Léopards de la RDC : faut-il garder Sébastien Desabre ?
Deux jours après l’élimination des Léopards en seizièmes de finale du Mondial 2026, le débat s’installe à Kinshasa. Bilan historique, contrat, réserves : faut-il garder Sébastien Desabre à la tête de la sélection ?
Sebastien Desabre, sélectionneur des léopards A lors de la conférence de presse d'avant match contre la Tanzanie. Kinshasa, le 09 Octobre 2024
Radio Okapi/Ph. Jonathan Fuanani
AFP
L’avion des Léopards a quitté Atlanta la tête haute, et déjà la conversation a changé de nature. Après la fierté vient l’inventaire. Sébastien Desabre, arrivé aux commandes de la sélection en 2023, a-t-il encore la légitimité et les moyens de conduire cette équipe vers la Coupe d’Afrique 2027, voire vers un deuxième Mondial d’affilée ? La question divise le pays, et elle mérite mieux qu’une réponse d’humeur.
Un bilan qui plaide pour la continuité
Les chiffres racontent un redressement. En moins de trois ans, le technicien a hissé la RDC en demi-finale de la Coupe d’Afrique des nations 2023, son meilleur résultat continental depuis une génération. Il a surtout ramené les Léopards à la Coupe du monde cinquante-deux ans après leur dernière participation, au terme d’un barrage inter-confédérations gagné dans la douleur face à la Jamaïque, sur un but d’Axel Tuanzebe à la centième minute.
Au tournoi, l’équipe n’a pas fait de la figuration. Menés puis vainqueurs 3-1 de l’Ouzbékistan grâce à un doublé de Yoane Wissa, les Congolais ont arraché une place de meilleur troisième et franchi pour la première fois un tour à élimination directe. Face à l’Angleterre, ils ont mené, résisté, et cédé seulement dans le dernier quart d’heure sous les coups de Harry Kane. Au micro d’après-match, Desabre a refusé de renier ce parcours. « On est déçus parce qu’on y a cru. Je pense qu’on a fait un bon match, mais à la fin, on concède deux situations face à l’un des meilleurs joueurs du monde (Harry Kane), qui marque les deux buts », a-t-il déclaré.
Un argument administratif appuie cette lecture. Le sélectionneur serait, selon la presse spécialisée, lié aux Léopards par un contrat courant jusqu’en 2027, soit jusqu’à la prochaine Coupe d’Afrique, une échéance qui reste à confirmer du côté de la fédération. Rompre maintenant reviendrait à casser une dynamique unique dans l’histoire récente, et à repartir de zéro avec une génération binationale qu’il a précisément réussi à souder autour d’un projet.
Les réserves qu’on ne peut pas balayer
L’autre lecture existe, et elle n’est pas illégitime. La RDC a terminé troisième de son groupe, pas première ni deuxième, et sa route s’est arrêtée au premier tour couperet. Surtout, la manière de la sortie interroge. Encaisser deux buts dans les dernières minutes d’un match maîtrisé pendant plus d’une heure relance le procès des choix de fin de rencontre, de la gestion des temps forts adverses et du money-time, un reproche déjà entendu lors de rendez-vous continentaux.
À ce plafond sportif s’ajoute une zone d’ombre extra-sportive. La presse a fait état d’arriérés de salaire accumulés par le sélectionneur, que les autorités s’emploieraient à régulariser. La question dépasse alors la seule performance : une fédération qui peine à honorer les émoluments de son entraîneur offre-t-elle les conditions d’une ambition mondiale ? Le débat sur le maintien de Desabre est aussi, en creux, un débat sur la capacité de la RDC à retenir ceux qui la font gagner.
La vraie question n’est peut-être pas Desabre
À y regarder de près, opposer maintien et changement escamote l’essentiel. Le plafond des Léopards tient-il à l’homme du banc ou à la structure qui l’entoure, la préparation, le calendrier des amicaux, l’état des infrastructures, la régularité des primes ? Changer de sélectionneur sans corriger ces conditions déplacerait le problème sans le résoudre. Une génération dorée à son pic a besoin de continuité et de moyens, pas seulement d’un nouveau nom sur la feuille de match.
Desabre, lui, a longtemps affiché son attachement au poste. « J’éprouve un immense plaisir à travailler avec la RDC dans un cadre de travail favorable aux performances », confiait-il en entretien avant le tournoi. Reste à savoir si ce cadre, mis à l’épreuve des tensions financières et de l’exigence née du Mondial, tiendra la distance.
La décision que prendra la fédération en dira finalement moins sur le bilan du sélectionneur, qui parle de lui-même, que sur le niveau d’ambition que la RDC est prête à financer. Garder Desabre ou tourner la page : dans les deux cas, le vrai chantier commence après.