes de contenu) | Cuivre (tonnes) | Coltan / tantale (tonnes) |
|---|---|---|---|
| 2000 | 11 000 (production, USGS) | n.d. | n.d. |
| 2009 | n.d. | 309 610 (production) | n.d. |
| 2015 | ≈ 67 000 (production, USGS) | 995 805 (production) | 992 (coltan, Chambre des mines) |
| 2020 | 98 000 (production, USGS) | ≈ 1 601 000 (exportations) | n.d. |
| 2023 | ≈ 140 000 (production) | 2 842 021 (exportations, CTCPM) | n.d. |
| 2024 | 226 000 (production, USGS) | 3 100 234 (exportations, CTCPM) | 1 270 (tantale contenu, USGS) |
| 2025 (est.) | 230 000 (production, USGS) | 3 200 000 (production, USGS) | 1 300 (tantale contenu, USGS) |
Portées en graphiques, les trois courbes ne montent pas au même rythme. Celle du cuivre est une rampe continue, tirée par les grands complexes de Tenke Fungurume, de Kamoa-Kakula et de Sicomines. Celle du cobalt, extrait comme sous-produit du cuivre, épouse d’abord cette pente, puis s’envole après 2018, quand la voiture électrique fait du métal bleu une ressource stratégique. Celle du coltan reste, à l’échelle, presque plate : la RDC a fourni 1 270 tonnes de tantale contenu en 2024, soit 51 % de l’offre mondiale selon l’USGS, mais ce tonnage pèse peu en volume face aux millions de tonnes de cuivre. Sa valeur tient à sa rareté et à sa géographie, l’est minier, pas à sa masse.

Un fil relie ces trois métaux : leur destination. Près de 80 % du cuivre congolais part vers la Chine, et l’essentiel des sociétés qui dominent la filière sont chinoises. Cette concentration inquiète jusqu’au sommet de l’État. En marge du Future Minerals Forum de Riyad, en janvier 2025, le directeur de cabinet adjoint au ministère des Mines, Marcellin Paluku, a prévenu qu’« on ne sait jamais ce qui peut arriver » et plaidé pour « diversifier nos partenariats afin de ne pas dépendre d’un seul partenaire ». Le secteur pèse plus de 20 % du produit intérieur brut. Sa dépendance à un client presque unique est le revers de son ascension.
La trajectoire n’a rien d’un long fleuve tranquille. L’étude de l’USGS consacrée à un siècle de cobalt congolais rappelle que la production « increased seven-fold from 1996 to 2003 despite two African wars over the DRC and its resources », avant de croître de 20 % par an entre 1995 et 2020. Derrière les tonnages record, il y a des guerres, des nationalisations mal gérées, des voies ferrées coupées, puis l’arrivée des capitaux chinois au mitan des années 2000. La courbe est le résumé chiffré d’une économie politique.
Le sommet de 2024 pourrait marquer une pause. Pour redresser des cours tombés au plus bas, Kinshasa a suspendu ses exportations de cobalt en février 2025, avant d’instaurer des quotas plafonnant les volumes à 96 600 tonnes par an pour 2026 et 2027. L’effet se lit déjà dans les statistiques du premier trimestre 2026 : 17 053 tonnes de cobalt exportées, et un recul de 14,6 % des expéditions de cuivre sur la même période, selon l’ACP. Après vingt ans de montée quasi ininterrompue, la Congo minière teste, pour la première fois, sa capacité à freiner elle-même le robinet.
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